samedi, 09 juillet 2011

Un spectre hante la gauche européenne : celui de son impotence

Un spectre hante la gauche européenne : celui de son impotence. Pour conjurer ce spectre, les intellectuels organiques de cette gauche, et de chacune de ses composantes nationales, scandent depuis un quart de siècle les mots d’ordre de la « rénovation », du big bang ou de l’aggiornamento. Ces mots d’ordre ont un présupposé commun : il y a encore quelque chose à faire avec la gauche dans l’état où l’histoire nous la laisse. Ce présupposé, nous le récusons. Il y a certes « quelque chose à faire avec la gauche », mais pour en faire tout autre chose que ce qu’elle est devenue.


 

La réforme ou la recomposition de la gauche telle qu’elle est, c’est-à-dire telle que nous en héritons, est à la fois hors délai et hors sujet. Hors délai, parce qu’il est trop tard et que le double fardeau de l’impuissance social-démocrate et de l’imposture stalinienne n’est pas à alléger, mais à abandonner. Hors sujet, parce que les bases théoriques, la culture politique, les thèmes privilégiés et les méthodes d’action traditionnelles de la gauche, ne répondent plus à rien de ce qui doit désormais nous requérir et dont, paradoxalement, nous pouvons trouver prémices aux origines du mouvement dont nous disons encore participer et dont nous constatons la sénescence. En fait, la gauche socialiste n’a pas besoin d’un aggiornamento, mais d’un risorgimento, d’une résurgence de ses ambitions fondatrices et de sa radicalité première.
Nous en sommes à un moment de l’évolution de la social-démocratie (et des reliefs du mouvement communiste) où sa capacité d’action et sa compétence politique ne sont plus que celles de pouvoir, parfois, gagner des élections, mais sans plus savoir ni pourquoi, ni que faire d’une telle victoire électorale, ni quelle différence fondamentale sépare encore la social-démocratie de la droite démocratique, et la « gauche de la gauche » du populisme.
Est-elle électoralement victorieuse –et encore ne l’est-elle qu’à la condition préalable d’avoir été pour un temps rejetée dans l’opposition, c’est-à-dire d’avoir perdu des élections- que la social-démocratie ne sait que faire du pouvoir politique qui lui échoit, sinon s’y lover comme un renard en son terrier. La social-démocratie a renoncé à se servir du pouvoir politique pour changer les règles du jeu social et les codes de l’ordre du monde. Le socialisme démocratique a sans doute trop bien, trop profondément et trop longtemps intégré les normes et les références libérales (le marché, les « grands équilibres » et les « lois de l’économie » pour pouvoir s’en extirper. Comment en effet être une alternative à ce que l’on a accepté, et dont on a usé –avec quelque efficacité, si cette efficacité ne se mesure pas à la capacité d’atteindre ses objectifs initiaux (le changement social) mais à celle d’atteindre un niveau de pouvoir suffisant pour se résigner sans tourments à les abandonner.
Il y a cependant dans cette gauche moribonde la possibilité, à défaut de la promesse, d’une gauche résurgente. De s’être abandonnée à l’air libéral du temps, la gauche paie le prix mais à ses marges, dans et hors de ses organisations traditionnelles (mais jamais à leur tête lorsqu’elle en est, ni en quête d’organisation nouvelle à créer lorsqu’elle n’en est pas), une gauche résurgente est née. Si le déclin de la gauche traditionnelle est irréversible (du moins en tant que gauche : elle peut toujours convoiter l’espace, plastique, du « centre mou », ou celui du populisme protestataire), la naissance d’une nouvelle gauche est possible en usant des quelques points d’appui que peuvent encore offrir partis politiques socialistes et syndicats. Il s’agit alors non d’en prendre le contrôle, mais, autant qu'il est encore possible, de les subvertir, de les transformer en autre chose que ce qu’ils sont –bref, de les déplacer hors du champ qu’ils occupent, d’en faire quelque chose qu’ils sont hors d’état d’imaginer.

14:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : gauche, social-démocratie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Votre raisonnement est intéressant cher vieil anar, mais semble souffrir d'une grosse carence tant que vous n'aurez pas commencé à répondre à la question fondamentale: pour en faire quoi ? Quels seraient les buts, les objectifs à atteindre ? La Révolution Permanente ? L'Anarchie ? La mondialisation humaniste (à non pas celle-là, elle repose sur l'acceptation des lois du marché, même si c'est pour mieux les encadrer :-) ? Alors quoi ? La décroissance ? Le collectivisme tribal ? Quoi ?

Écrit par : Philippe Souaille | samedi, 09 juillet 2011

Bien vu !
Quand la gauche va-t-elle enfin se débarrasser de ses caciques et de la gauche caviar ?
Le caciquat n'a rien à faire dans les formations de gauche.
Vive la gauche anchois !

Écrit par : Benoît Marquis | samedi, 09 juillet 2011

cher vieux troskiste défroqué,
je commencerai prudemment par vous rappeler que les révolutions n'atteignent jamais les buts que ceux qui croient les diriger leur assignent... qu'ensuite, la révolution permanente relève plutôt de l'atronomie et de la circumnavigation planétaire autour du soleil que de la la politique. L'anarchie me conviendrait assez, mais ça n'est pas un projet politique, c'est un horizon ça donne une direction, mais on ne l'atteint jamais. Alors là, un samedi soir, sur une terrasse de bistrot, avec l'ordinateur gracieusement remis par la Ville de Genève à ses conseillers municipaux, et à cinq jours de la prise de la Bastille, je me contenterai de "Liberté, égalité, fraternité", chaque mot étant la condition de la réalisation des deux autres. Et le deuxième excluant l'acceptation des "lois" du marché, puisqu'elles excluent celles net cedux qui n'ont pas les moyens d'entrer sur le marché...
Salut et Fraternité...

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 09 juillet 2011

Je propose une gauche "couillue"...
Par exemple: si la Grèce se déclarait en faillite et refusait de rembourser sa dette "odieuse", cela provoquerait la faillite de 3 grandes banques françaises et de quelques banques européennes..."Too bigs to fail" décrèterait la BCE et "Bruxelles"...N'ayant d'autres choix que de payer la dette grecque sans PLAN D'AUSTERITE...Et de remettre en cause toutes les règles stupides de l'exécrable union européenne ( qui prète du fric aux banques privées à 1% pour que ces dernières le reprètent à la Grèce à 11% !!! )...

Écrit par : Documentaliste... | samedi, 09 juillet 2011

Bonne réponse... Même si sans vouloir pinailler, j'ai la nette impression que les lois du marché sont encore ce que l'on a trouvé de mieux pour permettre à un maximum de gens d'y rentrer sur le marché. Même si ce n'est pas forcément chez Fauchon, et plutôt chez Lidl, dans un premier temps...
Je pense notamment aux quelques milliards d'exclus en train de rallier la grande communauté des consommateurs (grâce aux régimes communistes de Chine et du Vietnam :-), ce qui implique évidemment que nos consommateurs d'ici apprennent à partager un peu, les riches, mais aussi les pauvres, parce qu'ils sont beaucoup plus nombreux et que faire partager les riches, en matière de consommation, ne suffirait pas.
Le problème de la gauche, comme de la droite libérale éclairée d'ailleurs, c'est comment faire pour gérer les années à venir, qui ont fort peu de chances d'être marquées par une folle expansion économique. Or la plus belle femme du monde, ou la plus généreuse, ne peut donner que ce qu'elle a...
Au fait connaissez vous cette réponse faite par les dirigeants du PC Chinois à un dirigeant français (je crois que c'était Pascal Lamy, mais pas sûr) qui leur demandait ce qu'ils pensaient de la Révolution française: "Difficile à dire, on manque encore de recul historique pour en juger..."

Écrit par : Philippe Souaille | samedi, 09 juillet 2011

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