Entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le chômage : Moins de chômeurs ? plus d'assistés...

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Entre 14'000 et 16'000 personnes, au moins, dont 6000 en Romandie, vont passer du chômage à l'assistance publique le 1er avril prochain, lorsqu'entrera en vigueur la nouvelle loi sur le chômage, acceptée, la tête dans le sac et malgré l'opposition de la gauche et des syndicats, par le bon peuple de ceux pour qui le chômage, ça ne frappe jamais que les feignants, c'est-à-dire les autres, ou les artistes, c'est-à-dire personne.

Pauvreté volontaire, misère visible et lissage des statistiques

La nouvelle loi sur le chômage prévoit une réduction de la durée d'indemnisation pour toute une partie, importante, de la population active : les jeunes, les salariés ayant cotisé moins de 18 mois, notamment. Au terme du temps réduit d'indemnisation, les chômeuses et chômeurs basculeront dans l'assistance publique. Ils seront, selon les chiffres fédéraux, entre 14'000 et 16'000 en Suisse à faire ce saut, soit six ou sept fois plus qu'auparavant. La Suisse romande va être particulièrement frappée, puisqu'en sus de la réduction du temps d'indemnisation, la nouvelle loi met fin à la possibilité, dans les cantons particulièrement touchés par le chômage (Genève, Vaud, Neuchâtel, le Jura), de prolonger de 120 jours la durée d'indemnisation. Bref, les institutions d'assistance sociale, dernier filet avant l'exclusion sociale pure et simple, vont devoir faire face à un afflux de nouveaux dossiers : à Genève, l'Hospice Général, qui fait déjà face à la plus forte demande de son histoire avec 18'000 bénéficiaires de son aide, en attend 1300 de plus mais le Département cantonal de l'économie minimise : pas plus de 800. Et les autres, ceux que l'Hospice attend et que Longchamp n'atrtend pas ? ils n'apparaîtront pas dans les statistiques. Elles seront bonnes, les statistiques. C'est l'essentiel. La charge supplémentaire que représentent ces milliers de chômeuses et chômeurs en fin de droit est aussi une charge financière : cantons et communes vont devoir assurer pour 100 à 250 millions de francs de dépenses supplémentaires, soit une augmentation d'au moins 5 % de leurs dépenses sociales. Mais qu'on se rassure dans les chaumières pas chômeuses : cent chômeuses et chômeurs de plus, ça ne fera jamais cent assistées et assistés sociaux de plus. On peut compter, pour «faire des économies » (ou freiner les dépenses supplémentaires)  sur la honte des un-e-s à demander une aide sociale, la certitude des autres qu'ils ou elles pourront se débrouiller tout seuls, ou en bout de course le refus pur et simple de l'aide au prétexte qu'on ne remplit pas les conditions pour l'obtenir. Dans le canton de Vaud, les deux tiers des 3000 personnes qui ne toucheront plus le chômage n'auront pas recours à l'aide sociale. Du moins pas tant qu'ils croiront pouvoir s'en passer. A Genève, sur les 1300 chômeuses et chômeurs qui arriveront brutalement en fin de droit, la plupart attendront le plus longtemps possible avant de se résigner à ce qui est toujours perçu comme, stigmatisante, l'« assistance publique ».  Ils rameront, ils emprunteront, ils s'endetteront, mais ils ne solliciteront pas ce qu'ils considèrent comme une aumône, et qui est pourtant un droit.  On peut toujours compter sur la pauvreté volontaire pour réduire la misère visible, en somme... c'est bon pour les statistiques, on vous dit. Et ce qui est bon pour les statistiques est bon pour les élections.

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