mardi, 22 février 2011

Révolution libyenne : Kadhafin ?

Combien de morts dans la répression sauvage, jusqu'au bombardement de la foule tripolitaine par les avions de chasse, de la révolte libyenne ? deux cent, trois cent, cinq cent, mille ? On ne sait pas. Ce qu'on sait, en revanche, c'est que l'Europe s'inquiète. De la répression ? Non : de la pérennité de ses accords avec la Libye, qu'elle a payé pour la transformer en gardienne de ses côtes contre les candidats à l'émigration. L'Afrique du Nord et le Moyen-Orient sont en révolution. Que craint la Suisse ? Un massacre à la libyenne ? Une récupération à la tunisienne ? Non :  « un afflux de réfugiés »... décidément, on ne se refait pas...


Quamvis sublimes debent humiles metuere

« Si haut placé qu'on soit, on doit craindre les petits » (et on n'est jamais assis que sur son cul, ajoutait Montaigne) : Kadhafi s'était placé, puis avait placé tout son clan, au-dessus de tout : du peuple libyen, au nom duquel il avait pris le pouvoir; de ses compagnons de révolution, ou plutôt de coup d'Etat, ceux avec qui il avait il y a plus de quarante ans renversé la vieille monarchie sénoussite; du droit international, et finalement même de toute raison politique. Mais assis sur son pétrole, et promu au rang de gardien des côtes européennes contre les vagues migratoires venues d'Afrique, il avait bénéficié sinon du soutien, du moins de la résignation des « puissances occidentales », qui n'avaient pourtant pas hésité à le combattre par les armes (la France au Tchad, les USA en le bombardant), à tenter de l'assassiner ou de le rnverser. Ce ne sont pas ces puissances qui le feront tomber (aujourd'hui et à l'heure où nous écrivons, il n'est toujours pas tombé)- et c'est celui de ses fils à qui avait été attribué le rôle de « modéré » qui a promis de noyer dans le sang la révolte partie de Benghazi. Et si paradoxal que cela soit, c'est le voir tomber que semble craindre l'Europe -c'est du moins ce que le silence européen suggère. Pour la raison d'Etat, il y aura toujours pire qu'un dictateur : une révolution. Kadhafi s'en croyait préservé, puisqu'il se croyait toujours révolutionnaire, après avoir transformé son putsch en révolution. Comme si un révolutionnaire au pouvoir pendant plus de 40 ans pouvait encore être un révolutionnaire. La révolution libyenne, la vraie, celle qui monte d'en bas, c'est celle à laquelle nous assistons, tant bien que mal, sous le black-out organisé par le régime. Kadhafi s'était placé au-dessus de tout -c'est tout ce qu'il y avait en dessous de lui, en Libye, qui se soulève, contre lui, contre son pouvoir, contre la mystification sordide de ses comités révolutionnaires et de leur « démocratie directe ». Le Guide de la Révolution est aujourd'hui guidé vers la sortie par une révolution impensable. Et l'Europe tremble : son garde-côte est menacé. L'Italie évoque la menace, puisque pour nos gouvernants c'est une menace, de 80'000 réfugiés. ça ne ferait jamais que moins d'un quart de pour mille de la population européenne, mais ce quart de pour mille est vu comme une marée, un tsunami, un déferlement, une invasion barbare. « Il est possible que les pays maghrébins tombent les uns après les autres et que leurs citoyens (les) fuient massivement », s'inquiète le directeur de l'Office fédéral suisse des migrations. Et la Suisse n'est pas prête. A cela, la Suisse n'est jamais prête. Elle est prête à tancer Genève d'avoir fait embastiller trois jours le fils de Kadhafi, pas d'accepter que le clan contrôlant une partie de la rive sud de la Méditerranée en perde le contrôle. Et que cet mer redevienne la Mare Nostrum : une mer qui relie, et ne sépare plus. Kadhafi va tomber, et sa famille avec. Dans un jour, une semaine, un mois, un an, peu importe, il va tomber. Et les gardiens de la forteresse Europe lui cherchent déjà un successeur. Démocrate ou non. Raisonnable ou non. Mais disposé à reprendre la clef de la forteresse pour entasser, chez lui, les candidats africains à l'émigration en Europe. Et si nous lancions un appel aux autorités genevoises pour qu'elles réinvitent Hannibal Kadhafi à Genève ? mais avec toute sa petite famille, cette fois ? Ne serait-ce que pour en débarrasser les libyens... et rapprocher les clients de Charles Poncet de leur avocat.

