lundi, 31 janvier 2011

Financement des partis politiques et des campagnes électorales : Contraindre à la transparence ?

Il vaudrait mieux, sans doute, n'avoir nul  besoin de contraindre les partis politiques, et en particulier ceux de droite puisque ce sont ceux-ci qui y rechignent le plus, à la transparence de leur financement et de celui de leurs campagnes électorales... Les y inciter par l'exemple ? C'est ce que le PS de la Ville a fait vendredi, en publiant son budget de campagne, les autres partis ne pouvant décemment plus, en période électorale, se défiler (quoique certains aient tout de même trouvé quelques astuces pour sous-estimer leurs dépenses, et que d'autres aient carrément déclaré n'importe quoi -il est vrai que ceux-là nous y ont habitués). Le même soir, le Grand Conseil votait une loi sur le financement des partis politiques -mais une loi qui ne plafonne pas leurs dépenses électorales, et laisse donc faire la main invisible d'un « libre marché politique » qui, logiquement, transforme la démocratie en marchandise. Et une loi dans laquelle, au passage, on ne se refait pas, la droite a réussi à glisser un nouveau cadeau fiscal, aux sponsors de ses propres partis cette fois.

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vendredi, 28 janvier 2011

Constituante genevoise : Chouette, on est consultés !

Le 5 février prochain s'ouvrira la consultation (la seule et unique) organisée pour soumettre à l'appréciation de qui aura quelque chose à en dire l'avant-projet de nouvelle Constitution issue des travaux de la Constituante, outre un questionnaire plus général. Cette consultation (qui comprendra des stands dans la rue et des soirées débats) se terminera le 25 mars. En d'autres termes, elle se déroulera parallèlement aux élections municipales, sans que l'on puisse prédire laquelle des deux campagnes parasitera l'autre, ou sera submergée par elle... L'avant-projet de constitution genevoise est disponible sur internet (www.ge.ch/constituante/doc/constitution/avant_projet_1301...), comme d'ailleurs les thèses refusées et acceptées par la Constituante, et les rapports des 5 commissions thématiques. Quitte à le comparer à ce qu'aurait pu être une constitution de gauche (www.perso.ch/troubles/constitution.pdf) ou aux bonnes intentions des partis désireux de participer à l'exercice constituant (par exemple : www.ps-ge.ch/constituante), On ne saurait trop vous inciter à lire cet avant-projet, et à participer à la consultation (tout le monde peut le faire, sans condition d'âge ou de nationalité, puisqu'une constitution s'applique à tout le monde sur le territoire qu'elle norme).

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jeudi, 27 janvier 2011

Pour pouvoir vivre de son travail

Un congrès socialiste, puis un congrès syndical en avaient décidé ainsi : l'initiative populaire pour un salaire minimum est lancée, par l'Union syndicale suisse, le PS ayant, logiquement, choisi de laisser la priorité aux syndicats pour présenter cette proposition aux salariées et aux salariés. Les Verts ont immédiatement annoncé qu'ils soutenaient l'initiative syndicalo-socialiste, et la gauche de la gauche, qui avait de son côté lancé plusieurs initiative cantonales dans le même sens, en a fait autant. L'initiative prévoit un salaire minimum de 4000 francs par mois au plan fédéral (les cantons et les conventions collectives pourraient hausser ce plancher) pour 42 heures de travail par msemaine. Aujourd'hui, en Suisse, près de 10 % des salariés sont en-dessous de ce minimum  Comment vit-on avec moins de 4000 francs par mois ? Bien assez bien, répond le patronat. Qui ne veut pas d'un salaire minimum. Et est prêt à claquer des millions dans une campagne pour le combattre, mais pas à payer correctement les 700'000 salariées (surtout) et salariés (aussi) qui, aujourd'hui, en bénéficieraient.

