Algérie : Les « citoyens journalistes » des syndicats autonomes

Imprimer

Briser le silence

Contrairement à la Tunisie, à l'Egypte, au Yemen, à la Syrie, l'Algérie n'est pas entrée en insurrection. Elle a encore sur le coeur les 200'000 morts et disparus qui ont, en vingt ans plombés, suivie la brève éclaircie démocratique de la fin des ann'es '80, après les émeutes de 1988 et la chute, pour un temps, du système de parti unique, le parti n'étant d'ailleurs lui-même que le paravent de la police politico-militaire. Sous l'éteignoir policier, militaire et politique, toutefois, la révolte gronde  Le pouvoir a fait les concessions qui lui coûtent le moins (la levée de l'état d'urgence, par exemple, mais après vingt ans...), mais tient ferme sur l'essentiel : la mainmise sur les ressources économiques, le contrôle du champ politique... et du champ médiatique. Pour échapper à ce contrôle, les syndicats autonomes ont mis sur pied un réseau de « citoyens journalistes », pour informer les Algériennes et les Algériens des luttes menées par les mouvements sociaux, et mobiliser la population pour la défense de ses droits et de ses libertés. Le SOLIFONDS appelle à soutenir ce projet des syndicats autonomes : www.solifonds.ch

KABYLIE.JPGL'Algérie ne s'insurge pas, elle résiste. Reste à le faire savoir.

Les « citoyens journalistes » (et les « citoyennes journalistes »...), ce sont ces hommes et ces femmes qui, soutenus par les syndicats autonomes, transmettent sur les mouvements sociaux, la réalité des conditions de vie de la population, la répression, les informations que les media officiciels censurent, et que les media privés, toujours menacés d'interventions directes ou indirectes du pouvoir, hésitent parfois à rendre publiques. Armés d'un téléphone portable et d'un ordinateur, les «  citoyens journalistes » communiquent avec le reste de l'Algérie (du moins cette partie de l'Algérie qui a elle aussi accès à l'înternet) et le reste du monde. Ainsi se brise, petit à petit, le monopole du pouvoir sur l'information, et le monopole de la centrale syndicale ex-unique, l'UGTA, sur le syndicalisme algérien. Et les premiers à apprendre ce qui se passe réellement en Algériens sont les Algériennes et les Algériens eux-mêmes -jusqu'à apprendre ce que souvent ils ignorent : comment vivent leurs compatriotes de l'autre bout de cet immense pays, où la richesse économique de l'Etat et de ses grands appareils cèle l'extrême pauvreté de la population; le sud algérien regorge de richesses minières, pétrolières, gazières, dont l'exportation emplit les caisses de l'Etat, gonfle les réserves de la banque centrale, engraisse les généraux, permet de calmer par un peu d'arrosage ciblé les mouvements de contestation les plus immédiatement dangereux, mais la pauvreté est massive, le salaire minimum stagne autour de 200 francs par mois, la moitié des jeunes sont au chômage, et l'absence d'investissements a dégradé le service public dans tous les domaines. L'Algérie n'est pas entrée, une fois de plus, en insurrection. Elle a payé très cher ses révoltes passées, après avoir payé très cher son indépendance : la double décennie de plomb qui a suivi la révolte de 1988 a fait 200'000 morts et disparus... Mais si elle ne s'insurge pas, l'Algérie résiste, proteste, bouge, sans qu'on en sache grand chose ici : en 2010, il ne s'est pas passé un mois sans que des manifestations rassemblant plusieurs milliers de personnes soient organisées -et réprimées, ou des grèves organisées par les syndicats autonomes ou la coordination étudiante.  Le pouvoir algérien lâche un peu de lest quand la tension se fait vive : il ne fait plus tirer sur les manifestations (il reste cependant prêt à le faire), il les étouffe en mobilisant des milliers, partfois des dizaines de milliers, de policiers pour les empêcher de se tenir au-delà d'un petit rassemblement vite dispersé, non sans prendre garde à ce que soient parfaitement visibles dans ce rassemblement les figures les plus contestables d'une «opposition » autoproclamée. L'opposition réelle, celle des mouvements sociaux, des syndicats autonomes, des comités de chômeurs, est largement passée sous silence, en Algérie même, et plus lourdement encore à l'extérieur. C'est pour briser ce silence que les syndicats autonomes ont lancé leur projet de «citoyens journalistes », visant à faire de chaque militant disposant d'un téléphone portable et d'un accès internet le créateur, le diffuseur, le commentateur de l'information qui ne passe pas dans le pays, et n'en sort pas. Pour ce projet, les syndicats autonomes ont besoin de soutien. Et ce soutien, le SOLIFONDS entend le leur apporter. A nous, donc, d'y contribuer, en soutenant cette opération du SOLIFONDS.

SOLIFONDS,
www.solifonds.ch Chèques postaux 80-7761-7

Lien permanent Catégories : Solidarité 1 commentaire

Commentaires

  • Il est temps que les journalistes algériens francophones(ou une bonne partie d'entre eux)se rangent enfin du coté de leur peuple. Eux qui l'avaient lamentablement trahi en 1992 pour des raisons idéologiques et dogmatiques, face à l'une des dictatures les plus sanglantes que l'Afrique et le monde arabe aient jamais connu. Il est temps aussi que les intellectuels algériens francophones apprennent les leçons de leurs homologues tunisiens en la matière.

Les commentaires sont fermés.