mardi, 19 juillet 2011

Inventer une autre culture ?

L’art moderne n’a pas fait faillite : il a, plus simplement, fait son chemin, jusqu’à son terme. Parti d’une critique radicale du patrimoine et des traditions artistiques, il a abouti à la mise en scène éclatante de sa propre impuissance à faire le pas menant de la critique à l’alternative -comme si Van Gogh restait indépassable, Schiele insurmontable, Bacon incontournable. Mais cet aboutissement de l’art moderne au néant ne signifie pas que toute pratique artistique soit condamnée à y aboutir. Ce sont d’autres pratiques artistiques que celles reconnues comme telles qui doivent prendre le relais -les unes à inventer, d’autres déjà émergentes, quelques unes à redécouvrir.


Il nous reste non à réinventer « la » culture, ou à inventer une « autre culture », mais à donner les conditions de cette invention -celle d’une culture qui ne soit ni séparée de la vie, ni identifiée à elle ; qui soit capable d’exprimer l’espérance d’une vie autre plutôt que la vacuité de la vie présente. Au fond, cette expression de l’altérité, de l’espérance, de l’opposition à la réalité donnée, fut le meilleur et l’essentiel de la culture passée -que l’on y exprime l’attente ou la volonté d’un changement, ou la nostalgie de l’Eden. De ce point de vue, l’urinoir de Duchamp et l’urine de Pinoncelli disent mieux la réalité du capitalisme socialisé que les kilomètres de rayonnages des bibliothèques de « sciences humaines ».

C’est de l’autisme culturel dont il nous faut sortir, de cette « culture » où les peintres peignent pour des peintres l'impossibilité de continuer à peindre, où les écrivains écrivent pour des écrivains des livres sur la douleur d’écrire, où les musiciens composent pour d’autres musiciens des musiques faites d’échantillons d’autres musiques.

Le péril réside en l’effrayante capacité de récupération marchande, c’est-à-dire d’annihilation de l’expérimentation artistique par le capitalisme socialisé. Si la clandestinité de l’expérimentation en réduit évidemment l’impact, sa reconnaissance en abolit la force, et sa valeur marchande en signale l’innocuité. L’expérimentation artistique et la création culturelle capables de renouveler (voire, et à plus forte raison, de « révolutionner ») l’art et la culture se reconnaissent en toute certitude à ce qu’elles ne s’achètent pas -ni d’ailleurs ne cherchent à se vendre, et qu’elles ne se vendraient sans doute pas si même elles cherchaient à le faire.  Par contre, les foutaises des épigones de Duchamp se vendent et s’achètent, et nos nouveaux pompiers ne passent pas, quoi qu’ils en veuillent faire croire, tout leur temps à déterrer les cadavres de l’art moderne immolé par Dada pour les re-tuer plus ou moins spectaculairement -comme les sacrificateurs nécrophiles des orthodoxies religieuses aimaient à exhumer les restes des hérétiques défunts pour les brûler. Une fois leur numéro produit devant leur public habituel de marchands, de fonctionnaires de l’art et d’analphabètes branchés, il restera toujours à ces parasites assez de temps pour se vendre -et trouver des acheteurs. Comme il convient, ces putes ne font le trottoir que pour pouvoir monter les escalier, et n’exercent le plus vieux métier du monde qu’en proclamant l’absolue nouveauté de leur manière de l’exercer.

Nous fera-t-on passer encore longtemps les enculeurs de mouche pour des séducteurs priapiques ?

13:34 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pour résumer en une ligne, vous voulez dire que "l'art" ou la culture ne doivent plaire a personne mais être financé par tous, non ?

Écrit par : eastwood | mardi, 19 juillet 2011

Monsieur Holenweg,

Vous dites:
"Nous fera-t-on passer encore longtemps les enculeurs de mouche pour des séducteurs priapiques?"
Et bien, ce n'est vraiement pas gentil... Surtout pour la mouche!

En tout cas, perso, j'aurais mis un "s" à "mouche". Sinon: pauvre bête!
Et puis, si il n'y en avait qu'une, derrière elle, la file d'attente serait vraiment trop longue.

Selon vous, certains artistes seraient donc des enculeurs de mouches. Mais vous oubliez de dire que certains politiciens sont de vrais artistes. Seule différence: eux ne sodomisent aucune mouche, mais l'électeur. Pourtant quasi personne ne les mouche. Exemple: votre "camarade" devenu membre du CA de Implenia.
Sans parler de ceux qui sont même Priap...iquer dans la caisse! Même exemple: lorsque, avec l'argent du contriuable, il a payé Implenia pour une offre non retenue parce que trop élevée. Les scientifiques nomment ce phénomène "effet tunnel".

Écrit par : Baptiste kapp | mercredi, 20 juillet 2011

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