mercredi, 06 avril 2011

13'500 signatures contre la suppression du RMCAS : Enrayer la machine à exclure

On votera sur la suppression du Revenu minimum d'aide sociale : le référendum lancé par la gauche, les syndicats et les associations de défense des chômeurs et des précarisés a largement abouti, avec plus de 13'500 signatures, qui contestent le remplacement du RMCAS par un système de « tri » des bons et mauvais chômeurs en fin de droit, dirigeant les uns vers une improbable « réinsertion professionnelle », et les autres vers l'assistance sociale. Avec comme cerises sur cet amer gâteau une baisse des prestations d'assistance, et la transformation des travailleurs sociaux en aiguilleurs de l'exclusion sociale. L'aboutissement du référendum est un premier coup porté à un tel projet : le coup décisif devra être porté par un refus en votation populaire. Pour enrayer la machine à exclure, avant de la démantibuler.


«  Travailler, c'est trop dur, et voler c'est pas beau, demander la charité, c'est quelque chose que je peux pas faire  »  (chanson cajun)

Il a été facile de récolter des signatures pour le référendum contre la suppression d'un revenu d'aide sociale, il le sera moins de faire refuser par une majorité de citoyennes et de citoyens une mesure qui frappe les bénéficiaires d'un tel revenu, c'est-à-dire des femmes et des hommes dont le citoyen lambda aime à se sentir aussi différent que possible, ne serait-ce que pour conjurer sa peur d'être un jour dans la même situation qu'eux. Mais ce référendum n'a pas seulement pour effet de remettre au peuple une décision que les majorités gouvernementales et parlementaires auraient bien voulu prendre dans son dos : il va aussi clarifier les prononcements politiques des partis -et tous spécialement de ceux qui, parlant au nom du « petit peuple  », n'ont eu de cesse jusqu'à présent de soutenir les mesures prises contre ce même « petit peuple »... La suppression du RMCAS participe de l'entreprise de « nettoyage » des statistiques du chômage, dont la révision de la loi fédérale, entrée en vigueur le 1er avril, participe également. Mais elle dit encore autre chose : parce qu'elle est justifiée, par ses auteurs, au nom de l'impératif de la  « remise au travail  » des chômeuses et chômeurs en fin de droit, elle dit la persistance de la norme laborieuse, au sens très étroit que lui donne l'idéologie dominante -et dominante depuis deux siècles. Le Dieu du Livre, créant l'Homme à son image, lui avait paternellement octroyé le même jour de repos sur sept  qu'il s'était octroyé lui-même, mais à la condition que l'Homme lui rende en ce jour hommage à Lui, Patron de tous les patrons. Il nous faut aujourd'hui remettre le travail sur ses pieds, et Dieu dans ses limbes : au travail (tripalium, travail lié, travail non choisi) on peut bien condescendre à consacrer quelques heures par semaine (et que cette semaine soit une décade nous conviendrait fort bien). Mais pas plus. Et si possible moins. Le refus du salariat, le refus du travail organisé et déterminé par d'autres que ceux qui le font, le refus, enfin, de la chefferie, sont fondateurs de tout projet socialiste -seuls les socialistes refusant encore de l'admettre, la droite libérale l'ayant quant à elle fort bien compris, son acharnement à remettre au travail salarié ceux qui en ont été exclus l'atteste. Si la masse considérable des besoins non solvables et non satisfaits, ajoutée à la masse  infinie des désirs, exclut d'envisager la « fin du travail », la masse tout aussi considérable des ressources gaspillées  et des prestations sociales mal conçues offre déjà la possibilité d'envisager la fin de l'obligation du travail salarié. Or cette obligation est au cœur du fonctionnement économique capitaliste : le capitalisme tient par le salariat -la remise en cause du salariat est donc une remise en cause du capitalisme, et en luttant contre le travail salarié, nous luttons en fait pour le travail lui-même, puisque le salariat, réduisant la poiesis à la praxis, réduit le travail à la production et la création à la reproduction.  Il faudra bien dire quelle mystification, quelle escroquerie, quelle humiliation et quelle bêtise est la stigmatisation du chômage, comme si l'humain n'était humain qu'en s'asservissant au travail, quand ce qui le distingue des autres animaux est, au contraire, ce qui, dans l'idéologie du travail, est considéré comme son altérité, tout ce qui se donne sans attendre de retour, tout ce qui s'offre sans contrat d'échange et sans l'on en compte le temps : l'art, le rire, la pensée, l'amour...

14:45 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : rmcas, chômage, assistance, travail | |  Facebook | | | |

Commentaires

Tu vois Pascal, je pense que nous devrions rajouter dans notre nouvelle Constitution genevoise, que le travail est un droit et qu'il est garantie, parce que comme tu le sais les chomeurs en fin de droit bénéficiant du RMCAS, ne sont pas de vrais chômeurs, puisque pour toucher le RMCAS, ils doivent travailler en contre-prestation à titre de 20 heures par semaine, auprès d'associations ou autres, mais malheureusement à tarif réduit, ce qui signifie qu'ils font fonctionner le domaine associatif qui ne pourrait certainement pas se passer de leur services, d'autres sont dans l'administration, est-ce cela des chômeurs? Et bien je trouve que du moment où ils ont une occupation au profit de la société, ils contribuent à son bien être et à son économie locale, alors que l'on arrête de les traités de chômeurs, qu'en penses-tu Pascal?
Esmé

Écrit par : Esmé | jeudi, 14 avril 2011

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