lundi, 28 mars 2011

Loger les humains ou les légumes ?

Loger les humains ou les légumes ?

A Genève, le taux de vacance des appartements (autrement dit : le taux de logements disponibles) est dix fois inférieur à celui qui serait nécessaire pour seulement équilibrer l'offre et la demande de logements, on construit chaque année 1000 logements de moins qu'il faudrait pour seulement répondre à l'augmentation de la population et maintenir la crise à son niveau actuel, et ce déficit est cumulatif d'une année sur l'autre. Les loyers grimpent (de 60 % en dix ans), les « congés-ventes » réapparaissent, la spéculation immobilière produit des plus-values gigantesques... Quant à la logique du développement régional, elle consiste à exporter la population à la périphérie et à importer les emplois au centre, en multipliant les mouvements pendulaires entre l'une et l'autre -et donc en aggravant la circulation automobile et son cortège de nuisances. Le vote cantonal genevois du 15 mai prochain sur le déclassement de terres agricoles dans la Plaine de l'Aire s'inscrit dans ce contexte de crise du logement et de crise du développement régional : que faire des espaces disponibles, notamment des zones agricoles qui occupent la moitié du territoire genevois ? Y loger les humains, ou les légumes ?


Quand un peu d'instinct de classe ne mésiérait pas à la gauche

La crise du logement qui frappe Genève ne trouvera pas sa solution en Ville de Genève, ni dans les grandes communes voisines : la commune centrale est déjà, et depuis toujours, la commune la plus densément peuplée de Suisse, ce qui ne l'empêche pas d'avoir mis à disposition en quatre ans le quart de tous les nouveaux logements du canton alors qu'elle ne représente qu'un quinzième du terrttoire cantonal. Les deux tiers de la production de logements nouveaux en 2009 ont été concentrés en Ville et dans les grandes communes contigües. « Construire la ville en Ville » a été une politique indispensable dans les années quatre-vingt et Genève a été la première  « grande » ville de Suisse à regagner la population perdue dans les années soixante et septante, puis à continuer à l'accroître, quand Zurich, Bâle, Berne et Lausanne continuauent à se dépeupler. Cette période est désormais close, la Ville est pleine, et sauf à vouloir empiler des logements par surélévation du bâti existant et surdensification des quartiers déjà les plus densément peuplée,  la solution à la crise passe par des projets hors de la ville, des projets auxquels il reste à donner un véritable contenu social et environnemental (urbanistique, en somme),  aux Communaux d'Ambilly, aux Vergers, à la Chapelle-les-Sciez, aux Cherpines, dans le périmètre Praille-Acacias-Vernets... des projets dont la condition préalable est toujours la même : le déclassement de zones agricoles et de zones villas. Il faut en effet inverser le mouvement qui s'est opéré depuis des dizaines d'années, et désormais en exporter les bureaux pour rapatrier des logements, en s'assurant que les logements créés sur les espaces résiduels en Ville, soient des logements  « sociaux », c'est-à-dire répondant aux besoins réels de la population la plus durement frappée par la crise du logement, la population aux ressources financières les plus modestes. Hors de la Ville, si l'espace est moins chichement mesuré, le problème, fondamentalement, reste le même, et les conditions de sa solution les mêmes : la maîtrise du foncier, le déclassement de zones villas et de zones agricoles (qui occupent plus de la moitié de l'espace disponible du canton), la construction de logements sociaux. Nous ferons campagne avec le Rassemblement en faveur du politique sociale du logement, avec les syndicats, avec la JS, pour le déclassement de la zone agricole des Cherpines et des Charrottons. Parce nous nous refusons à ne faire de la défense du droit au logement qu'une posture rhétorique. Et que la gauche en général (et, s'agissant du vote du 15 mai, le PS, unique parti de gauche défendant le  « oui  ») est seule à pouvoir conjuguer deux impératifs : d'abord, parce qu'il y a urgence, la concrétisation du droit au logement, ensuite la défense d'une agriculture de proximité - mais d'une proximité qui ne soit pas confinée dans les frontières de 1815 mais s'étende, comme la réalité sociale elle-même, à toute la région,. Le 15 mai, on ne votera pas sur un projet, pas plus sur celui de Mark Muller que sur n'importe quel autre, mais sur la condition préalable à tout projet de construction de logement, : le déclassement d'une zone agricole. De sorte que voter « non », c'est forcément voter pour laisser les choses en l'état et la zone agricole aux légumes, comme, ailleurs, d'autres se battent pour laisser la zone villa aux propriétaires de villas. Chaque année, la population genevoise augmente : en 2010, le territoire de la République a accueilli 6400 habitant-e-s supplémentaires, dont les deux tiers par immigration. Si la raison ne suffisait pas à faire approuver le déclassement de terres agricoles pour y construire des logements, un zeste d'instinct de classe devrait y contribuer : qui, aujourd'hui, souffre le plus de la crise du logement dans laquelle s'enfonce Genève ? les propriétaires de villas, les paysans, ou les « couches populaires » ?

13:21 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : logement, cherpines, charrottons | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je pense que notre parlement à déjà suffisamment montré à quel point il s'assied sur l'intérêt général pour ne prendre en compte que les intérêts des milieux immobiliers et de la finance, pour ne PAS lui accorder un vote de confiance que représenterait un "Oui" au déclassement.

Je pense qu'un déclassement ne sera acceptable qu'avec le projet qui va avec, qui ne porte pas pareillement atteinte à l'agriculture de proximité.

Il faut également analyser le problème de la cause du flux migratoire actuel, et de savoir si ce flux migratoire ne devrait pas être tarit dans l'intérêt des "couches populaires".