18:55 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : libye, kadhafi, suisse, europe, immigration | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pas d’alibi pour la Libye

Quand il y aura encore plus de gens aux abois…sans emplois, sans soins, sans abris…
Ce ne sera pas la fin que tout le monde craint, mais l’instant qu’on attend depuis longtemps !
Où le peuple prendra enfin les choses en main, sans médiateur ni médiation.
Et qu’il rédigera sa propre feuille de route et accomplira son propre destin !
Ce ne sera pas pour élire ses représentants mais pour occuper tous les fronts et dégager lui-même son horizon !
Nous autres français, nous n’avons jamais été aussi bien qu’aujourd’hui,
parce que nous savons désormais comment faire pour cesser d’avoir mal demain !

http://www.lejournaldepersonne.com/2011/02/libye/

Écrit par : le journal de personne | mardi, 22 février 2011

Pour inciter nos autorités à faire preuve de courage politique, rejoignez
http://www.facebook.com/home.php?sk=group_180870821955734&ap=1
et appropriez-vous les deux pétitions adressées ces derniers jours à Madame la Présidente de la Confédération (ces textes sont toujours d'actualité). Plus le Conseil fédéral sentira la pression de la rue, plus les chances de le voir prendre des mesures contre le régime Kadhafi augmenteront.

Écrit par : Woland | mercredi, 23 février 2011

Aussi dramatique puisse être la répression libyenne, le monde occidental doit se retenir de toute intervention.

Si nous aidons les libyens demain, dans trente ans on les aidera toujours.

Il faut les laisser se battre pour la liberté, il faut les encourager mais surtout pas intervenir par la force car nous sommes trop pressés de voir une démocratie comme la notre s'instaurer là-bas. Et il ne faut pas s'inquiéter, la démocratie se paie par le sang et s'apprend par la souffrance. C'est idiot mais c'est comme ça! L'histoire nous l'a appris. Rien ne nous a empêché par contre de tirer une balle à ce sociopathe lorsqu'il vint en europe et ça c'est de la lacheté.

Écrit par : Dzodzet | mercredi, 23 février 2011

Rappelons qu'un grand ami de Kadhafi est un certain Jean Ziegler

Écrit par : zaltsman | mercredi, 23 février 2011

Il y a des jours où l'on a honte d'appartenir à l'Occident, terre des Droits de l'Homme et de la Démocratie...

Écrit par : Lemar | mercredi, 23 février 2011

"Quamvis sublimes debent humiles metuere". Décidément les maximes romaines n'ont pas d'âge. Comme la folie du pouvoir, comme l'ignorance militante et la cécité volontaire des démocraties dites "éclairées", comme les baisemains à Caligula ou au Guide de la Révolution. "Pecunia non olet" est aussi une sentence romaine. Quand on n'a pas de pétrole, on devrait penser qu'on a Montaigne. "Penser", mais qu'est-ce donc que ce terme ?

Écrit par : Stéphane Marti | mercredi, 23 février 2011

Vite la Kada-fin de Kadafi et de Kadafils...

Écrit par : jjw1 | mercredi, 23 février 2011

"Rappelons qu'un grand ami de Kadhafi est un certain Jean Ziegler". Et qu'un autre est un certain Silvio Berlusconi. Et qu'un troisième est un certain Charles Poncet. Il avait beaucoup d'amis, Kadhafi. Quand son trône n'était pas branlant.

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 23 février 2011

C’est fou comme à Genève y’a des tas de gens qui sont tellement convaincus des conseils qu’ils donnent aux Lybiens pour que ceux-ci réussissent leur révolution !!!
J’espère que lorsqu’ils l’auront faite – ce qui n’est pas demain la veille, à l’instar de la Tunisie et l’Egypte où l'on va devoir l'attendre encore longtemps – les Lybiens conseilleront les Genevois pour qu’enfin ceux-ci fassent la leur !!!
Jusqu'à preuve du contraire, Jean Ziegler n'a jamais été un ami de Kadhafi, sinon qu'il a partagé, comme de nombreux hommes politiques solidaires contre l'exploitation du tiers monde, certaines positions anti-impérialistes adoptées au cours de ces dernières décennies par le gouvernement lybien.

Écrit par : Raymond Muller | mercredi, 23 février 2011

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