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mercredi, 26 janvier 2011

« Katharina » à la Comédie de Genève : Mémoire plombée des années de plomb

La « Katharina » de Jérôme Richier à la Comédie de Genève est décevante, malgré de belles trouvailles de mise en scène, malgré la Katharina de Céline Bolomey, malgré le livre d'Heinrich Böll et le film de Volker Schlöndorff et Margarethe von Trotta, réduits à une démonstration plombée sur les années de plomb. Peu importe : le pari était risqué, mais valait la peine d'être tenté et vaut la peine d'être vu. Parce qu'il porte une mémoire à retrouver. Celle d'un temps où Heinrich Böll, Prix Nobel de littérature en 1972, se mit au service d'une « certaine idée » de la cohérence en défendant, au nom de principes qui étaient les siens et pas les leur, et sous des torrents de boue déversés sur lui par la presse de poubelle, les membres de la Rote Armee Fraktion prisonniers de l'Etat allemand. C'était il y a trente-cinq ans. Et Anne Bisang a raison de rappeler que l'histoire peut bégayer, et on ne perdra pas son temps à se l'entendre rappeler.

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mardi, 25 janvier 2011

Forum Social Mondial (Dakar, du 6 au 11 février) : Irremplaçable ? en tout cas irremplacé...

Il y a dix ans se tenait à Porto Alegre, au Brésil, le premier Forum Social Mondial, et du 6 au 11 février prochain, à Dakar, se tiendra le huitième. Un FSM « étendu », permettant aux militantes et militants qui ne pourraient s'y rendre d'y participer tout de même, dans leur pays, dans leur ville -et donc dans la nôtre (on vous tiendra au courant). Le Forum Social Mondial n'est sans doute pas irremplaçable. Mais il est, à ce jour, irremplacé, comme espace, le plus important au monde, de rencontre, de débat, de confrontation même, sans enjeu de pouvoir (sa charte y veille), et ressemblant irresistiblement à la Première Internationale ouvrière, celle qui était capable de réunir toutes les tendances, tous les courants, toutes les cultures du mouvement ouvrier et socialiste naissant, du mouvement syndical aux partis politiques, en passant par les coopératives, les organisations culturelles et sportives et les organisations féminines... L'AIT n'était pas irremplaçable -mais elle n'aura été remplacée qu'au prix de sa scission et, progressivement, de sa réduction à des Internationales de partis politiques. De cette évolution, le FSM, jusqu'à présent, s'est préservé. Mais le danger le guette -et il vient de la gauche elle-même

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14:06 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fsm, dakar, altermondialisme, mondialisation | |  Facebook | | | |

lundi, 24 janvier 2011

Courrier A, courrier B, Courrier F, A, C...

La Poste, en entreprise soucieuse non de la qualité et de l'utilité de ses prestations mais de l'équilibre de ses comptes, envisage donc de priver l'unique quotidien romand de gauche, et l'unique quotidien indépendant genevois ( « Cause toujours » mis à part), « Le Courrier », de l'aide indirecte (des tarifs d'expédition préférentiels) que l'ex-service public devenu une entreprise commerciale en mains publiques est, encore (mais pour combien de temps) tenu d'assurer. Prétexte ultime (après avoir tenté de prétendre que  « Le Courrier » n'est pas un quotidien « généraliste ») : cette aide est apportée aux quotidiens régionaux ou locaux, et La Poste a décrété que « Le Courrier » n'en était pas un, la preuve, il se qualifie de quotidien « suisse »  sur son site internet... le prétexte vaut ce que valent désormais les mots « service public » pour La Poste, dont  la décision, si elle se confirme, condamnera « Le Courrier » à assumer un surcoût de 325'000 francs pour sa diffusion. C'est le dixième de son budget. Pour La Poste, 325'000 francs, c'est rien, une paille, une bulle d'écume, mais pour le quotidien genevois, cette paille, c'est le prix de la survie.

LeCourrier.jpg

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14:03 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le courrier, la poste, presse, genève | |  Facebook | | | |

vendredi, 21 janvier 2011

Vae Victis !

