dimanche, 24 avril 2011

Avril 1915 - avril 2011 : nier l'évidence du génocide arménien ?

Il y a 96 ans, en avril 1915, était déclenché dans ce qui était encore l'Empire Ottoman, le premier génocide du XXe siècle, que l'on s'en tienne à la chronologie calendaire qui fait commencer ce siècle le 1er janvier 1901, ou que l'on adhère à la retrospection historique, qui le fait commencer au déclenchement de la Grande Guerre, en 1914. La Ville de Genève a décidé, sur mandat de son Conseil Municipal unanime, d'ériger sur la Promenade Saint-Antoine une installation commémorative, non seulement du génocide des Arméniens, mais aussi des relations séculaires de Genève avec l'Arménie -Genève ayant notamment été le lieu où se sont créées ou structurés deux des principaux mouvements politique d'émancipation de l'Arménie, le Dashnak et le Hintchak. Ce geste de la Ville n'a pas été du goût d'une association négationnisted turque, qui tempête depuis des semaines et tire toutes les sonnettes (y compris celles qui se trouvent à l'extrême-droite de la porte, sublime ou non) pour que la Ville renonce à son travail de mémoire. Et d'en appeler au Conseil fédéral, et à Micheline Calmy-Rey, pour que la Confédération sermonne la Commune.


Le négationnisme contre la réconciliation des peuples

On commencera donc, pédagogiquement, par rappeler aux négationnistes du génocide arménien, que si
le Conseil fédéral est le gouvernement de la Suisse, Micheline Calmy-Rey la présidente de la Suisse et sa ministre des affaires étrangères, et que ce gouvernement, cette présidente, cette ministre, sont en charge de la raison d'Etat, le Conseil adm,inistratif de la Ville de Genève, la Maire de Genève, le Conseiller administratif chargé de la culture ne sont, eux, pas en charge de la raison d'Etat, mais peuvent l'être, et le sont sur demande du Conseil Municipal, du travail de mémoire, et de solidarité. Genève commémore le génocide des Arméniens, comme elle commémore le génocide des Juifs, comme elle commémore ou devrait commémorer celui des Tziganes, celui des Tutsis rwandais, celui des Cambodgiens... c'est un acte de mémoire, pas un acte diplomatique. Et cet acte de mémoire, c'est le Conseil Municipal de la Ville, à la quasi unanimité, qui a demandé qu'il soit fait. Que la Confédération soit en charge de la raison d'Etat n'empêche nullement la Commune de prendre en charge la raison solidaire et nos Ottomans devraient s'y résigner : la Suisse est, encore, un Etat démocratique, la Commune peut, encore, y faire ce que la Confédération s'interdit de faire pour des raisons diplomatiques, la Maire socialiste de Genève peut faire ce que la présidente socialiste de la Confédération s'interdit de faire : un travail de mémoire, pas un travail de diplomatie. D'ailleurs, il s'agit moins pour la Suisse, pour le Conseil fédéral, pour Micheline Calmy-Rey, d'aider à la réconciliation des peuples turc et arménien, mais d'aider à l'établissement de relations normales entre les Etats de Turquie et d'Arménie. La "réconciliation" entre les peuples, c'est l'affaire des peuples. C'est aussi l'affaire des historiens, des organisations culturelles et politiques, et même religieuses, et cela suppose la reconnaissance de ce qui entrave cette réconciliation. Et ce qui entrave cette réconciliation, c'est le refus de voir la réalité passée en face, le refus d'admettre le crime passé, la négation du génocide. Ce ne sont pas les Turcs d'aujourd'hui qui sont coupables du génocide de 1915. Ce n'est pas le gouvernement turc de 2011 qui a commis le crime de 1915. Mais ce sont des groupes négationnistes turcs qui parasitent le travail de réconciliation. La réconciliation entre les peuples d'Arménie et de Turquie se fera. Elle se fera malgré les négationnistes, mais elle se fera. Elle se fait déjà. Les Kurdes de Turquie, et les Alévis, et de plus en plus d'intellectuels et d'artistes turcs montrent l'exemple. Le combat des négationnistes  n'est pas seulement un combat odieux, c'est aussi est un combat absurde, parce que c'est un combat pour l'amnésie ou pour le mensonge. Ce que les Kurdes, les Alévis, les démocrates turcs ont déjà reconnu, la Turquie officielle le reconnaîtra aussi, malgré les cadavres politiques réunis autour du catafalque d'Ataturk pour nier à la fois la justice et l'évidence.

