vendredi, 06 mai 2011

Métèques humains et légumes indigènes

Métèques humains et légumes indigènes

Il faut bien l'avouer : si on n'avait pas des copains planteurs de cardons, des camarades récolteurs de carottes, des parents grignoteurs des légumes des Charottons, on se serait bien, à gauche, contrefoutu du sort tragique de ces 58 hectares de la plaine de l'Aire, qu'on nous propose de déclasser, et sur le déclassement desquels on vote dimanche prochain. 58 hectares, dans une zone déjà partiellement urbanisée, coincée entre l'autoroute de contournement et la route de base qui depuis vingt ans arrosent les légumes des Cherpines de leurs effluves d'essences et de leurs particules de pneus. Il ne manquait guère qu'un argument dans la campagne pour la préservation de cette zone agricole : l'argument xénophobe. Il n'a pas manqué longtemps, et il est venu de là où il devait venir. Nous le voilà donc servi par l'UDC (entre autres) : la crise du logement est due à l'immigration, si on bloque l'immigration, y'a plus de crise du logement, et plus besoin de construire des logements, et plus besoin de toucher à la zone agricole. Si on bloque les naissances aussi, notez bien...


Loger les Genevois à Genève ou les loger en France ?

Donc, pour sauver les légumes, une solution : fermer les frontières aux humains. Fallait y penser. Car pour le reste de l'argumentation des opposants au déclassement des Cherpines, on est depuis des semaines en rhétorique connue : On ne construira pas assez de logements dans la Plaine de l'Aire ? On est d'accord. On pourrait en mettre plus, et d'entre eux, plus de logements sociaux. On pourrait donc encore densifier. Mais 3000 logements (le projet en est là) dans la plaine de l'Aire, ce sont déjà 6000 personnes logées, sur la soixantaine d'hectares qui pourraient être déclassés. Et 6000 personnes sur soixante hectares, c'est une densité de 10'000 habitants au kilomètres carré. Un peu moins que la densité moyenne de la Ville de Genève, certes, mais tout de même la densité d'un quartier urbain.  La menace sur l'autonomie alimentaire de Genève ? Elle est de toute façon déjà illusoire (Genève importe 80 % de sa nourriture), d'autant que la moitié des 20'000 tonnes de fruits et légumes produits par les membres de l'Union Maraîchère est exportée dans le reste de la Suisse. Et dans la plaine de l'Aire, des centaines d'hectares réservés au maraîchage ne sont pas concernés par le déclassement des 58 hectares des Cherpines -dont par ailleurs une bonne partie sont déjà utilisée à d'autres fins qu'agricoles. Le bradage des terres agricoles ? En 40 ans, Genève n'a perdu que le 8 % de ses terres agricoles et la zone agricole occupe toujours la majeure partie de la superficie du canton, hors lac, fleuve et rivières. Mais dans le même temps où la zone agricole se rétrécissait de 8 %, la population du canton, elle, augmentait de 45 %... 8% de terres agricoles en moins, 45 % de population en plus, l'écart entre ces deux variations dit bien de quel privilège la zone agricole jouit, et dont elle ne peut plus jouir, sauf à admettre un urbanisme d'entassement dans la ville-centre, et et un mode de développement consistant à exporter la population au-delà des limites du canton dans le même temps où l'on concentre les emplois dans le canton... On en revient donc au choix que nous avons déjà posé ici : Loger les humains ou les légumes. C'est un choix de priorités, pas un choix exclusif.  Si le déclassement de 58 hectares de terres agricoles est refusé, il ne poussera rien d'autre que des légumes sur ces terrain pendant que la population du canton continuera de s'accroître. Il serait temps que la gauche, toute la gauche, comprenne que sa première tâche est de concrétiser les droits qu'elle proclame, et de répondre aux besoins des gens qu'elle est supposée défendre en priorité : ce sont les « couches populaires » qui sont les premières victimes de la crise du logement, pas les multinationales, ou les « expatriés », ni les potentats logés sur les rives du lac. De ces droits et de ces besoins qu'on ne peut pas se contenter de proclamer, qu'il convient d'assurer à Genève, aujourd'hui, on ne peut faire semblant de ne pas voir qu'il y a, au premier rang, le logement. Et pas le logement à cinquante kilomètres (en bagnole) de son lieu de travail... Loger les Genevois à Genève, ou les loger en France ? Entre le PS, les syndicats et le Rassemblement pour une politique sociale du logement, d'une part, et les Verts et solidaritéS d'autre part, il y a divergence sur la recommandation de vote. Pas parce qu'il y a divergence sur le fond (nos programmes sont largement convergents, comme nos critiques du mode de développement de Genève), mais parce qu'il y a divergence dans l'appréciation des priorités. Or un programme ne vaut que si on fait l'effort d'au moins tenter de le concrétiser. Concrétiser les principes de nos programmes, le droit au logement et la défense de l'agriculture de proximité, cela signifie les concrétiser quelque part, en un moment donné. Pas n'importe où, dans longtemps : ici et maintenant, à Genève, en 2011. Et à Genève, en 2011, souffrons-nous d'une crise alimentaire ou d'une crise du logement ?