Mieux vaut un peu tard que jamais : un peu moins d'une semaine après que l'Union Européenne ait pris cette décision, la Suisse, à son tour, a gelé, dès le 19 janvier, les fonds du clan Ben Ali et ceux du clan Gbagbo. Les banques sont désormais obligées de rechercher des avoirs pouvant appartenir à l'ex-Raïs tunisien et à l'ex-président ivoirien et à leurs proches, et les intermédiaires financiers doivent bloquer les transactions douteuses, mais tout est dans le  « désormais » : entre le moment de la chute de Ben Ali et celui du gel de ses avoirs et de ceux de sa camarilla, entre le moment de la défaite électorale de Gbagbo et celui du gel de ses avoirs et de ceux de ses proches, combien de millions ont eu le temps de s'envoler vers des coffres plus cléments ? Et surtout : depuis combien de temps savait-on que Ben Ali et Gbagbo pillaient leur pays, spoliaient leur peuple, faisaient de leur pouvoir le moyen de s'en mettre plein les poches et les comptes en banque ? Les avoirs des uns et des autres ne sont pas gelés par qu'ils sont douteux, parce qu'ils puent le vol et la corruption : ils sont gelés parce que Ben Ali est tombé et que Gbagbo n'est plus reconnu comme président de la Côte d'Ivoire. On punit les prédateurs ? Certes. mais seulement après qu'ils aient été vaincus.

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jeudi, 20 janvier 2011

Initiative pour la protection contre la violence des armes : Le débat plonge dans le ça...

bpWalker.jpgAu fur et à mesure que l'on s'approche de l'échéance du vote populaire, le 13 février, sur l'initiative  « pour la protection contre la violence des armes », le débat s'échappe du discours rationnel pour sombrer dans les affres de l'angoisse existentielle du mâle rupestre que l'idée même de ne plus disposer de sa pétoire militaire à la maison renvoie à la vieille terreur de la castration. Tout y passe : si l'initiative est acceptée, le tir sportif, la chasse, l'armée de milice, les traditions nationales, le principe du citoyen-soldat, l'honneur du mâle et du pays sombreraient derechef. Quelques voix pourtant tentent de ramener ce débat dans les limites d'un discours rationnel sur l'utilité, en 2011, de laisser près d'un million et demi d'armes militaires en stabulation domiciliaire ou en circulation plus ou moins contrôlée dans un pays de sept millions d'habitants. A Genève, où 18 % de la population dispose d'une arme à domicile, 15 % des suicides se font par armes à feu. En Suisse centrale, où 57 % de la population dispose d'une arme à domicile (trois fois plus qu'à Genève), ce sont 33 % des suicides qui se font par arme à feu (deux fois plus qu'à Genève).

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Organisons rationnellement la délation

Conseil Municipal de la Ville de Genève
Proposition d'arrêté
de Mmes Vera Figurek, Salika Wenger, Ariane Arlotti, Marie-France Spielmann et MM. Pascal Holenweg, Gérard Deshusses, Thierry Piguet et Grégoire Carasso
déposé le 19 janvier 2011

Exposé des motifs

Le Conseil fédéral examine une proposition consistant à obliger les enseignant-e-s à dénoncer leurs élèves sans statut légal de séjour ou de résidence ("sans-papiers"). Cette proposition complète un dispositif dont l'un des éléments est l'obligation faite aux officiers d'état civil de dénoncer à la police les fiancés en situation illégale au regard des lois sur l'immigration. Face à un tel dispositif et à de telles propositions, il n'y a guère que deux attitudes cohérentes : celle qui consiste à en appeler à la désobéissance civile, à l'insoumission, à l'insubordination face à des lois scélérates, d'une part, et celle qui consiste à se plier à ces lois et aux injonctions qu'elles produisent, et, pour des enseignant-e-s, des officiers d'état civil, demain sans doute pour tout-e fonctionnaire, et après-demain pour tout.e citoyen-ne, à se transformer en mouchard bénévole, en corbeau militant et en indicateur de police supplétif. L'air du temps pousse, sans ambiguïté, à l'adoption de cette seconde attitude, et le parlement de la deuxième ville de Suisse, fût-elle "capitale mondiale des droits de l'homme", se doit, telle la girouette dans le vent, le tournesol face au soleil ou la carpe morte dans le sens du courant de respirer le même air, si pestilentiel soit-il, que celui que l'on veut contraindre toute la population à respirer. C'est la raison pour laquelle nous proposons d'associer la Commune à l'entreprise de généralisation de la délation, du mouchardage, de la surveillance de voisinage et de la chasse au faciès et au permis de séjour, si heureusement entamée, et si heureusement parfaite, par les autorités fédérales et une partie des forces politiques de ce pays.

