vendredi, 07 janvier 2011

Christianophobie orientale, islamophobie occidentale : épurations croisées

La dhimmitude et l'apartheid

Le 31 décembre au soir,  à Alexandrie, un attentat-suicide commis à la sortie d'une église copte a tué 23 personnes et en a blessé des dizaines d'autres, chrétiens et musulmans mêlés. En Irak, deux mois auparavant, un attentat du même genre avait lui aussi frappé la minorité chrétienne. Les chrétiens d'Orient font l'objet, depuis des années, en particulier en Egypte et en Irak, d'actes de violences et d'agressions, sur fonds général de « purification religieuse » : violence physique et terrorisme en Orient, violence symbolique et invective en Occident,  et un peu partout refus du pluralisme religieux -et irreligieux. Jeudi prochain, 13 janvier, à Genève (18 heures, place de Neuve), nous devrons être nombreux à dire aux Croisés et aux Djihadistes : massacrez-vous les uns les autres tant que vous voulez, imposez-vous les uns aux autres toutes les servitudes dont vous rêvez, mais foutez-nous la paix ! Nous ne voulons ni de la dhimmitude en Orient, ni de l'apartheid religieux en Occident.


LAICITE.GIFTuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !

Islamophobie ici, christianophobie là-bas : ces délires se répondent, comme la peste au choléra. A Alexandrie, les djihadistes sunnites ont retrouvé le mot d'ordre exterminateur des croisés anti-cathares : tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! Et pour seule réponse, le gouvernement égyptien accuse la  « main de l'étranger » d'avoir commis l'attentat. Elle est commode, la  « main de l'étranger » : la désigner comme coupable permet de jeter un voile pudique sur les racines nationales des entreprises de purification religieuse dont l'attentat d'Alexandrie n'est que la manifestation sanglante la plus récente. Le Pape copte Chenouda III a  proclamé (pouvait-il dire autre chose ?), après le massacre d'Alexandrie sa foi en son pays : « L'Egypte n'est pas la patrie où nous vivons, mais la patrie qui vit en nous... C'est beau, mais cela ne dit pas quelle Egypte chrétiens et musulmans égyptiens porteraient mêmement en eux ? Celle de Moubarak, vraiment ? Les actes de violence commis contre les chrétiens d'Orient le sont par des minorités intégristes manipulées par les pouvoirs en place -les tentatives, plus politiques, d'ostraciser les musulmans d'Europe étant elles aussi le fait de minorités intégristes, que cet intégrisme soit religieux (chrétien, en l'ocurrence) ou  « ethnique », pour ne pas dire tribal. Ces épurations ce croisent, ces épurateurs se conjuguent. Ainsi, il ne devrait plus y avoir de chrétiens en «Orient» et plus de musulmans en « Occident » ? L'épuration, ici, tient à la fois du fantasme et de l'amnésie : Les chrétiens orientaux ont dans tous les pays où ils vivent, précédé l'islam d'au moins mille ans, et il y a en  « Occident »  des musulmans depuis les premières années de l'expansion de l'islam, il y a plus de 1400 ans. Islam et chrétienté se sont non seulement ajoutés l'un à l'autre, mais se sont surtout inspirés l'un de l'autre et l'autre de l'un, au point qu'on ne comprend rien à l'islam si on nie sa filiation avec le christianisme, et rien non plus aux sociétés  «  chrétiennes »  (ou qui le furent) si on refuse d'y voir l'apport de l'islam. Les sociétés occidentales ne sont plus des sociétés chrétiennes et les musulmans (mais aussi les athées et les agnostiques) y seront, de plus en plus nombreux, les sociétés orientales (où est né le christianisme...) ne seront bientôt plus des sociétés musulmanes, même si les chrétiens devaient en être exclus par la force. Mais peu importent ces évidences aux épurateurs : la réalité est hors du champ de compréhension des Croisés et des Djihadistes. Elle est surtout sans intérêt pour leurs parrains : cela arrange bien du monde, bien des intérêts, bien des forces politiques et économiques, que les colères qu'ils suscitent s'accrochent à l'illusion d'une société déterminée par des préceptes religieux. Cela permet en tout cas de laisser piétiner avec une absolue bonne conscience, et au nom de Dieu, ou de la foi, ou de l'église, ou de la tradition, les droits et les libertés qui fondent des sociétés vivables, et qui sont précisément devenues vivables parce qu'elles ne sont plus des communautés religieuses. La sécularisation fait peur, et la laïcité plus encore -si peur qu'en son nom, dans nos pays, naissent d'étranges chimères rouges-brunes, à l'image de la française «  Riposte Laïque » où, injuriant la laïcité, barbotent dans le même vivier xénophobe, réactionnaire, autoritaire et tribal, d'anciens gauchistes reconvertis en Croisés et de nouveaux fascistes déguisés en laïcards, tous rêvant d'instaurer ici ce qu'ils dénoncent là-bas : une dhimmitude, mais chrétienne. Eclairée au pétrole saoudien. Et financée depuis Abu Dhabi. Barakat !

