Au prétexte d'un débat français : Laïc et nunc

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Sarkozy et son Père Joseph, Guéant, croyaient avoir eu une idée géniale : lancer un débat sur la  « laïcité » en le concentrant sur l'islam et en oubliant délibérément que les revendications « communotaro-religieuse » sont au moins aussi fréquentes venant d'autres milieux religieux que musulmans (à commencer par des milieux chrétiens plus ou moins fondamentalistes, catholiques et protestants mêlés). L'idée a fait flop, et le « grand débat sur la laïcité » s'est réduit à un pince-fesse dans un hôtel, vite bouclé, vite enterré. Reste que le foireux débat sarkozyste sur la « laïcité » réduite à l'islamophobie nous donne l'occasion de redire ce que peut signifier pour la gauche le mot, et le projet, de  « laïcité »...

Conjuguer la laïcité à l'impératif égalitaire

A quelque chose malheur est bon : comme en Suisse l'acceptation de l'initiative antiminarets, le « débat sur la laïcité » voulu, puis étouffé par Sarkozy (deux bonnes guerres, une en Libye et une en Côte d'Ivoire, sont apparues comme de meilleur rapport électoral, dans la perspective des prochaines présidentielles, que l'agitation d'un torchon vert pour faire venir à soi l'électeur lepéniste.  ), remet la laïcité à l'ordre du jour politique. La laïcité, c'est-à-dire la proclamation que l'Etat ne favorise aucune religion ou confession par rapport à une autre, les reconnaît toutes comme des courants de pensée à considérer de manière égale, et égale à toute autre philosophie, prohibe toute discrimination, et détermine des règles, générales, abstraites et égalitaires, sur les rapports entre les collectivités publiques et les collectivités privées (associations, fondations etc...) représentant les différentes religions et confessions, et cela en affirmant  la liberté de croire comme celle de ne pas croire, le droit d'embrasser une religion, le droit de la quitter (autrement dit : le droit fondamental à l'apostasie) et le droit de n'en avoir aucune. On est bien loin, avec un tel contenu, de la « laïcité » réduite à ce qu'en font en Suisse l'UDC ou en France Sarkozy, le Front National et leurs supplétifs genre « Riposte Laïque ». Il se trouve qu'en ce moment, c'est sur la question de l'immigration, sous tous les aspects que révèle ou cèle celle question (l'islam étant l'un de ces aspects), que se construit la ligne de démarcation entre la gauche et la droite, et donc entre une conception «  de gauche » de la laïcité et ce qu'il en reste une fois que la droite et l'extrême-droite s'en sont emparées. Non pour la défendre, mais pour en user à l'appui de leur fonds de commerce : la xénophobie et le racisme. Opération réussie : une majorité de Suissesses et de Suisses ont été convaincus par l'UDC que l'islam représentait aujourd'hui en Suisse un problème central, et que le fondamentalisme musulman était plus dangereux que, par exemple, l'intégrisme catholique et sa revendication de restauration du christianisme comme religion d'Etat. De pseudo-laïques, troquant le mot d'ordre  « laïcité contre tous les intégrismes » contre celui de la « chrétienté contre l'islam », ont contribué (marginalement, mais utilement) à la victoire de l'initiative islamophobe en Suisse, et à la progression de l'islamophobie en France : en jouant sur la confusion entre islam et islamisme, et en reprenant de l'extrême-droite un discours identitaire aussi complaisant à l'égard de l'intégrisme chrétien qu'apparemment intransigeant à l'égard d'un intégrisme islamique qu'ils alimentent, ces idiots utiles cultivent l'amnésie historique et passent évidemment sous silence que les valeurs qu'ils font mine de célébrer (à commencer par la laïcité) ont été arrachées aux églises chrétiennes par les Lumières et les mouvements démocratiques. Pour nous, des libertés fondamentales comme la liberté de conscience (et donc la liberté religieuse, et donc la liberté d'irreligion) ne sont pas négociables, et le principe d'égalité des droits (entre les personnes, entre les genres) est un principe laïque qui s'applique et s'accorde aux musulmans et aux musulmanes comme aux chrétiens et aux chrétiennes, aux juifs et aux juives, aux bouddhistes, aux adorateurs de l'oignon... et aux athées. C'est ce principe qui structure toute conception défendable, aujourd'hui, de la laïcité : nous n'avons de droits que ceux que nous reconnaissons aux autres, nous ne pouvons imposer aux autres que les devoirs que nous nous imposons à nous-mêmes. Amen.

Commentaires

  • Mais en France, pays où l'Education est un monopole d'Etat, et où les programmes d'enseignement sont détaillés à l'extrême, l'Etat tend à prendre parti, dans les faits, pour une culture qui tend à l'agnosticisme. Parler dans l'abstrait, sans tenir compte des conditions dans lesquelles la culture se mêle à la vie des gens, cela ne peut pas avoir de véritable sens. Tout le monde a senti que si la culture commune de la République, telle qu'elle est diffusée par l'Education nationale, se voulait représentative du peuple réel, il fallait insérer en son sein une initiation aux religions en général, parmi lesquelles l'Islam. Or, cela fait tourner les questions dans la tête de plus d'un. L'Etat ne favorise-t-il pas une religion, en la présentant au public? Son attrait naturel peut, effectivement, lui attirer de nouveaux fidèles: pourquoi pas? Le vrai problème, en France, c'est que l'éducation et la culture qu'elle véhicule sont presque entièrement étatisées.

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