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mercredi, 19 janvier 2011

Dialogue de vieilles bêtes

Une vieille bestiole est morte, une autre en est triste...

Doucement, sans gémir, sans miauler, sans griffer, une vieille chatte de gouttière est morte, et le vieux chat de gouttière humain qui croyait l'avoir adoptée alors que c'était elle qui avait condescendu à se laisser adopter, s'en trouve tout attristé. Il ne saura jamais, le vieux chat de gouttière humain, ce que pensait de lui la vieille bestiole féline quand elle le regardait avec cet air qu'ont les chats de toujours se foutre de nous. Se sentait-elle mourir ? peut-être. En avait-elle peur ? Il n'y paraissait pas. C'est nous que la mort de nos animaux familiers attriste. Et cette tristesse même, l'affection que nous pouvons porter à un animal non humain, nous dit la spécificité de notre propre espèce animale, avec ce qui s'y exprime, contradictoirement, de revendication d'une supériorité ontologique, ou de négation de toute différence fondamentale entre nous et elles -ce débat, par lequel certains rompent avec l'héritage humaniste dès lors que l'humanisme implique que « nous ne sommes pas des animaux comme les autres », la vieille chatte, elle, s'en moquait bien...

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mardi, 18 janvier 2011

« Révolution de jasmin » en Tunisie : Vivement la contagion !

Pour la première fois depuis les indépendances en Afrique du nord, voire dans le « monde arabe » tout entier, une révolution populaire -et non un coup d'Etat ou une intervention étrangère- a chassé du pouvoir le clan politique et familial qui l'avait accaparé. Le régime tunisien ne s'est pas tout entier effondré, mais le président Ben Ali, ses affidés, sa famille et sa belle-famille, ont dû fuir le pays qu'ils pillaient et étouffaient depuis 23 ans -depuis que Ben Ali eut lui-même renversé le vieux Bourguiba, atteint de démence sénile. La victoire, toutefois pas encore définitive (le nouveau gouvernement tunisien fait la part belle aux caciques encore présentables du parti de Ben Ali), de la rue tunisienne sur la dictature kleptocratique pesant sur elle, a suscité une vague de sympathie dans tous les pays arabes -et une vague d'inquiétude au sommet de tous les Etats qui depuis un quart de siècle fermaient les yeux sur les exactions du régime de Ben Ali. Et si la  « révolution de jasmin » était contagieuse ? si la rue marocaine, algérienne, égyptienne, libyenne même, s'en emparait ? Qu'Allah nous en préserve, se disent sans doute, in petto, les petits maîtres du monde...

