Avant un débat parlementaire sur la situation en Afrique du Nord : Appel à la raison et à la solidarité

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Inquiètes de la possibilité d'un afflux de réfugiés en provenance d'Afrique du nord, les autorités suisses s'accrochent à l'espoir que les règles de l'accord de Dublin (le premier pays européen sur lequel un requérant d'asile pose le pied se charge de la procédure d'asile) vont pouvoir s'appliquer sans problème, vu que la Suisse ne sera que très exceptionnellement ce pays de  «  premier accueil » pour des gens qui traversent la Méditerranée sur des coques de noix. Bref, que l'Italie et Malte se démerdent avec les « boat people » maghrébins. Ce qui est fort bien résumé  par la Saint-galloise Karin Keller-Sutter, présidente de la conférence des directeurs cantonaux de justice et police : « si  possible, les arrivants doivent déjà ètre triés sur place, par exemple à Lampedusa ». Et s'ils avaient le bon goût de se noyer en traversant la Méditerranée, ce serait encore mieux. Le Solifonds, Solidarités sans Frontières, les Juristes démocrates et Culture et Politique lancent donc un appel pour demander une autre politique vis-à-vis de l'Afrique du Nord, plutôt qu'une utilisation pré-électorale et paranoïaque des révoltes populaires qui y ont éclaté. L'appel peut être signé electroniquement sur http://www.solidaritaets-petition.ch/fr.html

L'Afrique du Nord lutte pour la démocratie - La Suisse doit se montrer solidaire!

Appel public
(...) Ces dernières semaines, des milliers de réfugiés ont fui la Libye vers la Tunisie et l'Égypte, et les populations locales les ont accueillis. Bien que ces populations soient elles-mêmes en proie à des troubles politiques et démunies, elles ont fait ce qu'elles ont pu pour venir en aide aux arrivants. Pendant ce temps, en Europe et en Suisse, on élabore des scénarios catastrophes parce que quelques Tunisiens ont traversé la Méditerranée. Des millions de francs doivent être débloqués, les gardes-frontières et même l'armée doivent être mobilisés pour empêcher les intrus d'entrer et pour les refouler.
Ce comportement est honteux. L'Europe et la Suisse font preuve d'arrogance et d'égoïsme et d'une absence complète de solidarité vis-à-vis des gens qui se battent, au péril de leur vie pour la liberté, l'égalité, la démocratie. « Le Maghreb brûle », et il est de notre devoir le plus simple et évident de contribuer à éteindre le feu. C'est d'autant plus clair que nous avons nous-mêmes attisé le feu en soutenant pendant des années les dictatures de l'Afrique du Nord, comme l'affirme notamment une lettre de lectrice dans le Tagesanzeiger du 4.3.2011 qui dit : « Actuellement, ces gens sont menacés, ils ne sont pas menaçants ». On traite ces gens de « réfugiés économiques ».
On oublie d'ajouter que notre politique économique - qui veut des matières premières bon marché, des ventes record de biens de production et des vacances exotiques et pas chères - a beaucoup contribué à créer le chômage et la pauvreté dans ces pays.
On oublie notre participation à l'absence de liberté politique et aux violations des droits de l'homme en exportant pendant des années nos armes vers les pays arabes.
Les gens qui émigrent pour pouvoir survivre et assurer la survie de leurs familles ne sont pas des «réfugiés économiques», mais des réfugiés de la pauvreté. On leur refuse des droits fondamentaux et des droits de l'homme, en matière sociale, culturelle et économique. Le droit de mouvement est également un droit de l'homme et nous en usons sans même y penser.
On parle de droit à la révolution en évoquant les bouleversements des pays de l'Afrique du Nord. Il faut du temps pour intégrer des changements des relations politiques, économiques et civiles de cette ampleur. La Suisse ne peut se contenter d'affirmer solennellement son soutien aux forces démocratiques en Afrique du Nord. Elle doit, en même temps, commencer à recréer de nouvelles relations politiques et économiques avec ces pays. Il faut une politique économique permettant aux pays de l'Afrique du Nord de se développer en toute autonomie au lieu d'être encore et toujours subordonnée aux intérêts de la Suisse.
Nous, les personnes et organisations signataires, nous sommes indignés de la manière dont les politiciennes et politiciens, les membres des gouvernements et des partis se sont exprimés dans les médias sur les migrants du Maghreb. Nous rejetons catégoriquement leurs appels à la répression.
Enfin, nous refusons que ce problème brûlant soit instrumentalisé à des fins électorales. « Des frontières sûres », cela n'existe pas. Ce qui existe en revanche, c'est une manière sûre et solidaire de vivre ensemble! Pour ces raisons, nous exigeons des parlementaires cantonaux et fédéraux, du Conseil fédéral et des gouvernements cantonaux qu'ils :
- s'engagent pour une politique d'asile et de réfugiés ouverte et solidaire s'appuyant sur le respect des droits de l'homme au plan politique, social, économique et culturel;
- s'engagent en faveur d'une autre politique économique permettant une évolution vers l'indépendance des pays d'Afrique du Nord et la création de places de travail, et non pas favorisant d'abord les intérêts du libre-échange et de l'économie de l'occident;
- s'engagent à rembourser aux pays lésés les millions de francs détournés par les dictateurs et en confier l'usage à des institutions démocratiques élues;
- soutenir fermement ceux qui s'engagent pour la démocratie dans le sens que toutes et tous puissent contribuer à la vie politique, économique et civile.
L'appel peut être signé electroniquement sur http://www.solidaritaets-petition.ch/fr.html

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