15:01 Publié dans religion | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : islam, christianisme, islamophobie, christianophobie. croisades, djihad | |  Facebook | | | |

Commentaires

"Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"

Vous ne vous facilitez pas beaucoup moins la tâche. Même les musulmans ne prétendent pas souffrir chez les chrétiens ce que subissent les chrétiens en terre d'islam. Les militants parmi eux amalgament les interventions armées en Afghanistan et en Irak à de nouvelles croisades. Ce qui n'est pas plus juste, mais tout de même plus cohérent.

Et puis les chrétiens n’ont pas le monopole des frictions avec les musulmans. Les plus fortement touchés par le phénomène sont les musulmans eux-mêmes, bien sûr (un phénomène qui a débuté presque en même temps que l’islam lui-même). Puis il faut mentionner les Hindous (et se remémorer la création du Pakistan, il y a une soixantaine d’années). Se rappeler les statues bouddhiques. Et penser aux cultes dont plus personne ne parle, à cause de l’islam. Toujours de l’islam. Encore et toujours et toujours de l’islam.

Vraiment, pour croire que le phénomène est simplement propre à la religion et que l’islam, de par sa nature, sa substance même, ne joue pas ici un rôle particulier, il faut le vouloir. Certes, vous avez raison de refuser les arguments des adversaires de l’islam: il ne faut jamais lire les opinions et les positions des gens à travers le regard de leurs ennemis. Mais vous avez tort de ne pas lire ses statuts. L’extrémisme est humain et donc présent partout, mais dans l’islam, il est d’abord et surtout systémique.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | vendredi, 07 janvier 2011

En mettant dos-à-dos deux phénomènes incomparables, l'auteur sait-il bien de quoi il parle ?

Comment peut-on comparer, d'une part la discrimination assumée et décomplexée qui règne dans la plupart des pays musulmans, envers des communautés discrètes et habituées à courber l'échine, et quelques manifestations de raz-le-bol populaire devant des manifestations d'identité religieuse qui tendent de plus en plus à occuper l'espace public ?

Comment peut-on comparer des attentats et des assassinats ciblés, et quelques lois tentant de poser des limites à des revendications communautaristes de plus en plus agressives ?

Comment peut-on comparer la diminution constante, depuis plusieurs siècles mais en accélération aujourd'hui, de communautés entières sur leurs terres historiques (dans tout le Moyen-Orient, le Christianisme était présent bien avant l'Islam), et l'augmentation exponentionlle de populations musulmanes dans des pays où elles n'ont pas le moindre enracinement ?

Parler dans ce cas d'épurations croisées est un non-sens complet !

Écrit par : Punica Fides | vendredi, 07 janvier 2011

"L’extrémisme est humain et donc présent partout, mais dans l’islam, il est d’abord et surtout systémique", écrit Alain Jean-Mairet. En fait, l'extrémisme est systémique dans le monothéisme, dans toute religion qui postule un dieu unique, totalisant, omnipotent. Il faut relire la Bible avant de lire le Coran : tout ce que dit le second est dans la première et l'islam n'est pas la plus récente des religions "du livre" sans avoir emprunté, synthétisé, et radicalisé, ce qu'il y avait dans les deux précédentes...

Écrit par : Pascal Holenwegp | vendredi, 07 janvier 2011

"(…) l'islam n'est pas la plus récente des religions "du livre" sans avoir emprunté, synthétisé, et radicalisé, ce qu'il y avait dans les deux précédentes..."

... mais à l’arrivée la différence est tout à fait déterminante. L’islam part à la conquête de sa terre promise avec les méthodes du premier livre en s’attribuant non pas un coin de pays, mais la terre entière. Et il annule tous les progrès du deuxième livre. Au passage, il destine les fidèles du premier à la colère de dieu et les adeptes du deuxième à l’égarement. Et ne tolère aucune remise en question, sous peine de mort.