L'odeur enivrante du jasmin


« Notre rêve est devenu réalité : il est possible de chasser nous-mêmes les criminels », s'est exclamé samedi le coordinateur de l'Association des Tunisiens en Suisse, Anis Mansouri. Qui a cependant ajouté, sagement : « le travail commence maintenant pour construire la démocratie en Tunisie ». Il n'empêche : même s'il ne fait que commencer, le travail démocratique du peuple tunisien est, déjà, par le fait même qu'il a commencé par une insurrection de la rue, un démenti radical à l'affirmation des idéologues de la « guerre des civilisations », et de leurs disciples politiques, que les « peuples musulmans sont incapables de construire eux-mêmes une démocratie », qu'il faut donc les y aider -c'est-à-dire les y forcer, au besoin en les bombardant. Les mêmes d'ailleurs, n'ont aujourd'hui qu'un souhait : que la Tunisie sombre dans le chaos et la guerre civile. Mais Ben Ali tombé, la France qui parraina Ben Ali pendant un quart de siècle, a avant-hier bloqué des mouvements financiers « suspects » d'avoir tunisiens, et en Suisse, le Parti socialiste demande le blocage des avoirs du clan. Vae Victis ! Il faut attendre que les dictateurs tombent pour que les démocraties s'y attaquent... Qui écoutait, ou même entendait l'opposition tunisienne, hors des cercles, somme toute assez restreints, de la gauche solidaire ? Le régime de Ben Ali, proclamé « rempart contre l'islamisme » a prospéré pendant 23 ans grâce au soutien et à la complicité des Etats « occidentaux »  et de leurs gouvernements -de gauche comme de droite. Qui se réveillent aujourd'hui, après que Ben Ali ait fui, et que les cadres politiques de son régime aient eux-même promis d'y mettre fin et annoncé l'organisation d'élections présidentielles libres -les premières de l'histoire de l'Afrique du nord. Cela même, cela surtout, inquiète l'« Occident » : et si les islamistes les gagnaient, ces élections, comme ils avaient naguère, en Algérie, gagné des élections législatives avant que l'armée, au grand soulagement des « partenaires » de l'Algérie, ne referme la parenthèse démocratique ? Tous les pays voisins, et voisins des voisins, de la Tunisie souffrent des maux qui ont poussé les Tunisiens dans la rue : corruption, répression, écrasement des libertés, trucage des élections, domestication de la presse, chômage... D'entre ces pays, deux au moins sont assis sur une rente pétrolière et gazière qui en fait des enjeux stratégiques autrement plus importants que la Tunisie : l'Algérie, la Libye. L'Algérie, surtout, où dimanche, un jeune homme est mort après s'être immolé par le feu, comme celui dont le suicide fut le déclencheur de la révolte tunisienne. Le renversement du pouvoir algérien par la rue algérienne est-il possible ? si on laisse les Algériens en décider eux-mêmes, sans doute. Sinon, si le pouvoir algérien réussit, une fois de plus, à écraser la révolte des Algériens, quitte à provoquer dix ans de terrorisme et deux cent mille morts (plutôt le chaos que le mauvais exemple !), on se taira. Ou on applaudira, plus ou moins discrètement, au nom de la lutte contre la menace islamiste. Le même prétexte que celui qui justifiait que l'on couve la régime tunisien. Des manifestations ont salué jusqu'au Yemen et en Jordanie  la chute de Ben Ali -mais Ben Ali, après avoir lâché ses sicaires dans les rues de Tunis (ils y tuent encore) s'est enfui en Arabie Saoudite. En Arabie Saoudite, au moins, le silence a été de règle sur son arrivée. Les wahabites sont des islamistes de bonne composition : ce sont les alliés de nos tuteurs. Et quand Hafid Ouardiri s'exclame « L'Arabie Saoudite ne doit pas devenir la poubelle de la dictature », on ne peut que lui rappeler qu'elle l'est déjà -mais que c'est, aussi, notre poubelle, et qu'elle est gorgée de pétrole.

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lundi, 17 janvier 2011

Amnistie fiscale : la droite veut faire taire le Conseil d'Etat

Les Indulgences dans le silence

Or donc, le bureau (à majorité de droite, forcément) du Grand Conseil genevois (à majorité de droite) nous fait un caca nerveux parce que le Conseil d'Etat (à majorité de droite) a fait paraître, dans la brochure officielle expliquant les objets cantonaux soumis au vote populaire le 13 février, deux mentions de l'opposition du Conseil d'Etat à la proposition (de droite) de rétablir le commerce des Indulgences en accordant une juteuse amnistie aux fraudeurs et soustracteurs fiscaux. Pour le bureau du grand Conseil, qui a pondu une interprétation très particulière de la loi, en cas de divergences d'opinion entre le parlement et le gouvernement, seule la position de la majorité du parlement devrait être transmise au public. La loi ne dit rien de tel ? Peu importe : pour la droite (UDC et MCG compris), la loi compte moins que la crainte de voir la position du gouvernement entendue par les gouvernés, quoi que ceux-ci en fassent.  Et du coup, nous voilà conduits à être gouvernementaux... un comble...

