mercredi, 23 mars 2011

L'effet Fukushima : 87 % d'antinucléaires en Suisse, vraiment ?

L'effet Fukushima : 87 % d'antinucléaires en Suisse, vraiment ?

Selon un sondage Isopublic publié dimanche dernier, 87 % des Suisse-sses réclameraient l'abandon de l'énergie nucléaire, 77 % à long terme et 10 % tout de suite, 74 % seraient opposés à la construction de nouvelles centrales nucléaires, 62 % demandent l'arrêt immédiat des centrales de Mühleberg et Beznau et 86 % souhaitent que la Confédération soutienne davantage les énergies renouvelables. Faut-il en déduire que les Suisses sont devenus anti-nucléaires ? Non. Car l'« effet Fukushima » a joué, et le petit nuage échappé de la centrale japonaise a irradié l'opinion publique. On verra ce qu'il en restera, de cette peur, lorsqu'il s'agira de prendre réellement des décisions qui coûtent (le soutien aux énergies renouvelables) ou qui pèsent (la réduction de la consommation d'électricité, par exemple). En attendant, ou plutôt sans attendre, la Maire de Genève, Sandrine Salerno, a lancé un appel aux villes de Suisse pour les inciter à agir afin de pousser le pays vers la sortie du nucléaire. Et là aussi, on va bien pouvoir vérifier ce que valent les plus récentes adhésions enregistrées au « principe de précaution »


On ne sortira pas du nucléaire sur un vélo électrique (proverbe japonais)

Il y a un an, 55 % des Suisses-ses se disaient favorables à la construction de nouvelles centrales nucléaires : ils sont ne sont plus aujourd'hui que 26 % à ne pas la désapprouver, et 13 % à penser qu'on ne peut pas se passer de la production nucléaire d'énergie. Une catastrophe japonaise est passée par là (un tiers des sondés avouent avoir changé d'avis sur le nucléaire après Fukushima), et on avait eu à peu près la même réaction de l'opinion publique après Tchernobyl... Certes, comme le dit le Maire libéral de Sion, « avec un tremblement de terre de 9 sur l'échelle de Richter, toutes les infrastructures de production d'énergie seraient gravement endommagées, des éoliennes aux barrages et passant par la géothermie », mais les éoliennes relâchant des nuages radioactifs restent tout de même assez rares. 87 % des Suisses-ses sont donc partisans de la « sortie du nucléaire », à court ou moyen terme. Le resteront-ils lorsqu'ils devront en assumer les conséquences, même si elles ne seraient pas si calamiteuses que les nucléocrates le prédisent ?  Anne-Catherine Menétrey-Savary a parfaitement raison d'affirmer que la décroissance (parce que c'est bien de cela dont il s'agit) « n'est pas synonyme de pénurie, d'éclairage à la bougie ou de voyages en diligence. C'est un mouvement qui exprime la profonde aspiration des gens à sortir de l'aliénation consumériste et marchande, de la tyrannie de la performance et de la concurrence. C'est construire son identité par sa propre créativité plutôt que par la marque de sa voiture, de ses vêtements ou de son téléphone portable » (Le Temps du 22 février). Mais soixante ans de lavage de cerveaux par le consumérisme (les « trente glorieuses », suivies de «  trente piteuses » qui n'ont fait qu'aviver des envies sans donner les moyens de les satisfaire autrement que par une aliénation accrue) ont laissé des traces. Antinucléaires, les Suisses ? Oui, sans doute, aujourd'hui, comme tout le monde après une catastrophe nucléaire. Mais demain, quand il faudra (ou qu'il faudrait, le conditionnel restant, encore, de rigueur) réduire de moitié sa consommation d'électricité, et la payer deux fois plus cher ? quand il faudra (ou faudrait) consacrer des milliards à soutenir les énergies renouvelables, et accepter l'implantation d'éoliennes sur la colline d'en face ? quand on ne pourra plus (ou qu'on ne devrait plus pouvoir) se déplacer à l'intérieur des villes en voiture ? Le choix de la décroissance est à la fois un choix politique et un choix individuel, et le premier pourrait bien obtenir un soutien plus affirmé que le second, précisément parce que le second va changer la vie quotidienne, alors qu'après tout, le premier pourrait se faire en se disant que ce sont les autres qui l'assumeront, concrètement, matériellement. C'est d'ailleurs toute la différence, non pas la seule mais celle qu'il va bien falloir affronter, entre le «développement durable», qui postule qu'on pourra être respectueux de l'environnement sans rien changer au fond de l'organisation de nos sociétés et de notre vie quotidienne, et la décroissance, qui admet cette évidence qu'il faudra au contraire tout changer de l'une et de l'autre. La différence entre un réformisme cosmétique et un projet révolutionnaire, non pour « sauver la planète » (qui peut parfaitement nous survivre), mais pour permettre d'y vivre à ceux qui ne peuvent vivre ailleurs : les humains.



13:13 Publié dans Energie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : suisse, nucléaire, fukushima, décroissance | |  Facebook | | | |

Commentaires

Les révolutions sociales éclattent lorsque l'essor -nécéssaire et désirable- des forces productives se heurte aux rapports de production et de propriété...
Vouloir la "décroissance" c'est rêver à un capitalisme qui aurait surmonté ses contradictions économiques, sociales et culturelles...
Comme l'idéologie écologiste (démasquée depuis que les écolos ont approuvé le T.C.E) l'idéologie de la décroissance est une lubie niaiseuse de la petite bourgeoisie...profondément réactionnaire!
Par ailleurs il y a pire que la société de consommation: la PRIVATION et la sous-consommation style bengla desh!

Écrit par : Spörri Georges | jeudi, 24 mars 2011

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