mercredi, 18 mai 2011

A propos de Dominique Strauss-Kahn (et de ceux qui lui ressemblent)


Sex addict ? Power addict !

Il paraît que Dominique Strauss-Kahn était un  « drogué du sexe», un   « sex addict ». Il était aussi un  « drogué du pouvoir », un  « power addict». Et cet homme qui était l'un des puissants de ce monde, sous nos yeux ne fut plus qu'une pauvre chose hagarde, blafarde, dans son costard de grand couturier réduit à l'apparence d'une fripe, muet entre deux flics paradant devant les caméras de télévision, muet encore devant un tribunal l'expédiant en prison, entre un dealer et un braqueur qui n'avaient ni l'un, ni l'autre les moyens d'offrir comme lui une caution d'un million de dollars pour ne pas être incarcéré.  Ces images à elles seules le carbonisent : coupable ou non, « DSK » est politiquement mort. Et pourtant, si la mise en scène policière et judiciaire de sa chute peut donner la nausée, on ne pleurera pas sur son sort, s'il s'est réellement rendu coupable de ce dont on l'accuse, et où le grotesque le dispute à l'odieux.


« Si haut que soit placé un trône, on n'y est jamais assis que sur son cul »

Eros et kratos, couple maudit : « La jactance et l'arrogance du maître font ressortir la misère de l'être. L'autorité n'est qu'un habit clinquant mangé de vermine. Aucun amour ne résiste à la mesquinerie d'une existence incapable de comprendre que la force et la ruse sont des béquilles. On ne peut être ambitieux et amoureux. L'arrivisme est une échelle où l'amour ne grimpe qu'en pressantant sa chute » (Raoul Vaneigem)... On aimerait s'en tenir là... mais Vaneigem parle encore de l'amour quand dans les actes dont Dominique Strauss-Kahn est accusé il n'y a que du rut. Ces actes sont odieux. Ils le sont d'autant plus que l'homme présumé les avoir commis était un homme de pouvoir, et qui aspirait à l'être plus encore, en devenant le chef d'un Etat disposant de l'arme nucléaire et dont les armées guerroient ou stationnent sur les cinq continents et quelques îles. Qu'un homme se laisse gouverner par son sexe laisse planer un lourd doute sur sa capacité à diriger un Etat et à gouverner les hommes et les femmes, puisqu'on nous assure que les hommes et les femmes ne sauraient être laissés sans gouvernement. Si un homme ne sait maîtriser ses pulsions, quel risque ne prendrait-on pas à lui confier la clef de l'arme nucléaire et la chefferie des armées ? Le pouvoir rend fou ? Peut-être. Et l'envie de pouvoir plus encore. Mais les fous de pouvoir le sont du pouvoir en tant que tel -du pouvoir politique, du pouvoir économique, du pouvoir sexuel. Et lequel de ces pouvoirs s'exerce sans violence ? Et dans quelle faille de soi s'engouffre cette folie ? dans quel manque ? dans quelle incertitude sur ce que l'on est, ou ce que l'on voudrait être et que l'on ne sait ou ne peut être ? Il faut une invraisemblable dose d'immaturité, et d'une immaturité d'autant plus dangereuse que sera haut placé le siège sur lequel on trône, pour se comporter comme DSK est accusé de s'être comporté, puis pour nier en être responsable -mais c'est peut-être cette immaturité même qui fait d'un homme un homme de pouvoir. Ainsi, ce que l'«affaire Strauss-Kahn » devrait provoquer, mais qu'elle ne provoque pas, est une interrogation qu'on n'a jusqu'ici entendue exprimer nulle part : comment éviter de confier le pouvoir à des hommes (ou, mais plus rarement encore) des femmes incapables d'exercer sur eux-mêmes le pouvoir qu'ils revendiquent sur les autres? Il faudrait être enfin capables de se débarrasser, non des hommes et des femmes de pouvoir, mais du pouvoir lui-même, et de rendre ainsi inoffensifs ceux qui n'aspirent qu'à l'exercer. Car le pouvoir, c'est toujours, quoi qu'on en dise, de quelque oripeau dont on le revête, de quelque idéologie dont on se réclame pour le légitimer, le pouvoir sur les autres -le pouvoir d'exercer sur les autres sa propre impuissance à assumer ce qu'on attend de tout humain adulte : ne pas se laisser gouverner par ses instincts, penser par sa tête plutôt que par ses génitoires, ou, pour parler comme quelque poète naïf, écouter son coeur plutôt que ses couilles. Mais il est vrai qu'ainsi l'on se condamnerait à devoir déserter le champ du pouvoir

05:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : dsk, strauss-kahn, pouvoir, sexe | |  Facebook | | | |

Commentaires

nous sommes en période de festival de Strauss à Cannes et Depardieu aurait fait un très bon ministre aussi!

Écrit par : lovsmeralda | mercredi, 18 mai 2011

Bien d'accord avec votre article : cette histoire doit nous interroger sur le pouvoir en général.
Pouvoir de faire, pouvoir de dire, pouvoir sur autrui, folie du pouvoir...
Ce qui est bouleversant dans l'hypothèse de la culpabilité de DSK,, c'est que l'Homme de pouvoir se dit fort, se veut rassurant et cérébral et il succombe aux pulsions les plus animales et les plus bestiales. C'est à la fois terrifiant et odieux.

Écrit par : cecile xambeu | mercredi, 18 mai 2011

La Boétie a écrit le "Discours de la serviture volontaire". J'y songe en me disant que les médias,les hommes ou femmes politiques et les électeurs qui idolâtrent ces fauves du pouvoir se placent dans une situation de servitude volontaire. Curieux mécanisme de la psychologie humaine.