«   Leur ventre leur est pour dieu, la cuisine pour religion, lesquels ôtés, non seulement ils ne pensent pas qu'ils puissent être chrétiens, mais ne pensent plus être hommes.. Bref, ils ont tous un même propos : ou de conserver leur règne, ou leur ventre plein. (Jean Calvin)  »

La brochure officielle pour la votation cantonale du 13 février contiendrait donc deux crimes de lèse-majorité parlementaire : elle indique que « contrairement à l'avis du Conseil d'Etat, le Grand Conseil invite les citoyennes et les citoyens à voter oui » à l'amnistie fiscale, ce qui est la stricte vérité, et elle intègre la position du Conseil d'Etat dans la liste des recommandations de vote diverses et variées que contient la brochure. Un ancien député rangé des voitures parlementaires mais pas des chais pinardiers a même cru bon de déposer devant le Tribunal administratif un recours, en couinant que « le Conseil d'Etat viole la loi » et que c'est « inacceptable ». En fait, le Conseil d'Etat ne viole rien du tout, et la loi n'exclut nullement que sa position soit mentionnée. Certes, le Conseil d'Etat doit consulter le bureau du Grand Conseil avant de publier les explications et prises de position officielles sur l'enjeu soumis au vote populaire, mais il n'est absolument pas tenu de suivre la position dudit bureau. Le PS dénonce à juste titre l'attitude « infantile » de la droite (ou de ceux qui agissent en son nom), en relevant que si le recours libéral devait être accepté, il en coûterait aux caisses publiques plusieurs centaines de milliers de francs pour reconvoquer le corps électoral (il faudrait en effet retirer l'amnistie fiscale de la liste des objets soumis au vote du 13 février, l'nscrire à un autre scrutin et faire réimprimer la brochure électorale et les bulletins de vote envoyés à toutes et tous les citoyen-nes du canton. Il faut donc croire que le rétablissement du commerce des indulgences (que nous allons d'ailleurs proposer au Conseil Municipal de la Ville de soutenir) est chose si essentielle, si fondamentale dans la Rome protestante, que le silence doive se faire sur les oppositions qu'il suscite. Cela dit, le Conseil d'Etat pourra toujours, comme le fit Luther, placarder ses propres thèses sur la porte des églises. Sans rien risquer d'ailleurs de ce que risqua Luther -mais il est vrai, sans guère de chance non plus de provoquer la révolution qu'il provoqua. Et, gouvernementaux comme nous le sommes, puisque socialistes, nous nous ferons, si besoin est, un devoir de les diffuser, les thèses du Conseil d'Etat. Un devoir accru même du plaisir, exceptionnel, de nous retrouver, modeste habitant plébéien, dans le même camp que nos Magnifiques Seigneurs Syndics. Un plaisir pareil, plus encore que le devoir qu'il accompagne, ne se refuse pas : sa rareté même lui donne toute sa valeur. A condition, bien entendu, de n'en pas abuser.

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vendredi, 14 janvier 2011

L'indignation, et après ?

Tunisie, Algérie, Egypte, Pakistan, Côte d'Ivoire... Suisse...
L'indignation, et après ?


Hier, nous reprenions de Stéphane Hessel le titre, impératif, de son petit opuscule :  « Indignez-vous ! ». Nous le reprenions en appelant à une manifestation de dénonciation du terrorisme, des épurations religieuses, de la répression des droits fondamentaux. La manifestation a eu lieu. Et l'indignation y a été plus étique qu'éthique. C'est que l'indignation, si elle est comme s'en souvient le Résistant que fut Hessel, « le moteur de la résistance », ne suffit pas à rendre possible le nécessaire -la résistance, précisément. Il faut à l'indignation autre chose et plus : l'insoumission, qui suppose une organisation. Sans l'insoumission, l'indignation n'est qu'une posture. Sans l'organisation, l'insoumission n'est qu'une élégance, sans autre fin que nous plaire à nous-mêmes, et qui ne plaira qu'à nous-mêmes. Mais sans rire ni aimer, que vaut l'organisation ?

