Faire de la politique en riant de la politique qu'on fait...

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Sus aux agélastes !

A quelques jours de re-prêter le serment rituel préludant à l'exercice d'un (modeste) mandat politique, et après moult réunions diverses et variées, mais dont la variété compense mal la récurrence, on se dit que, décidément, quelque chose manque cruellement à notre action politique, quelque chose que quelques une de nos grands ancêtres connaissaient, et pratiquaient, quelque chose qu'il nous semble avoir perdu en route sur les marches du pouvoir, ou de ses antichambres : la capacité d'introduire dans tous les fonctionnements sociaux, dans chacun et dans le moindre d'entre eux, l'élément de trouble qui non seulement le perturbera, mais permettra d'en rendre évident le caractère fondamentalement arbitraire. Cet élément, c'est le rire. Serions-nous tous devenus de ceux que Rabelais désignait sous le nom d'agélastes : ceux qui ne savent pas rire, et surtout pas d'eux-mêmes ?

La ligne droite est toujours le chemin le plus con pour aller d'un point à un autre

Nous devrions avoir appris de l'histoire que la ligne droite est toujours le chemin le plus con pour aller d'un point à un autre, et que les chemins de traverse mènent plus sûrement qu'elle là où nous voudrions aller. Nous concevons bien, mais bien théoriquement, que le temps de notre action politique ne devrait plus être capté par les institutions mêmes dont nous voulons nous débarrasser - ou, à tout le moins, que nous voulons changer, radicalmente e da capo. Mais que faisons-nous de cette conscience des limites, des vacuités, des vanités, de notre action ? La gauche a monnayé une illusion d'influence en la payant d'une évidence d'impuissance - sauf bien sûr à considérer comme une « puissance » la capacité de propulser quelques un-e-s des nôtres dans les sphères du pouvoir que l'on était supposer combattre - ou changer. A quelque chose cependant malheur peut être bon : la réduction du rôle des partis de gauche à celui de bureau de placement pour candidat-e-s à la haute fonction publique ou à la politique professionnelle, et du rôle des syndicats à la fonction de bureau de réclamation sociale du capitalisme, laisse à l'inventivité politique (révolutionnaire par conséquence, sinon par définition) un champ considérable. Et si ce champ en friche était celui de l'humour, de l'ironie, de la dérision ? Le pouvoir ne s'exerce jamais si bien, et si lourdement, que sur des gens tristes. La tristesse isole et le pouvoir doit isoler les un-e-s des autres celles et ceux sur qui il s'exerce, précisément pour pouvoir continuer à s'exercer sur eux - ce qui nourrira encore leur tristesse. Ce que nous avons à faire, nous avons à le faire en riant. Des autres, évidemment, mais c'est le plus facile. Rire des autres, tout le monde y arrive, mais les agélastes de Rabelais ne savent rire que des autres, et n'en savent rire que pour les abaisser. Leur rire n'est qu'une moquerie, ou un mépris. Rire, donc. Mais de nous aussi. De nous surtout. L'affectation de gravité dont nous nous revêtons lorsque nous tentons d'agir, et qui devrait prêter à ce que l'on rie de nous plutôt qu'à ce que l'on nous prenne au sérieux, est déjà la marque d'une adhésion aux institutions en lesquelles nous siégeons. En ces institutions, le rire est toujours déplacé, parce qu'il est toujours subversif -comme le personnage du vieux bibliothécaire du Nom de la Rose l'avait bien compris, qui faisait tout pour que nul ne puisse accéder à ce qu'Aristote en écrivit. On prêtera serment, dans une dizaine de jours, de respecter les lois, les réglements, les convenances. Mais avec la ferme intention de ne considérer ce serment que comme un bref sacrifice rhétorique, sinon une plaisanterie de plus. Ne pas prendre au sérieux ce que l'on a été désigné pour faire, n'est-ce pas le plus sûr moyen de le bien faire, et surtout de le faire en sachant ce que l'on fait, en le dépouillant de ses apparences ? La politique est chose trop importante pour être laissée à des gens trop sérieux, et nous allons tenter de l'être, ou du moins de le rester, le moins possible. Qu'on nous y aide ne nous sera sans doute pas inutile : tenace, l'esprit de sérieux guette, tapi dans la routine.

Lien permanent Catégories : Politique 2 commentaires

Commentaires

  • En l'occurence qui est donc ce "Nous"? "Vous" élus, vous Pascal Hollenweg? Ou "Nous" tous? Et vous Mr.Hollenweg seriez et sauriez (y compris rire) pour NOUS TOUS?
    Quant à la ligne droite, c'est peut-être ce que vous en écrivez, pour vous,mais pour ceux qui sont pressés de changer?
    Bien àvous
    T-O I FAR/RAF

  • disons alors que le "nous" est un pluriel de majesté princièrement auto-octroyé

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