mercredi, 05 janvier 2011

La commune à l'ère de « l'urbain généralisé »

La peur des villes, toujours ?

Depuis 2008, la majorité de la population humaine de la planète vit dans les villes. Et sur ces trois milliards et demi d'urbains, un tiers vivent dans des bidonvilles, des taudis ou dans la rue. Nous sommes donc entrés, mondialement, dans ce qu'Olivier Mongin appelle l'«ère de l'urbain généralisé », un « urbain» dans lequel la ville se dissout dans le périurbain, le suburbain, le rurbain, les espaces privatisés. Ni la Suisse, ni Genève n'échappent à cette dilution de la cité dans ce qui, au bout du compte, la nie : un étalement chaotique dans un espace sans prolongement politique (entre la commune, le canton, l'Etat-nation ou la Confédération, les unions continentales, il n'y a aucune place spécifique pour ce que devient la ville. L'espace urbain n'est plus un espace politique. Il n'est même plus un espace social, au sens d'un espace de commune expérience, partagée entre toutes celles et tous ceux qui y vivent. Et pourtant, la ville politique continue de faire peur... même à Genève...


Citoyens sans Cité ?

La ville fait peur à l'Etat : non, on ne vous parle pas de Genève. Ou pas seulement. Et pas des élections municipales. Ou pas vraiment. Mais il se trouve qu'une bonne part des efforts politiques des régions (en Suisse, des cantons), des Etats, des regroupements continentaux, est affectée à contenir non les villes, mais le pouvoir qu'elles pourraient acquérir, alors même que l'espace de ce pouvoir se dissout dans des réseaux sans territoires. Historiquement, la ville a été le lieu de toutes les émancipations : politiques, culturelles, sociales, amoureuses même. Sa dissolution dans l' « urbain généralisé » dissout cette possibilité libératrice -et ce dont il s'agit aujourd'hui, ce qui devrait nous requérir avec une urgence que nous peinons à admettre, c'est de recréer un espace urbain qui soit à nouveau libérateur, à partir des villes dont nous héritons, et à partir des espaces institutionnels et politiques qui leur correspondent le mieux, ou plutôt le moins mal (puisqu'aucun de ceux existant ne leur correspondent plus). La ville traditionnelle, la ville avec un centre et une périphérie, un intra muros et des banlieues, la ville avec ses limites, autrefois ses murailles et ses portes, fait place à un réseau urbain ? Ce réseau, ce rhizome pour parler comme Deleuze, peut être une chance, précisément parce qu'il est horizontal, que son centre est partout et sa périphérie nulle part, quand les Etats et leurs regroupements continentaux sont verticaux, hiérarchiques, et sans véritable culture urbaine -soit parce que les villes, dans la tradition italienne, se passèrent longtemps d'eux, soit parce qu'eux, dans la tradition française, écrasèrent politiquement les villes. La renaissance politique des villes, serait enfin la renaissance d'une résistance à ce qui aujourd'hui pousse à leur dissolution : la privatisation de l'espace public par la prolifération des zones commerciales, des autoroutes, des parkings, de l'habitat en lotissements privatifs... et l'illusion de pouvoir échapper à la ville, et à l'insécurité que, par nature, elle abrite, en se réfugiant dans une ville plus petite, un village, une zone résidentielle.  « L'urbain, ce n'est pas la protection, c'est l'expositition », résume Olivier Mongin. L'exposition au risque, évidemment, mais aussi l'exposition à la liberté. Or pour que cette liberté soit vivable, pour qu'elle soit celle de tous et pas seulement de ceux qui ont les moyens d'en assumer, physioquement ou financièrement, les risques, c'est bien une nouvelle citoyenneté urbaine que nous avons à inventer avec des hommes et des femmes qui vivent à un endroit, travaillent ailleurs, se délassent encore ailleurs, mais ne sont citoyennes et citoyens que de là où ils habitent, et qui n'est plus une cité. Réinventer la citoyenneté, c'est remettre en cause des évidences, comme la propriété privée du sol ; tenter de susciter les conditions qui font qu'un aménagement urbain « prend », et que ses habitants se l'approprient; rompre avec la gestion technocratique de l'urbanisme... autant de tâches politiques auxquelles devraient s'atteler celles et ceux à qui ces tâches ont été confiées. Au lieu de quoi...

11:55 Publié dans urbanisme | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : ville, genève, politique | |  Facebook | | | |

Commentaires

"La ville fait peur à l'Etat : non, on ne vous parle pas de Genève. "

Mais si, mais si ... il y a trop de gauchistes en ville de Genève !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | mercredi, 05 janvier 2011

Au lieu de quoi ... les politiques, à la place de chercher à développer la ville, en harmonie avec ses habitants actuels, cherche prioritairement à attirer des entreprises, pas spécialement reconnue pour leur éthique irréprochable, et tombent des nues lorsque des problèmes de logement et de transport apparaissent ensuite.

Oh ! Mais je rêve, Victor ! Salut Victor ! Je t'ai trouvé un copain : http://leblogdjetliberte.blog.tdg.ch

Écrit par : Dji | jeudi, 06 janvier 2011

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