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jeudi, 13 janvier 2011

Indignez-vous !

Rendez-vous 18 heures, place de Neuve

« Indignez-vous », nous dit un vieil homme de 93 dans un petit opuscule. Stéphane Hessel a tout connu : la Résistance, les camps de concentration, l'espérance de la Libération, les honneurs...  « Cherchez et vous trouverez » des raisons de vous indignez, ajoute-t-il. Avons-nous vraiment besoin d'en chercher ? Ce jeudi, à 18 heures, place de Neuve à Genève, nous serons rassemblée pour dire nos indignations, contre les épurations religieuses, le terrorisme, le mépris des droits fondamentaux. Nous nous indignerons donc. Mais nous indigner ne suffit pas. A l'indignation, il faut un prolongement, pour qu'elle ne soit pas qu'une posture impuissante. Ce prolongement, c'est l'insoumission. On y reviendra.

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mercredi, 12 janvier 2011

Sale farce pour les chômeurs : Fin de droits le 1er avril

Sale farce : dès le 1er avril prochain, des milliers de chômeuses et chômeurs (entre 14 et 17'000, selon les estimations officielles) risquent en Suisse de se retrouver sans indemnités, si les dispositions de l'ordonnance fédérale d'application de la loi sur le chômage sont maintenues. La révision de la loi a en effet entraîné une diminution importante du nombre d'indemnités auxquelle les chômeuses et chômeurs de moins de 25 ans et de plus de 55 ans, ainsi que les nouveaux diplômés et les artistes, ont droit. Les syndicats genevois qui s'opposaient à la révision de la loi, ont exigé des mesures d'accompagnement maintenant les droits acquis pour toutes les chômeuses et tous les chômeurs inscrits avant le 1er avril, mais rien ne dit que ces exigences seront acceptées -les chômeuses et les chômeurs, et même le personnel de l'Office de l'emploi et des caisses de chômage, ne sont en tout cas pas informés de ce qui les attend. Après tout, pourquoi s'en faire ? L'Hospice Général pourvoira...

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mardi, 11 janvier 2011

Incitation à la délation et xénophobie PLR : Eaux de Vichy

Le Conseil fédéral examine donc une proposition consistant à obliger les enseignants à dénoncer leurs élèves sans-papiers. Le président du syndicat romand des enseignants, Georges Pasquier y a répondu comme il convenait : « Je ne vois qu'une solution, la désobéissance civile ». On ne s'étonnera pas en revanche que la transformation des enseignants en mouchards fasse saliver un Oskar Freysinger, enseignant de son état et candidat délateur affirmé -on n'en attendait pas moins de lui. Réagissant naguère à l'obligation faite aux officiers d'état civil de dénoncer à la police les fiancés en situation illégale, la pourtant très droitière Suzette Sandoz, ancienne Conseillère nationale libérale vaudoise, évoquait la mise sur pied d'une délation d'Etat « comme dans les pires régimes totalitaires ». Son collègue Claude Ruey soupirait : «  à droite (...), à force de boire le poison (xénophobe) à petite dose pour s'immuniser, (mes collègues) se sont empoisonnés ». Ou mithridatisés, on ne sait. On n'est donc pas autrement surpris non plus de l'adoption par le PLR d'un programme « migratoire » udéciste.   La prochaine étape, c'est sans doute l'installation de la capitale fédérale à Vichy...

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14:06 Publié dans Immigration | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : suisse, politique, xénophobie, udc, plr, délation | |  Facebook | | | |

lundi, 10 janvier 2011

Tunisie, Algérie, Egypte : Barakat !

Des morts en Tunisie, des morts en Algérie, des morts en Egypte. En Tunisie, des émeutes ont éclaté après le suicide par le feu d'un marchand ambulant dont la police venait de saisis l'étal, puis celui, toujours par le feu, d'un lycéen; en Algérie, les émeutes ont répondu à l'augmentation vertigineuse des prix des dentées alimentaires de base -et elles ont fait au moins trois morts et 400 blessés; en Egypte, les Coptes ont crié dans la rue leur colère de l'inaction, ou de la complicité, du pouvoir avec les épurateurs islamistes qui venaient de commettre un attentat suicide devant une église d'Alexandrie. Un seul mot résume la colère des Tunisiens, des Algériens, des Coptes d'Egypte : Barakat ! Assez ! Notre pays n'est pas la propriété privée de Ben Ali, de Bouteflika, de Moubarak, de leurs tuteurs et de leurs obligés !