16:32 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : logement, immigration, agricultutre, cherpines, charottons | |  Facebook | | | |

Commentaires

Excellent blog. Cela fait plaisir de voir qu'une partie de la gauche semble connectée à la réalité et aux besoins de la population. Au contraire des Verts par exemple.

Cela étant, chaque opposant au déclassement semble avoir son bouc émissaire. Quand on lit Mme Leuenberger expliquer que le déclassement non, parce (je caricature) seuls ses sales riches ou des ignobles traders vont en profiter, on est simplement dans une autre forme de création de bouc émissaire.

Parce que s'opposer aux nouvelles constructions, c'est effectivement s'assurer que le canton sera progressivement réservé aux plus riches...

Écrit par : Amusé | vendredi, 06 mai 2011

Entièrement d'accord. Les hommes passent avant les cardons et les poireaux.

Écrit par : Sebastien | vendredi, 06 mai 2011

Disons que le jour où des millionnaires viendront s'installer dans la Plaine de l'Aire, entre l'autoroute de contournement, la route de Base et une zone industrielle, c'est que ce jour sera le lendemain du Grand Soir et que la milice populaire les y aura conduit après réquisition des villas pieds-dans-l'eau de la rive gauche...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 06 mai 2011

Excellent blog. D'ailleurs une coccinelle de ma connaissance vient de me le confirmer: les pucerons de la plaine de l'aire ont un arrière-goût de gas-oil absolument abomifreux.

Écrit par : Concombre masqué | vendredi, 06 mai 2011

@Pascal Holenweg

Je vous cite Mme Leuenberger:

"Détruire nos meilleures terres agricoles pour réaliser des centres sportifs et des logements qui seront de toute façon inaccessible pour le commun des mortels, va devenir un véritable problème de survie."

Le commun des mortels ne pourra pas habiter à PLO!!! Les milliardaires au bord de l'autoroute!

Bon on a aussi Julien Cart qui nous explique qu'on fera venir des expats pour bosser en zone industrielle... c'est clair, les services financiers, les hedges funds, paf, dans un hangar près de l'autoroute. Ou on va faire venir des anglais pour monter des machines, ou dans l'horlogerie. Quel délire.

Alors qu'on devrait plutôt se réjouir que certains semblent essayer de maintenir des activités industrielles à Genève, et non uniquement développer dans le tertiaire (financier).

Je ne suis pas de gauche, mais je vous plains d'avoir des alliés qui semblent habiter sur Mars, et ne pas comprendre que le problème de logement est général, et une priorité absolue (en oubliant que la croissance de la population est une réalité... j'allais dire inévitable). Ne serait-ce que pour éviter que Genève ne devienne effectivement une réserve d'indiens (riches), et conserve une mixité sociale.

Mais bon, quand on préfère le cardon à l'humain, on est irrelevant.

Écrit par : Amusé | vendredi, 06 mai 2011

"Loger les humains ou les légumes"

C'est quand même bête de faire d'un sophisme un slogan ! Car bien évidemment il faut loger les deux, pas l'un ou bien l'autre !

De plus, bien que je n'ai pas d'argument chiffré, il me semble clairement que l'ouverture des frontières du marché du travail et un des facteurs principal qui à conduit à un accroissement de la crise immobilière ... enfin, c'est pas pour tout le monde la crise, c'est la crise pour ceux qui cherche un logement décent à prix raisonnable.

Écrit par : djinius | vendredi, 06 mai 2011

Je ne crois pas que l'ouverture des frontières ait particulièrement aggravé la crise du logement, qui lui était antérieure. D'ailleurs, la part de la population immigrée dans la population résidente n'a pas fondamentalement changé depuis cette ouverture. En revanche, il est vrai que la crise du logement, "c'est pas pour tout le monde", mais pour celles et ceux qui n'ont pas les moyens de se payer une villa à 20 millions ou de se faire payer un appart' à 15'000 balles par mois. Mais ceux-là, vous ne le verrez pas se planter dans la Plaine de l'Aire. Si on devait chercher une cause fondamentale à la crise du logement, on la trouverait dans l'appropriation privée du foncier, qu'il soit à usage industriel, commercial, locatif ou agricole...

Écrit par : Pascal Holenweg | vendredi, 06 mai 2011

Cher Pascal,

Manifestement, tu peines à trouver un second souffle dans ta croisade pour le bétonnage de la Plaine de l'Aire. Assimiler les référendaires à l'UDC, voilà qui est gracieux et, surtout, intellectuellement honnête. Je ne vois pas à quel document du comité référendaire tu fais allusion, lorsque tu prétends que nous nous attaquons à l'immigration. (et même l'affiche de l'UDC est étonnamment muette à ce propos puisqu'elle n'argument son NON que sur la protection des terres).

C'est bien évidemment le modèle de croissance économique, dont les conséquences collatérales sont les hausses de loyers et la pression sur le foncier que nous dénonçons (Comme toi, je l'espère). Simplement, nous estimons que déclasser la Plaine de l'Aire, c'est un pas de plus dans cette fuite en avant, ce que tu ne sembles pas comprendre...