Écrit par : Annick Bernard | mercredi, 18 mai 2011

Y a-t-il vraiment mise en scène, ou bien possibilité des médias américains de montrer les suspects à leur guise? J'ai le sentiment que certains sont choqués parce qu'ils avaient pris l'habitude du masque de dignité qu'en public arborent les hommes importants, et qu'ils sont effarés de voir cette draperie tomber. Ils auraient voulu pouvoir continuer à vivre dans la représentation publique de la dignité, à vivre dans la mise en scène de la dignité et de la probité publiques. Cela sent un peu sa Rome antique qui essaye de subsister face à la justice des barbares.

Écrit par : RM | mercredi, 18 mai 2011

Mais quelle tirade dites-moi ...

On se croirait presque au culte !

Votre billet m'inspire deux remarques :

1° Pourquoi le statut social de DSK, son statut de "presque candidat à la candidature" de la présidence de la République française, son pouvoir, son goût supposé (?) du luxe et de l'argent seraient-ils des facteurs aggravants du crime dont il est accusé ?
Je ressens dans vos propos de la "Schadenfreude", ce sentiment pervers qui consiste à se réjouir du malheur d'autrui ...
Finalement DSK n'est-il pas avant tout un homme avec tout ce que cela implique de qualités et de défauts, voire de déviances ?
Alors qu'on le juge pour les actes qu'il est censé avoir commis, pas sur son statut social. On ne va tout de même pas exhiber sa tête au bout d'une pique !


2° En France, les pouvoirs conférés par la Constitution de la Vème République au Chef de l'État sont évidemment considérables. Par conséquent il est indispensable de s'assurer que l'impétrant fournisse toutes les garanties morales et psychiques inhérentes à la fonction.
Il faut aussi, et surtout, se poser la question de savoir si la concentration d'autant de pouvoirs sur les épaules d'une seule personne est saine en démocratie et s'il ne serait pas judicieux de prévoir des mécanismes de destitution en cas de défaillances graves.
Les États-Unis, dont la fonction présidentielle concentre encore plus de pouvoirs que celle de la Vème République en France, compte tenu de la puissance du pays, connaissent la procédure "d'impeachment" applicable au Président.

Bonne journée !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | mercredi, 18 mai 2011

Et De Gaulle avec Tante Yvonne qui tenaient à payer eux-mêmes de leurs poches les factures d'électricité de l'Élysée, De gaulle qui n'aurait pas admis qu'un divorcé entre au gouvernent, autre temps , ou autre perception de l'exercice du pouvoir avec une réelle ambition, qui dépasse, transcende celui qui l'exerce .
Vive l'Élysée célébrité ses échographies , ses écoutes téléphoniques, ses suicides.

Écrit par : briand | mercredi, 18 mai 2011

Coucou, c'est Renous! Vous vous demandez "comment éviter de confier le pouvoir à des hommes (ou, mais plus rarement encore) des femmes incapables d'exercer sur eux-mêmes le pouvoir qu'ils revendiquent sur les autres?"

Vous êtes élus (ou nous nous trompons?) vous censurez les comm's, qui, bien que venant -disons d'un peu plus extrêmistes- de votre bord (nous par ex.), et surtout eux!
Ou alors vous ne répondez pas, à l'instar de TOUS les hommes ou femmes politique de TOUS partis.

Ceci est une manière "stalinienne" de débattre, àlaquestion que vous posez, vos actes répondent!

Empêchez(-vous) le despotisme, démissionnez de votre poste de politicien parlementaire!

Écrit par : Trio-Octet | jeudi, 19 mai 2011

Je ne me demande pas seulement "comment éviter de confier le pouvoir à des hommes (ou, mais plus rarement encore) des femmes incapables d'exercer sur eux-mêmes le pouvoir qu'ils revendiquent sur les autres?" Je me demande surtout comment éviter de confier le pouvoir à qui que ce soit.

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 19 mai 2011

"Je me demande surtout comment éviter de confier le pouvoir à qui que ce soit."

Simple, la Somalie sera donc votre horizon.

Écrit par : Giona | jeudi, 19 mai 2011

La Somalie ? Les petits chefs et les potentats y pullulent...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 19 mai 2011

Les Kogis de la Sierra Nevada, en Colombie, sont un peu sur cette ligne. Leur chef est nommé par un conseil de sages qui a pour principe de ne jamais nommer celui qui dit qu'il veut devenir chef, ou le montre de manière ostentatoire. Ce qui évidemment ne résout rien, puisqu'il suffit de se la boucler et de se faire remarquer par son effacement pour être nommé... N'importe quel petit malin ambitieux est capable d'endosser le rôle.

Écrit par : Philippe Souaille | jeudi, 19 mai 2011

je me souviens de ce que Pierre Clastres écrivait des Tupis Guaranis du Paraguay : ils désignent certes un chef, mais s'arrangent pour le priver de tout pouvoir...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 19 mai 2011

"je me souviens de ce que Pierre Clastres écrivait des Tupis Guaranis du Paraguay"

Eh ben voilà ! Ce sera donc les Guaranis pour vous auquel cas attendez vous à avoir Greenpeace sur le dos et à devoir répondre de crime contre l'humanité.

Moi ça va, je me contente de Genève, avec, bien sur, beaucoup de nostalgie pour ce qu'elle était, j'entend par là avant que cette engeance gauchiste ne la souille.

Écrit par : Giona | vendredi, 20 mai 2011

c'était quand ? avant la Réforme ?

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 20 mai 2011

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