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13:49 Publié dans Droits de l'Homme | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : tunisie, algérie, egypte | |  Facebook | | | |

vendredi, 07 janvier 2011

Christianophobie orientale, islamophobie occidentale : épurations croisées

La dhimmitude et l'apartheid

Le 31 décembre au soir,  à Alexandrie, un attentat-suicide commis à la sortie d'une église copte a tué 23 personnes et en a blessé des dizaines d'autres, chrétiens et musulmans mêlés. En Irak, deux mois auparavant, un attentat du même genre avait lui aussi frappé la minorité chrétienne. Les chrétiens d'Orient font l'objet, depuis des années, en particulier en Egypte et en Irak, d'actes de violences et d'agressions, sur fonds général de « purification religieuse » : violence physique et terrorisme en Orient, violence symbolique et invective en Occident,  et un peu partout refus du pluralisme religieux -et irreligieux. Jeudi prochain, 13 janvier, à Genève (18 heures, place de Neuve), nous devrons être nombreux à dire aux Croisés et aux Djihadistes : massacrez-vous les uns les autres tant que vous voulez, imposez-vous les uns aux autres toutes les servitudes dont vous rêvez, mais foutez-nous la paix ! Nous ne voulons ni de la dhimmitude en Orient, ni de l'apartheid religieux en Occident.

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15:01 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : islam, christianisme, islamophobie, christianophobie. croisades, djihad | |  Facebook | | | |

jeudi, 06 janvier 2011

Gestion des établissements publics : L'art de réchauffer les plats

Réchauffer les plats, c'est tout un art. Surtout s'il s'agit de resservir un plat que les convives avaient dédaigné : le 1er juin 2008, en vote populaire, les Genevois-es refusaient clairement un projet de  « réforme » de trois grandes entreprises publiques : les TPG, les Services Industriels, l'Hôpital. Deux ans plus tard, le Conseil d'Etat revient avec un nouveau projet de  « réforme de la gouvernance et du contrôle des institutions de droit public », ainsi présenté par ses auteurs :  «  Contrôle et surveillance renforcés; principes harmonisés (...); meilleure efficacité des organes dirigeants; plus grande transparence dans la gestion et l'atteinte des objectifs stratégiques, ainsi que dans la rémunération des dirigeants : telles sont les améliorations fondamentales amenées par le projet ».  Un discours qu'on avait déjà entendu il y a deux ans. Et renvoyé à ses auteurs. Qui donc nous le resservent. Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette...

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mercredi, 05 janvier 2011

La commune à l'ère de « l'urbain généralisé »

La peur des villes, toujours ?

Depuis 2008, la majorité de la population humaine de la planète vit dans les villes. Et sur ces trois milliards et demi d'urbains, un tiers vivent dans des bidonvilles, des taudis ou dans la rue. Nous sommes donc entrés, mondialement, dans ce qu'Olivier Mongin appelle l'«ère de l'urbain généralisé », un « urbain» dans lequel la ville se dissout dans le périurbain, le suburbain, le rurbain, les espaces privatisés. Ni la Suisse, ni Genève n'échappent à cette dilution de la cité dans ce qui, au bout du compte, la nie : un étalement chaotique dans un espace sans prolongement politique (entre la commune, le canton, l'Etat-nation ou la Confédération, les unions continentales, il n'y a aucune place spécifique pour ce que devient la ville. L'espace urbain n'est plus un espace politique. Il n'est même plus un espace social, au sens d'un espace de commune expérience, partagée entre toutes celles et tous ceux qui y vivent. Et pourtant, la ville politique continue de faire peur... même à Genève...

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11:55 Publié dans urbanisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ville, genève, politique | |  Facebook | | | |