mercredi, 09 mars 2011

Révision du droit de la nationalité : Die Schzeizermacher, le retour

Les naturalisations « par les urnes » (en vote populaire), refusée par le peuple, ne seront pas réhabilitée; elles n'étaient de toute façon pratiquées que dans neuf cantons et quelques dizaines de communes, toutes alémaniques, avant que le Tribunal fédéral n'y mette fin. Pour autant, l'octroi du passeport suisse continue d'être un thème politique, et à peu près chaque parti de droite et d'extrême-droite y est allé de sa proposition. Il ne manquait que le Conseil fédéral à ce choeur d'armaillis : il vient de s'y mettre. Les « Faiseurs de Suisse » ont encore de beaux jours devant eux.


Droit du sol, droit du sang, droit de l'épuration sociale

Le « Parti de la Liberté » a ainsi lancé une initiative populaire qui propose de supprimer les possibilités de naturalisation facilités pour les jeunes et les conjoints étrangers de ressortissants suisses, d'exiger la maîtrise d'une des quatre langues nationales et le respect des lois, usages et mœurs suisses (il faudrait tout de même qu'on nous les définisse, ne serait-ce que pour nous assurer qu'elles ne sont pas les nôtres...), et d'exclure la naturalisation des personnes entrées illégalement en Suisse, ou ayant menti aux autorités, ou ayant un casier judiciaire. L'initiative veut aussi introduire la naturalisation « à l'essai » pendant cinq ans. De son côté, le PDC a également proposé d'exiger des tests linguistiques et d'intégration avant l'octroi de la nationalité suisse, dont seraient exclues les personnes dépendant de l'aide sociale ou ayant un casier judiciaire. Enfin, pas découragée par l'échec de son initiative pour les naturalisations « par le peuple » (une forme de taxidermie démocratique, en somme ?), l'UDC a remis le couvert : elle exige toujours le renforcement des conditions pour avoir accès à la nationalité suisse : pas de nationalité sans permis C, pas de naturalisation d'« étrangers criminels » (les Suisses criminels n'en ont effectivement pas besoin, et les étrangers sont déjà, au départ, coupables d'être étrangers), ou d'étrangers ne parlant pas la langue de la commune où ils déposent leur demande (ça va être facile, dans les communes romanches), ou d'étrangers à l'assistance, ou à l'AI, ou analphabètes (comme des milliers de Suisse-sse). La nationalité par naturalisation s'obtiendrait en outre « à l'essai » pendant cinq ans et serait retirée en cas de « délit grave », et tout candidat à la nationalité devrait commettre une déclaration de loyauté envers la Constitution et les lois suisses -déclaration qu'on n'exige pas des « Suisses de souche », et qui est de toutes façon à la fois implicitement contenue dans le précepte « nul n'est censé ignoré la loi », et dissoute dans cet autre précepte : « les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent ». Le rédacteur du présent texte se félicite en tout cas de n'avoir pas eu à demander la nationalité suisse, l'ayant reçu en héritage de ses ancêtres depuis le XVIe siècle. Bref, toute la droite continuant de labourer le terrain de la xénophobie basique, il ne manquait de participant à cet exerciceque le Conseil fédéral -le voilà : Simonette a présenté la semaine dernière un projet gouvernemental de révision totale de la loi sur la nationalité. Une révision qui, évidemment, vu l'air vicié du temps, reprend l'essentiel des revendications de la droite de la droite et éloigne encore un peu plus la loi suisse du « droit du sol », c'est-à-dire d'une conception citoyenne de la nationalité (je suis de là où je suis) plutôt qu'une conception tribale (je suis de là où le mari de mon arrière grand-mère est né) : seuls les étrangers au bénéfice d'un permis C pourraient obtenir la nationalité suisse (actuellement, un-e naturalisé-e sur sept n'en dispose pas), et encore : s'ils respectent l'ordre et la sécurité publics et les « valeurs » (boursières ?) de la Suisse, s'ils peuvent communiquer dans une langue nationale et s'ils montrent leur volonté de participer à la vie économique du pays : chômeurs et invalides s'abstenir, donc. Et d'une manière générale : pas de pauvres dans notre tribu. En échange, un petit susucre pour la gauche : il suffira d'avoir séjourné huit ans en Suisse pour pouvoir devenir Suisse. Mais à la condition d'être ressortissant de l'Union Européenne ou d'Amérique du Nord (pourquoi l'Amérique du Nord?), ce qui permettait déjà d'obtenir le passeport helvétique après cinq ans. La Conseillère nationale PS Ada Marra s'insurge : avec ces propositions, « on pénalise les étrangers pauvres et mal formés« ». Ben oui Ada, mais l'épuration sociale, c'est aussi le but de la xénophobie ordinaire... Aussi, ou surtout.

15:25 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, naturalisations, nationalité, immigration, xénophobie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le glissement vers l'intolérance ordinaire et la xénophobie, si l'on n'y prête garde, entraînera la Suisse dans un nationalisme tout aussi ordinaire que l'on voudrait nous faire prendre pour du patriotisme.

La seule chose que l'on puisse vraiment "exiger" d'un candidat à la nationalité. c'est de connaître au moins une langue nationale. Je dis bien connaître et non pas forcément maîtriser car il faudrait alors priver de leur passeport une quantité hallucinante de citoyens suisses...

Bref, il faut combattre toutes ses dérives nationalistes qui ne peuvent que nous éloigner encore un peu plus, pour autant que cela soit possible, de notre appartenance à l'Europe, qu'on le veuille ou non.

Astérix, c'est une bande dessinée
La Suisse, ce pourrait devenir une bande décimée.

Écrit par : MIchel Sommer | mercredi, 09 mars 2011

SCHWEIZERMACHER, pas SCHZEIZERMACHER, immer die Wälsche, huere gopfridstutz nomaau! :-)

Écrit par : Un suisse | jeudi, 10 mars 2011

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