Peu importe l’inspiration à l’origine de ce phénomène: on ne peut plus l’atteindre par ce biais, il faut traiter le monstre tel qu’il est.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | vendredi, 07 janvier 2011

il faut en effet traiter les monstres tels qu'ils sont -sans oublier leurs frères. Et il faut traiter "ce" monstre comme on a traité ses prédécesseurs. "Ecrasons l'infâme", clamait Voltaire, sans distinguer dans la portée des infâmes.

Écrit par : Pascal Holenwegp | vendredi, 07 janvier 2011

"les sociétés orientales (où est né le christianisme...) ne seront bientôt plus des sociétés musulmanes"
Vous me semblez être un doux rêveur...Dommage que ce ne soit qu'un rêve!

Écrit par : Hakim | vendredi, 07 janvier 2011

Rêveur, sans doute. Doux, c'est moins évident. Mais la sécularisation, la laïcisation, la démocratisation des sociétés orientales est un processus qui ne peut être arrêté. Il a fallu presque mille ans aux sociétés européennes (elles ne sont réellement devenues chrétiennes que sous les Carolingiens...) pour se "déchristianiser", c'est-à.dire s'émanciper du cadre religieux, et n'en faire plus qu'une référence culturelle. Il faudra certainement moins longtemps aux sociétés "orientales" pour vivre cette même émancipation... Les fureurs intégristes peuvent alors être prises pour des soubresauts réactionnaires, comme le furent les exterminations réciproques des chrétiens entre eux...

Écrit par : Pascal Holenwegp | samedi, 08 janvier 2011

Cette lutte ne doit se diriger contre des gens que dans la mesure où ceux-ci se rendent coupables de délits ou de crimes selon nos lois, pas celles des religions. Ce qu'il faut détruire, c'est l'illusion qui fait vivre ce problème au fond ridicule, puéril. Et pas ses vecteurs, ou du moins pas à cause de l'illusion.

En assimilant le problème actuel de l'islam à la religion en général ou au monothéisme en particulier, on gonfle artificiellement la taille du problème et on dilue l'effet des solutions potentielles. Tuer l'islam, c'est bien. Éradiquer la religion, c'est peut-être mieux, qui sait, mais ici vraiment c’est le cas de le dire: le mieux est l’ennemi du bien.

Écrit par : Alain Jean-Mairet | samedi, 08 janvier 2011

"tuer" une religion et laisser prospérer les autres, quand elles ne valent pas mieux que celle qu'on aura "tué", c'est choisir entre la peste et le choléra... ou entre les Croisades et le Djihad...

Écrit par : Pascal Holenwegp | samedi, 08 janvier 2011

Il y a entre les croisades et le djihad une différence infiniment plus grande qu'entre la peste et le choléra.

D’abord, tout indique que les croisades n'auraient pas pu être mises sur pied sans les quelques siècles de djihad qui les ont précédées, et en très grande partie motivées. Si nous voulons supprimer les croisades, nous y parvenons donc certainement en nous contentant de détruite le djihad.

Ensuite et surtout, le djihad est ordonné et exemplifié par le personnage central, le "Jésus", si j’ose dire, de l’islam: le prophète Mahomet. Il est le plus grand des djihadistes, celui devant lequel tous les "terroristes" musulmans se jettent à plat-ventre. Ainsi, dans l’islam, on n’échappe pas au djihad: toutes les écoles juridiques ont reconnu non seulement sa légitimité, mais aussi son obligation, par piété, pour "libérer" le monde. Entier. Jusqu’à que la seule religion soit celle de Mahomet. Les croisades, en revanche, sont clairement l’œuvre d’un clergé, allié au pouvoir temporel de l’époque concernée, sans lien avec les actes fondateurs de la religion chrétienne (de Jésus). Ainsi, si les croisades furent certes fort sanglantes et eurent des aspects très déplaisants, leur objectif religieux affiché (la libération des lieux saints du christianisme) a aussi permis de circonscrire leur terrain d’exercice et de leur trouver un terme relativement rapidement.

