jeudi, 10 février 2011

Afrique du nord, Proche Orient, Moyen-Orient : Le printemps des peuples ?

Affiche manif.jpgAfrique du nord, Proche Orient, Moyen-Orient : Le printemps des peuples ?

En Tunisie, en Egypte, en Algérie, au Yemen, en Jordanie, les peuples se soulèvent pour leurs droits démocratiques et sociaux. Ils affrontent les forces de répression d'Etats policiers, ils s'efforcent de chasser des dictateurs mafieux adoubés par les grandes puissances occidentales, les grandes entreprises et les organismes économiques et financiers internationaux. Leur mobilisation se heurte autant à la répression qu'à des tentatives de récupération qui visent à pérenniser les mêmes politiques avec un personnel renouvelé, en changeant le moins possible les systèmes en place, mais en les débarrassant simplement d'encombrants prédateurs. Le 11 février à Genève nous manifesterons (17 heures 30, Place de Neuve) notre solidarité avec ce nouveau, et précoce, « printemps des peuples ». Pour qu'il ne finisse pas comme le précédent : par l'été des récupérateurs.


Leur liberté, la nôtre

Souvenons-nous : il y a trente-cinq ans, l'Amérique latine se couvrait de dictatures militaires, de régimes fascistes, d'escadrons de la mort, de salles de tortures. Et on nous expliquait gravement que, bien sûr, tout cela est très laid, très sale, très honteux, mais qu'on n'a pas le choix, car pire encore menace. Que c'est Pinochet ou Castro, les juntes militaires ou les communistes, les escadrons de la mort ou le KGB. Reprenez ces discours, n'en changez que deux mots, mettez « islamisme » à la place de «communisme», mettez « Iran» à la place de « Cuba » -et vous aurez 30 ans de justifications du soutien européen et nord-américain aux potentats, aux kleptocrates, aux dictateurs, aux rois, aux militaires et aux policiers d'Afrique du Nord, du Proche Orient et du Moyen Orient. En Algérie, mieux vaut l'état d'urgence que le Front islamique du Salut. En Tunisie, mieux vaut Ben Ali qu'Ennahda. En Egypte, mieux vaut Moubarak que les Frères Musulmans. Et les peuples ? Qui leur a demandé leur avis aux peuples ? Quoi, les peuples ? Quels peuples, d'abord ? Surtout, ne pas leur donner la parole, aux peuples. Pas à ces peuples-là. Pas aux Tunisiens, pas aux Egyptiens, pas aux Algériens, pas aux Jordaniens, pas aux Yéménites. Ces peuples sont ignorants, infantiles. Il faut les guider, les encadrer, les mâter, les mettre sous tutelle, leur dire ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire, ce qu'il faut voter, comment se conduire, comment prier, parce qu'il convient tout de même qu'ils prient. Et puis voilà que ces peuples se réveillent. Et puis voilà que ces peuples se soulèvent. Sans nous demander notre autorisation, ni même notre avis. Alors, on s'organise pour que leur révolte ne tourne pas en révolution. Que Ben Ali parti, Moubarak partant, Bouteflika et tous les autres en sursis, la Tunisie, l'Egypte, l'Algérie, la Jordanie, le Yemen, restent à notre portée politique et économique. Que tout paraisse changer, pour que rien au fond ne change. L'armée y pourvoira, l'argent y aidera, et nos gouvernements y concourront. Et s'il faut faire des affaires avec des islamistes, soit ! notre patronat et nos multinationales sont bien devenus prochinois... Il n'y a qu'avec les peuples qu'on ne peut pas faire des affaires. Surtout quand ils se sont levés. Le peuple tunisien s'est levé. Le peuple égyptien s'est levé. A de multiples reprises, le peuple algérien s'est déjà levé, et se lèvera à nouveau. Il y a dix ans, des dizaines de milliers d'Algériennes et d'Algériens manifestaient dans toutes les villes du pays derrière des banderoles proclamant à la face de la police et de l'armée : « vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts » . Eh bien non, ils n'étaient pas morts. Ils n'étaient pas morts, les peuples qui se sont réveillés, à la grande surprise, et à la plus grande encore consternation, de ceux qui s'étaient accommodés de leur asservissement. Et en se réveillant, ils nous mettent devant trente ans de connivences et de complicités de nos gouvernements avec leurs dictateurs, leurs racketteurs et leurs bourreaux. Et ils mettent aussi en évidence la décadence d'une organisation, l'Internationale Socialiste, dont était membre le parti de Ben Ali, et la dissolution d'un principe, l'internationalisme. Ce qui fut un mouvement porteur d'un projet politique de changement radical, ce qui se définissait comme l'instrument d'un principe de solidarité internationale, n'est plus aujourd'hui, à quelques rares exceptions près, qu'un club de partis au pouvoir et qui ne songent qu'à y rester, de partis qui ont été au pouvoir et ne songent qu'à y revenir, de partis qui n'ont encore jamais été au pouvoir et ne rêvent que d'y accéder, tous subordonnant tout à ce seul impératif : le pouvoir, y être, en être, l'exercer, en profiter. Une Internationale, ça ? Et socialiste ?

15:38 Publié dans Solidarité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tunisie, algérie, egypte, yemen, jordanie, ben ali, moubarak, bouteflika, genève | |  Facebook | | | |

Commentaires

Espèrons que ces pays arabes se liberer et qu'ils échapperont à l'islamisme et au socialisme.

Écrit par : Ivan Skyvol | jeudi, 10 février 2011

Les commentaires sont fermés.