Pour conclure un dialogue de sourds (forcément) avec un négationniste (sur http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/forum/?date=24-04-2011), un chant :
http://www.youtube.com/watch?v=Ayx2raO-_Ic

21:41 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : arménie, turquie, génocide, négationnisme, genève | |  Facebook | | | |

Commentaires

a ceux qui pense que les arméniens ne sont que des victimes auréolées une lettre d'un responsable arménien en 1918 : Lettre de S. E. Boghos Nubar Pacha à S. E. M. Pichon, ministre des affaires étrangères de la République française : Monsieur le Ministre, J'ai l'honneur, au nom de la Délégation nationale arménienne, de soumettre à Votre Excellence la déclaration ci-dessous en lui rappelant : Que les Arméniens, dès le début de la guerre, ont été des belligérants de facto, comme vous avez bien voulu le reconnaître vous-même, puisqu'au prix des sacrifices les plus lourds et des souffrances endurées pour leur attachement inébranlable à la cause de l'Entente, ils ont combattu aux côtés des Alliés sur tous les fronts : En France, par leurs volontaires enrôlés dès les premiers jours dans la Légion étrangère, où ils se sont couverts de gloire sous le drapeau français ; En Palestine et en Syrie, où les volontaires arméniens recrutés par la Délégation nationale à la demande même du gouvernement de la République, ont formé plus de la moitié du contingent et ont pris une grande part à la victoire du Général Allenby, ainsi que ce dernier et leurs chefs français l'ont officiellement déclaré; Au Caucase, où sans parler des 150.000 Arméniens dans l'armée impériale russe, plus de 40.000 de leurs volontaires ont contribué à la libération d'une partie des vilayets arméniens et où, sous le commandement de leurs chefs Antranik et Nazarbékoff, ils ont, seuls de tous les peuples du Caucase, après la défection bolchevique, tenu tête aux armées turques jusqu'à la signature de l'armistice. Que la victoire des Alliés et des Etats-Unis, en vertu des principes de Justice, de Droit et de Libération des peuples opprimés pour lesquels ils ont combattu, a définitivement affranchi du joug turc les six vilayets et la Cilicie avec le Sandjak de Marache. Que la Nation arménienne, en dépit d'invasions et de conquêtes successives, a conservé intacts son caractère propre, sa langue et sa religion, a donné de tous temps des preuves éclatantes de son immuable esprit national et de la vitalité de sa race, et a lutté pendant des siècles pour sa libération et son existence nationale. Que la Nation arménienne possède le degré de culture et de civilisation lui donnant le droit de disposer d'elle-même en application d'un des principes que les Alliés et les Etats-Unis ont inscrits au nombre de leurs buts de guerre. En conséquence, répondant au vœu unanime de toute la Nation arménienne, dont une partie s'est déjà constituée en une République indépendante, la Délégation nationale a l'honneur de porter à la connaissance du gouvernement de la République qu'elle déclare l'indépendance de l'Arménie intégrale sous l'égide des Puissances alliées et des Etats-Unis, ou de la Société des Nations dès qu'elle sera formée. Veuillez agréer, Monsieur le Président, etc., etc. Le Président BOGHOS NUBAR Une lettre pareille a été le même jour remise à tous les gouvernements alliés et associés.

Écrit par : orsu | dimanche, 24 avril 2011

et alors ? c'est supposé justifier un génocide, ou justifier sa négation ?

Écrit par : Pascal Holenweg | dimanche, 24 avril 2011

Si l'on suit la logique de orsu, le fait que des polonais, des juifs et autres populations ont été contre le III ème Reich, cela justifierais un génocide!?!?

Écrit par : Artin | lundi, 25 avril 2011

du point de vue des nazis, sans aucun doute...

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 25 avril 2011

@ orsu:
Et ? Cela justifie-t-il de tuer femmes, enfants et vieillards ??? Même ceux de Constantinople ou autres Vilayets loins des zones de guerre ???
Que dire des massacres d'Adana où 200'000 Arméniens périrent en 1896 ? Y avait-il guerre et donc, belligérants à ce moment-là ?

Les documents historiques regorgent de preuves irréfutables!!! Arrêtez de vous entêter dans votre démarche de négationniste!

Écrit par : Jorji | lundi, 25 avril 2011

Les chiffres démontrent l'incontestable vérité.
Depuis près de trois mille ans, les provinces d'Anatolie étaient le berceau des Arméniens.
L'invasion ottomane a mis ce peuple (y compris tous les non musulmans) sous un statut de "dhimmis", c 'est à dire une classe inférieure qui devait son salut à un impôt arbitraire.
Dès 1894, les arméniens furent persécutés pour leurs idées de liberté et autonomie.
Au début du XX ième siècle, la population arménienne se situait environ à deux millions, sans compter celle de la partie sous tutelle soviétique.
A la création de la république turque en 1923, il ne restait que 70.000 arméniens concentrés à Istanbul.
Environ, 500.000 ont pu échapper à ce qu'il convient de qualifier "génocide".

Que sont devenus les autres ?

Un peuple a été anéanti sur sa terre ancestrale et ceux qui le nient, trouveront des arguments allant jusqu'à inverser les rôles.
Comme vous l'écrivez, ce ne sont pas les peuples qui sont responsables, mais bien leurs dirigeants.
L'orgueil démesuré des ultras nationalistes porte un grand tort à l'image de la nation turque.
Pour ma part, descendant de rescapé, je doute que la reconnaissance vienne un jour mais je peux affirmer ici, que la mémoire ne peut être bâillonnée.

