Triomphe de la Lega au Tessin : Essere incudine o martello ?

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Avec le même discours, les mêmes recettes, les mêmes gesticulations (mais, il est vrai avec la trogne de sdf deBignasca et non le look de mercenaire de Stauffer, et surtout avec vingt ans d'activisme derrière elle), la Lega tessinoise a enfoncé le MCG genevois, frisé ce week-end les 30 % de suffrages, est devenue le premier parti de son canton, et a conquis au détriment des radelibes un deuxième siège au Conseil d'Etat. « Le phénomène de la Lega va au-delà de toute imagination », soupire, sur l'enclume, le président du PLR, Fulvio Pelli, pour qui « le Tessin va bien ». Le Tessin, peut-être, mais lequel ?  « Il faut être enclume ou marteau » : la Lega martèle depuis vingt ans... mais avec deux conseillers d'Etat bien sous tout rapports politiques, la Lega elle est désormais un parti gouvernemental de droite, comme les autres, partageant le bilan des autres. Tout le talent de Bignasca est d'avoir réussi à le faire oublier et à faire oublier que la Lega n'est pas seulement le marteau, mais aussi l'enclume...

Ne se tromper ni de colère, ni d'ennemis...

La Lega a triomphé au Tessin en faisant campagne sur les mêmes thèmes qui ont vu à Genève le MCG progresser, bien moins spectaculairement qu'elle, mais comme elle en se goinfrant une bonne partie de l'électorat de la droite traditionnelle (ce qui, au passage, situe bien politiquement le MCG là où il fait mine de ne pas être : à droite de la droite).  D'entre ces thèmes communs à la Lega tessinoise et à la Ligue ginevrina, il y a celui des frontaliers, placés sur les affiches du MCG entre le bonneteau, les mendiants et les dealers dans la liste des plaies s'abattant sur Piogre comme d'autres naguère, sur l'Egypte. C'est donc l'occasion de rappeler ce qu'il en est de l'emploi frontalier à Genève, sans espérer qu'un discours rationnel  puisse à court terme convaincre celles et ceux qui, se trompant de colère se trompent aussi d'ennemis,  mais en espérant tout de même qu'à force de répéter que deux et deux font quatre, une élémentaire arithmétique puisse se frayer un chemin dans la jungle des rancoeurs sociales. Fin 2010, 57'002 frontalier-e-s (la vingtaine de milliers de «pendulaires» vaudois n'étant pas comptabilisés comme tels) exerçaient une activité professionnelle à Genève : c'est en gros le quart de la population active du canton -une population active qui dépasse la population résidente potentiellement active : il y a plus d'emplois dans le canton que de résident-e-s susceptibles de les occuper, ce qui n'empêche pas le taux de chômage d'être supérieur à la moyenne nationale. Le nombre d'emplois et le nombre de frontaliers augmentent donc logiquement de concert (en 2010, le nombre de frontaliers a augmenté de 2553 personnes et le nombre de places de travail de 1300) et il n'y a pas corrélation entre le nombre de frontaliers et le nombre de chômeurs (le nombre de chômeurs augmente même même lorsque le nombre de frontaliers diminue, et diminue lorsque le nombre de frontaliers augmente : en 2010, le nombre de chômeurs a diminué de 582 personnes, et le nombre de frontaliers augmenté de 2553 personnes). De plus, l'emploi de frontaliers sert à Genève d'« amortisseur conjoncturel » : un tiers du chômage genevois est exporté en France, allégeant les statistiques genevoises du chômage en alourdissant les statistiques françaises. Enfin, un tiers des autorisations de travail pour frontaliers sont remises en jeu chaque année et il y a constamment passage du statut de frontalier à celui d'immigrant : en 2010, 900 résidents étrangers sont devenus frontaliers, et 500 frontaliers résidents. Quant à la sous-enchère salariale qu'entretiendraient les frontaliers, on n'en dira que ceci : dans un système économique qui fait du travail une marchandise, et du rapport de travail un marché, chaque travailleuse et chaque travailleur est mis en concurrence avec chaque autre : les vieux contre les jeunes, les femmes contre les hommes, les étrangers contre les indigènes, les immigrants légaux et les immigrants illégaux -et aussi, mais ni plus, ni moins, les frontaliers contre les résidents, les frontaliers entre eux et les résidents entre eux. Et la concurrence la plus féroce reste celle que le système organise entre les demandeurs et les détenteurs d'emplois. Pour mettre fin à cette compétition pour l'emploi, le salaire, le travail, la seule réponse légitime n'est évidemment pas de s'en prendre aujourd'hui aux travailleurs frontaliers comme l'on s'en prenait naguère aux travailleuses coupables de « voler le travail des hommes » et de faire baisser les salaires, mais d'instaurer l'égalité salariale. Et le seul moyen efficace d'assurer l'égalité salariale, c'est un salaire minimum instauré par des conventions collectives ou par la loi -ou plus sûrement encore par les deux, la loi posant un socle, un plancher, sur lequel les conventions collectives peuvent encore hausser le minimum salarial à un niveau qui ne soit pas un minimum social. On votera, cantonalement et fédéralement, sur le salaire minimum, des initiatives populaires demandant de l'instaurer ayant abouti à Genève, dans plusieurs cantons et sur l'ensemble de la Confédération. On verra bien alors ce que recommanderont de voter MCG, Lega et UDC. Qui se sont fort bien arrangés jusqu'à présent du dumping salarial, du travail clandestin et de l'exclusion sociale, puisque politiquement, ils en vivent.

Lien permanent Catégories : Politique 5 commentaires

Commentaires

  • Selon une trés démodée sociologie des organisations -l'analyse institutionnelle- le niveau moyen d'un système est égal au niveau de l'élément le plus "con", si vous préférez "du maillon faible"... Seule une stratégie "conflictuelle" peut permettre de résister à cette fatalité...
    -NON au saint-dicalisme prostitué!
    -Non à la formule magique!
    -NON à la paix dutravail!
    -NON à la gauche caviar!
    -NON à la pseudo démocrartie directe qui va continuer à exclure les étrangers pendant plusieurs décénies aprés avoir exclu les femmes trés longtemps.

    LAST BUT NOT LEAST: non à la crétinisation du peuple par la gôche caviar!!!

  • "il est vrai avec la trogne de sdf deBignasca" DE SDF? Vous êtes de gauche? un poil de considération pour ceux qui ont tout perdu y compris leur logement et nous lirons la suite. Et plus si affinité!

  • c'était affectueux, je pensais que les mots qui précédaient et ceux qui suivaient le suggéraient assez clairement...

  • Pelli a commis une grande erreur en ne se présentant pas pour remplacer Couchepin. Les Tessinois qui étaient déjà mis de côté ont compris qu'ils leur fallaient taper un grand coup pour se faire entendre.....et ça tombe mal en cette année d'élection fédérale!
    L'important c'est que les vrais perdants soient justement ceux qui ont magouillés et manipulés.
    Au final si c'est le peuple suisse qui est gagnant en octobre 2011 on dira merci aux Tessinois, alors qu'on a pas su les soutenir quand ils en avaient besoin.

    Le Tessin a un plus lourd passé de laisser pour compte que Genève et le résultat est là, maintenant! (A mon avis ils ont eu beaucoup de patience).

  • "c'était affectueux", pour QUI? les SDF ou Mr. Bignasca? Et merci pour la censure, vieux stalinien, minable marxiste-léniniste-trotskyste, bouh!

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