Enfin, les croisades n’étaient "que" des guerres de libération "conventionnelles". Il s’agissait d’imposer une autorité de la manière usuelle pour l’époque. Le djihad allait, et dans sa conception va toujours, beaucoup plus loin. Les musulmans en guerre devaient faire de grands massacres, attacher les survivants devant le spectacle, puis en faire des esclaves (rappelons aussi que les esclaves noirs devaient être livrés castrés dans les pays arabes). Au cours des siècles, les vies de centaines de millions d’êtres ont été détruites par ce processus, censé améliorer le monde.

Entre cette peste et ce choléra, le choix est clair. Non?

Écrit par : Alain Jean-Mairet | samedi, 08 janvier 2011

M. Holenweg, permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire. TOUTES les guerres, les persécutions, les massacres, effectuées par les chrétiens ont été menées CONTRE les instructions très précises du Christ. Les guerres, les persécutions les massacres, effectués par les croyants de l'Islam, l'ont été EN ACCORD et en SUIVANT les instructions très précises de Mahomet. S'il a fallu 300 ans à nos sociétés européennes pour arriver à ce stade de civilisation, il faudrait dix fois plus pour que les sociétés basées sur l'Islam arrivent à s'en détacher. À propos, les Croisades n'ont été qu'une réaction contre le Djihad et non pas l'inverse. Vous mettez au même niveau le voleur qui s'introduit dans une maison et l'occupant de la maison qui se défend!

Écrit par : Hakim | samedi, 08 janvier 2011

entre cette peste et ce choléra, le choix n'est clair que s'il est celui de la grippe : une religion (si on tient à en avoir une) sans dieu, sans prophète, sans clergé et sans vérité révélée. Pour le reste, il conviendrait de rappeler aux chrétiens d'Orient qu'ils ont été les premières victimes des Croisades, bien avant qu'elles n'atteignent la terre sainte; de rappeler aux musulmans que "djihad" signifie d'abord une "guerre sur soi"; de rappeler aux chrétiens d'Occident qu'ils se sont "croisés" non seulement contre les musulmané, mais aussi contre les juifs et les cathares, et qu'ils ont eux aussi inténsément pratiqué l'esclavage des païens. Bref, de rappeler aux uns et aux autres qu'on est parfaitement légitimé à les mettre dans le même sac, quitte à ce qu'ils s'y entretuent -mais sans dommages collatéraux.-

Écrit par : Pascal Holenwegp | samedi, 08 janvier 2011

"TOUTES les guerres, les persécutions, les massacres, effectuées par les chrétiens ont été menées CONTRE les instructions très précises du Christ. Les guerres, les persécutions les massacres, effectués par les croyants de l'Islam, l'ont été EN ACCORD et en SUIVANT les instructions très précises de Mahomet."... ce genre d'argumentation fidéiste me rappelle irrésistiblement celles que produirent les post-staliniens après 1956 : le goulag, c'est contre les principes du communisme, mais les camps de concentration, c'est sur les instructions du nazisme... On a pas affaire dans cette guerre de religion à un voleur et un volé, mais à deux voleurs. Qu'ils se volent donc entre eux.

Écrit par : Pascal Holenwegp | samedi, 08 janvier 2011

"tout ce que dit le second est dans la première"

C'est faux. La bible ne parle pas de tourments dans l'au-delà. Le coran décrit avec force détails les tortures qui attendent les infidèles.


"TOUTES les guerres, les persécutions, les massacres, effectuées par les chrétiens ont été menées CONTRE les instructions très précises du Christ."

C'est faux. Luc 19:27. Matthieu 10:34. Etc. Appel à l'assassinat et assassinat. Condamné comme criminel avec ses deux complices, crucifié comme un rebelle à l'empire romain.

En outre "Christ" n'est pas un nom, mais un titre.

Écrit par : Justin | mardi, 11 janvier 2011

Je crois qu'il vous faudrait relire la Bible. La Torah, les Prophètes, surtout. Mais aussi dans les Evangiles l'Apocalypse de Jean...

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 11 janvier 2011

... et pour complément de la Bible, la Divine Comédie de Dante. D'accord, c'est pas un Evangile canonique. Mais on est en plein dans la tradition chrétienne.

Écrit par : Pascal Holenweg | mardi, 11 janvier 2011

Le mieux est de ne rien lire du tout. Ces livres sont parfaitement inutiles car ils n'amène que des guerres. Presque toutes les guerres, présentent ou passées, sont de fait de religion...

Écrit par : Ivan Skyvol | mardi, 11 janvier 2011

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