mardi, 28 juin 2011

Sans-papiers : Assez d'hypocrisie !


Ils et elles sont au moins 100'000 dans ce pays : ils et elles ont une identité, un passeport, l'écrasante majorité d'entre elles et travaillent, toutes et tous dépensent et paient donc l'impôt indirect sur la consommation, nombre d'entre elles et eux paient même leurs impôts directs, une grande partie de celles et ceux qui travaillent cotisent aux assurances sociales. Ils et elles construisent nos routes et nos maisons, nettoient nos logements et nos bureaux, s'occupent de nos enfants, des personnes âgées, des malades, des animaux, travaillent dans les champs, les hôtels, les restaurants... mais ils résident en Suisse sans autorisation d'y résider et d'y travailler, ni même parfois d'y séjourner. Tout le monde sait qu'ils et elles sont là, qu'ils et elles ne partiront pas, qu'ils et elles accomplissent des tâches indispensables et qu'ils et elles sont et seront d'autant plus nombreux que les politiques d'immigration seront plus restrictives. Ils et elles, ce sont les sans-papiers.




Les humains ne sont pas des arbres : ils n'ont pas de racines, mais des jambes, et ils s'en servent.

De nombreuses personnes qui ont été ou pourraient être au bénéfice d'un statut légal et d'un droit de séjour sont contraintes, par les politiques migratoires, de séjourner en Suisse dans l'illégalité. La situation actuelle, qui est la conséquence du choix d'une libre-circulation limitée aux pays de l'Union Européenne (et encore, pas tous), et de presque fermeture à l'immigration venant du reste du monde (Amérique du nord exceptée), produit cette illégalité, la nourrit, l'accroît. Les solutions individuelles (la régularisation pour cas de rigueur) sont gérées par l'arbitraire, et relèvent d'une véritable loterie. La récente loi sur le travail au noir, en faisant de l'absence de permis de travail des employés un délit fiscal et une soustraction aux obligations de cotisations sociales, dissuade même les employeurs qui voudraient régulariser la situation de leurs employés sans statut légal de le faire, et encourage à la fraude. Quant à la solution politique globale qui devrait s'imposer, la régularisation collective des sans-papiers, c'est peu d'en dire qu'elle n'est pas dans l'air vicié d'un temps de xénophobie et de paranoïa migratoire triomphantes. Pourtant, en une dizaine d'années, des avancées avaient été obtenues, par la mobilisation des sans-papiers eux-mêmes et des organisations qui les soutiennent : accès aux soins, aux assurances sociales, à la scolarité... mais les menaces d'un retour en arrière sont constantes, et si d'autres avancées paraissent encore du domaine du possible (l'accès à l'apprentissage, par exemple), mais sont engluées dans une hypocrisie généralisée -celle qui consiste à accorder théoriquerment des droits dans donner les conditions permettant de les faire respecter, celle qui se manifeste par la reconnaissance d'un « problème" sans que jamais le pas soit fait vers sa solution, alors qu'une troisième génération de « sans-papiers » naît en Suisse : des enfants de sans-papiers, nés de parents sans-papiers.eux-mêmes nés de parents sans-papiers. On ne contiendra pas les migrations. Ni l'établissement de celles et ceux des migrants qui ne veulent, ou ne peuvent, repartir. Les migrations ont toujours été, sont encore, et seront toujours plus fortes que toutes les barrières que l'on essaie d'y mettre. Les humains ne sont pas des arbres : ils n'ont pas de racines, mais des jambes, et ils s'en servent. Toutes les politiques migratoires restrictives produisent le même effet : il n'y a moins d'immigrants légaux que parce qu'on les transforme en immigrants illégaux.
Le collectif de soutien aux sans-papiers de Genève lance une pétition au Conseil fédéral et aux Chambres fédérales. Elle demande qu'il soit mis fin à une politique de renvois forcés « inhumaine, inutile et coûteuse », que le Conseil fédéral renonce à faire dénoncer les enfants de sans-papiers par les institutions scolaires, qu'il maintienne l'accès à la scolarité de tous les enfants sans-papiers, qu'un dispositif d'accès à l'apprentissage pour les jeunes sans-papiers soit mis en place « sans tarder », que les sans-.papiers aient accès aux assurances sociales, que la loi sur le travail au noir encourage, et non dissuade, à l'affiliation des travailleuses et travailleurs sans-papiers, et que l'accès de toutes et tous à tous les tribunaux soit garanti, sans risque de dénonciation ni menace d'expulsion à l'issue de la procédure. Enfin, la pétition demande l'essentiel : la régularisation des personnes sans statut légal qui résident en Suisse. La signer sera l'un de vos devoirs de vacance. Pas le plus astreignant, certes, ni le plus compromettant, mais il faut bien prendre la gauche dans l'état où elle est, et pour ce qu'elle est capable de faire. : www.signe-la.com/pétitions/stop-à-l-hypocrisie-soutien-aux-sans-papiers/

09:43 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : sans-papiers | |  Facebook | | | |

Commentaires

il est de bon ton aussi de souligner que nombre d'entre eux sont aussi employés et déclarés au gris par des patrons qui connaissent encore le vrai sens du mot humanisme!

Écrit par : caramel | mardi, 28 juin 2011

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