Quant à tes attaques contre les coopératives maraîchères, elles me semblent complètement hors de propos. Leur rôle, tant dans la promotion de l'ESS, que de la réflexion sur les conditions sociales dans le monde agricole d'ici et d'ailleurs devraient t'inciter à les considérer avec intérêt (et pourquoi pas, avec respect).
Mais peut-être fais-tu partie de celles et ceux qui n'ont pas réalisé que tout ce que tu manges (carottes comme Big Mac) provient exclusivement de la fine couche de sol qui recouvre la terre, et que ce sol, comme l'air et l'eau sont des ressources qu'il convient de protéger ? Après tout, tant qu'on aura à bouffer dans les étals de la Migroop, on peut bien laisser le monde crever de faim en attendant que ce soit notre tour !

Écrit par : Julien Nicolet | samedi, 07 mai 2011

Où diable a tu lu que j'assimilais les référendaires à l'UDC ? J'ai relevé que l'UDC avait à moult reprises expliqué l'arrêt de l'immigration était la seule alternative à la pression sur l'espace constructible -tu n'auras aucune peine à trouver les textes, les discours et les interviews des udécistes à ce propos. Et tu n'auras pas de difficultés non plus à trouver, sur le mode douceâtre, le même type de discours dans la bouche d'écolos. Et je n'ai quant à moi aucune peine à trouver des âneries du genre "les socialistes roulent pour les spéculateurs"... je suppose d'ailleurs que le SIT et les syndicats de la CEST sont à ranger dans la même fosse aux traîtres que nous, avec la plupart des membres du Rassemblement en faveur d'une politique sociale du logement...

Quant à mes "attaques contre les coopératives maraîchères", où les lis-tu ? Peut-être quand j'écris que lorsque ces coopératives refusent de se déplacer d'un kilomètre pour aller cultiver leurs légumes ailleurs, leur discours sur l'agriculture de proximité, l'autosuffisance alimentaire, la production bios etc... a comme une légère saveur de "j'y suis, j'y reste" parfaitement irresponsable socialement. Et je n'enlève pas une lettre à la conclusion de mon texte (ni d'ailleurs à ce qui la préàcède) : "Concrétiser les principes de nos programmes, le droit au logement et la défense de l'agriculture de proximité, cela signifie les concrétiser quelque part, en un moment donné. Pas n'importe où, dans longtemps : ici et maintenant, à Genève, en 2011. Et à Genève, en 2011, souffrons-nous d'une crise alimentaire ou d'une crise du logement ?". Question subsidiaire : qui souffre le plus de la crise du logement ? Les gens que nous sommes supposer défendre (les moins riches) où ceux qui se font des couilles en or en spéculant sur la rareté des espaces constructibles ?

Écrit par : Pascal Holenweg | dimanche, 08 mai 2011

Merci d'avoir publié une réponse à mon commentaire. Ç'aurait été plus élégant et plus compréhensible pour tes lecteurs de publier ledit commentaire !

Écrit par : Julien Nicolet | dimanche, 08 mai 2011

ça avaitg été fait, il est passé oÙ ? Je vais essayer de le retrouver (sinon, va falloir que tu le renvoie)...

Écrit par : Pascal Holenweg | dimanche, 08 mai 2011

Voilà :

"Cher Pascal, Manifestement, tu peines à trouver un second souffle dans ta croisade pour le bétonnage de la Plaine de l'Aire. Assimiler les référendaires à l'UDC, voilà qui est gracieux et, surtout, intellectuellement honnête. Je ne vois pas à quel document du comité référendaire tu fais allusion, lorsque tu prétends que nous nous attaquons à l'immigration. (et même l'affiche de l'UDC est étonnamment muette à ce propos puisqu'elle n'argument son NON que sur la protection des terres). C'est bien évidemment le modèle de croissance économique, dont les conséquences collatérales sont les hausses de loyers et la pression sur le foncier que nous dénonçons (Comme toi, je l'espère). Simplement, nous estimons que déclasser la Plaine de l'Aire, c'est un pas de plus dans cette fuite en avant, ce que tu ne sembles pas comprendre... Quant à tes attaques contre les coopératives maraîchères, elles me semblent complètement hors de propos. Leur rôle, tant dans la promotion de l'ESS, que de la réflexion sur les conditions sociales dans le monde agricole d'ici et d'ailleurs devraient t'inciter à les considérer avec intérêt (et pourquoi pas, avec respect). Mais peut-être fais-tu partie de celles et ceux qui n'ont pas réalisé que tout ce que tu manges (carottes comme Big Mac) provient exclusivement de la fine couche de sol qui recouvre la terre, et que ce sol, comme l'air et l'eau sont des ressources qu'il convient de protéger ? Après tout, tant qu'on aura à bouffer dans les étals de la Migroop, on peut bien laisser le monde crever de faim en attendant que ce soit notre tour !"

Ce commentaire a été posté par Julien Nicolet.

Écrit par : Pascal Holenweg | dimanche, 08 mai 2011

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