Écrit par : Antranik | lundi, 25 avril 2011

Puisque l'auteur de ce blog qualifie le Hintchak et le Dachnak de « mouvements d'émancipation », et fait finement allusion à la Shoah, voici quelques exemples de la littérature publiée par la dresse dachnak dans les années 1930 :

« Aujourd’hui, l’Allemagne et l’Italie sont des pays forts, dans la mesure où ils vivent et respirent en termes de race. » (« Hairenik Weekly », 17 avril 1936)

« Il est parfois difficile d’éradiquer ces éléments nocifs [les Juifs], quand ils ont contaminé jusqu’à la racine, telle une maladie chronique, et quand il devient nécessaire pour un peuple [en l’occurrence les Allemands, ou plutôt les nazis] de les éliminer par une méthode peu commune, ces tentatives sont considérées comme révolutionnaires. Au cours d’une telle opération chirurgicale, il est naturel que le sang coule. Dans de telles conditions, un dictateur apparaît comme un sauveur. » (« Hairenik », 19 août 1936)

« Et vint Adolf Hitler, après des combats dignes d’Hercule. Il parla de la race au cœur vibrant des Allemands, faisant ainsi jaillir la fontaine du génie national. » (« Haïrenik », 17 septembre 1936).

Drastamat Kanayan, alias Dro, qui fut le principal dirigeant du Dachnak de 1923 à sa mort, en 1956, commanda le 812e bataillon arménien de la Wermacht — une unité arménienne parmi d'autres dans l'armée d'Hitler.

Quant au Hintchak, peu de partis, en dehors du Komintern/Kominform, ont soutenu autant que lui l'URSS stalinienne.

Écrit par : Maxime Gauin | lundi, 25 avril 2011

Ce que je vais dire est horrible, mais finalement, les turques avec leur position criminelle permette chaque année de parlez de ce génocide, sans la Turquie ce génocide ne serait pas ignoré par la mémoire collective occidentale !

Quelque part, la Turquie permet de se remémorer ce crime contre l'humanité, le premier génocide supervisé aussi par l'Allemagne !

Dans les cérémonies de Yom A Shoa, dans l'ensemble des communautés juives de la planète, en ce jour de commémoration, le génocide du peuple arménien et mentionné et depuis, d'autres génocides ont eu cours, donc il faut se remémorer ces moments tragique et honteux pour l'ensemble de l'humanité !

Écrit par : Corto | mardi, 26 avril 2011

Il était piquant de voir hier des participants à la manifestation se réclamer de mouvements kurdes. Or, les instances officielles kurdes n'ont jamais reconnu le génocide. C'est un point fondamental. La plupart des massacres furent perpétrés par des troupes kurdes (n'oublions pas qu'à l'époque les Kurdes revendiquaient les territoires se trouvant dans l'ancienne Arménie ottomane). Aujourd'hui, les régions anciennement peuplées d'Arméniens sont majoritairement kurdes. C'est une réalité qu'on ne peut nie. Si on veut qu'un jour la Turquie reconnaisse le génocide, il faut que les Kurdes le fassent aussi. Rien n'embêterait d'ailleurs autant la Turquie qu'une reconnaissance kurde du génocide.

Écrit par : André Baldini | mardi, 26 avril 2011

« Imaginons que les Arméniens aient adopté une attitude exactement opposée à celle fut alors la leur ; en d'autres termes, imaginons qu'ils aient pris, en 1914, fait et cause pour les Allemands et les Turcs, exactement comme firent les Bulgares en 1915. Quel cours auraient pris les évènements au Proche Orient ? [...]
D'abord, ces horribles massacres d'Arméniens n'auraient pas eu lieu. Tout au contraire, les Allemands et les Turcs auraient tenté de gagner les sympathies des Arméniens par tous les moyens, jusqu’à la fin de la guerre. »
Garéguine Pasdermadjian, dirigeant de la Fédération révolutionnaire arménienne (Dachnak), responsable du recrutement des volontaires arméniens (tant russes qu'ottomans) dans l'armée russe, « Why Armenia Should Be Free », Boston, Hairenik Press, 1918, p. 43. http://www.archive.org/download/whyarmeniashould00pasduoft/whyarmeniashould00pasduoft.pdf


« Les Arméniens sont les victimes volontaires de leur sympathie envers les Alliés ; en refusant le pacte des Jeunes-Turcs, et connaissant à fond le caractère sanguinaire des janissaires [sic] turcs, ils savaient très bien à quoi ils exposaient les habitants inoffensifs des régions de l’Arménie sous domination turque, mais dans l’histoire d’un peuple, il y a des moments où il est impossible de s’arrêter à mi-chemin, où il devient nécessaire de sacrifier, au besoin, une partie de la génération actuelle pour la sauvegarde de l’avenir de la race. »
Aram Turabian, « Les Volontaires arméniens sous les drapeaux français », Marseille, Imprimerie nouvelle, 1917, pp. 41-42.

Écrit par : Maxime Gauin | mardi, 26 avril 2011

Blog Suisse : Bravo à la Suisse qui a reconnu le genocide .

Écrit par : bedros | samedi, 07 mai 2011

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