En étant très schématique, par flux migratoire, j'entends évidemment les pendulaires, qui squatte les emplois, et les expats qui squattent les logements hors de prix du marché libre de la location et de la propriété.

Bref, que pense notre grand politologue révolutionnaire des conséquences de l'ouverture de frontières, car franchement, ca me troue le cul de le dire, mais "c'était mieux avvvvaaaaant" (

Écrit par : Dji | lundi, 28 mars 2011

Sur le vote, et son contenu :on ne peut pas voter en même temps, dans une sorfte de paquet ficelé, sur le déclassement et un projet précis. Le déclassement est la condition de tout projet, quel qu'il soit. C'est ensuite, lorsque des projets sont soumis au préavis des communes, qu'on peut se prononcer, éventuellement par un vote (un référendum) sur leur contenu. C'est ce qui s'est passé avec le projet du PAV : on a lancé un référendum contre lr préavis municipal de la Ville, on a faitg aboutir le référendum, et pour éviter le vote, les partisans du projet initial l'ont abandonné pour un autre qui reprend nos exigences... Mais même pour un écoquartier labellisé, il faut déclasser...
Quantg à l'ouverture des frontières, en attendant leur abolition pure et simple, c'est un progrès assez fondamental, pour tout le monde (y compris pour les gens qui la regrette et s'imaginent qu'ils étaient à l'abri avant), en plus d'être une vieille revendication principielle de la gauche... et c'est d'autant plus un progrès que cette ouverture est faite plour les humaions et pas seulement pour les marchandises : le libéralisme se satisferait fort bien de ce que les individus ne puissent passer les frontières, du moins légalement, pourvu que les capitauzx et les marchandises puissent le faire. Et je préfère de loin des immigrants légaux à des immigrants clandestins, périvés de toute protection sociale, de toute garantie salariale, et de tous droits.

Écrit par : Pascal Holenweg | lundi, 28 mars 2011

Bis repetita placent :-)

Écrit par : Séraphin Lampion | lundi, 28 mars 2011

Vu la mentalité des piogrois, pour le 85% des cas, moi je préfère avoir des légumes dans cetee belle? hem raie publique.
Et puis quelle importance au vu de ce qui attend le monde très prochainement.
Nucléaire : le Japon ne doit pas masquer la Libye

Missiles cruise à l’uranium appauvri sur la Libye. Une première étude
d’impact sur l’environnement et la santé par Massimo Zucchetti

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1323

Premier « effet collatéral » de la guerre contre la Libye - La guerre
en Lybie provoque une accélération dans la course aux armements
nucléaires - par Manlio Dinucci

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article1308

L'Amérique latine dans le chaudron

http://www.michelcollon.info/L-Amerique-latine-dans-le-chaudron.html

Et:
Ces outils de propagande mensongère, au service du néo-libéralisme, de l'otan, de l'union européenne, le l'onu, tous suppôts d'un capitalisme barbare, colonialiste et magouilleur de fausses démocraties attachées a leurs bottes,
Ils n'ont cessé de mentir aux peuple, au sujet de la Tchécoslovaquie, de la Serbie, de l'Irak. De la Côte d'Ivoire aussi. Pourquoi diraient-ils la vérité aujourd'hui? On se paie de notre tête, on prépare une guerre, pour casser le social qui s'éveille a nouveau partout.
Mouammar Kadhafi lui, a toujours voulu une union des pays Arabes. Mais pas celle mise en place par les colonialistes occidentaux et des E-U. Non une union bien arabes au service des arabes et des africains plus tard.
C'est bien là que le bât blesse. Car imaginez que les gens du peuple arrivent enfin a s'entendre dans le monde entier, voilà qui n'arrangerait pas l'oligarchie mondiale qui ne pense qu'au pouvoir, et a emplir leurs coffre forts.
Ceux qui dirigent les pays occidentaux et des Eu ne sont que des malades mentaux. Il est urgent de s'en débarrasser.
http://www.lepoint.fr/monde/le-regime-kadhafi-accuse-l-otan-de-terroriser-les-civils-28-03-2011-1312109_24.php

Écrit par : ollec | mardi, 29 mars 2011

Pascal,
Je comprend bien votre réponse, mais cela a été théorisé en économie : quand on ouvre des frontières, les facteurs de production mobiles sont les gagnants, les statiques, sont les perdants.

Bref, il n'en demeure pas moins que les ouvriers de genève sont mis - à leur détriment - en concurence avec des ouvriers de contrées plus lointaines, ces derniers - tant mieux pour eux - venant trouver chez nous de meilleures conditions ... reste que vous êtes un élu local, et devriez vous préocupper des ouvrier locaux, qui subissent cette ouverture.

Sinon, un texte intéressant : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=3876

(un jour, je me relirai avant de cliquer sur envoyer ... enfin, peut être)

Écrit par : Dji | mardi, 29 mars 2011

Dans une société capitaliste (pardon du gros mot), qui fait du travail une marchandise, les ouvriers (les salariés, plus généralement) sont tous mis en concurrence les uns avec les autres : les résidents avec les immigrants, les hommes avec les femmes, les jeunes avec les vieux, les nationaux avec les étrangers... la concurrence entre résidents et frontaliers (ou immigrants) est de même nature que toutes les autres concurrence, et croire qu'on peut y mettre fin en fermant les frontières est une illusion : vous ne feriez alors que vous reporter sur une autre concurrence. La seule méthode pour mettre fin à ces concurrences multiples, c'est d'imposer l'égalité des droits, des salaires, des conditions de travail, par des salaires minimums, des revenus minimums etc... Surtout dans un espace (Genève) qui abrite plus d'emplois que de personnes disponibles pour les occuper...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 29 mars 2011

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