Financement de la politique culturelle genevoise :La Ville raque, le canton glande

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Aujourd'hui, une semaine après celui de la Commune, le parlement de la République se plonge dans les délices de l'examen du budget. Il y passera sans doute moins de temps, même si l'extrême-droite menace de parasiter le débat en s'accrochant au micro et en multipliant les amendements (comme le fit d'ailleurs la droite traditionnelle municipale, en sachant pertinemment l'inutilité de l'exercice puisqu'il était établi que le budget de la Municipalité de gauche serait voté par la majorité de gauche...). La préparation du projet de budget cantonal, en commission, a été marquée par une offensive de la droite, refusant, dans au moins trois domaines sensibles et prioritaires (l'hôpital, la mobilité et la culture) les modestes efforts supplémentaires proposés par le gouvernement. S'agissant de la culture, ce refus initial de la droite d'accorder deux misérables millions de plus (dont 900'000 francs afin de créer la Fondation romande pour le cinéma) illustre on ne peut mieux, et on ne peut plus clairement, la vacuité, ou l'hypocrisie, ou les deux à la fois, du discours tenu par la droite sur la nécessité d'un « plus fort engagement du canton », aux côtés de la Ville. Ou face à elle. Qui a encore accru son effort budgétaire en faveur de la culture, quand le canton mégote sur le sien.

Faire passer le budget. Et trépasser les ambitions culturelles ?

A ce qu'il semble, un accord a été trouvé entre partis  «gouvernementaux» (hors l'extrême-droite, il n'y a d'ailleurs plus que cela au Grand Conseil, dès lors que ni les socialistes ni, et encore moins, les Verts n'arrivent à se concevoir comme partis d'opposition, puisqu'ils sont supposés être représentés au Conseil d'Etat) pour «faire passer» le budget au parlement. On remarquera au passage l'étrangeté de l'expression, dont on se souviendra qu'elle résumait la fonction des « faiseuses d'ange » au temps, pas si ancien (et que d'aucuns regrettent), où l'avortement était un crime. Bref, libéraux, radicaux, démo-chrétiens, socialistes et Verts pourraient, demain, s'être mis d'accord sur la récupération en plénières d'allocations budgétaires rabotées en commission : quatre millions de plus pour l'hôpital cantonal, entre cinq et six postes de plus pour la Direction générale de la mobilité, et deux millions de plus pour la culture... deux petits, tout petits millions. Une paille, qui contraste avec la poutre des ambitions de l'avant.-projet de loi sur la culture, qui propose que le 1 % du budget cantonal soit affecté au renforcement de la présence et de l'action de la République dans un champ où jusqu'à présent il lui a fort convenu de laisser s'ébrouer la Commune. Car si Genève, au sens le plus restrictif, c'est 46 espaces institutionnels : 45 communes, et le canton, sur le terrain de la politique culturelle, de ces 46 acteurs, 35 sont absents, 10 sont présents (dont le canton), un est omniprésent (la Ville). Le cadre légal, et constitutionnel, de la politique culturel devrait permettre de rompre ce face-à -face de la Ville et du canton,  face à face d'ailleurs marqué par l'extraordinaire inégalité des moyens consacrés à  la culture : la Ville y consacre le cinquième de son budget, soit 230 millions (en gros), le canton un demi-pourcent du sien, soit environ 30 millions (si l'on ne tient pas compte des écoles d'art). Les bonnes intentions et les belles proclamations d'un projet de loi sont une chose. Par quoi elles se traduisent en est une autre. Le projet de loi est plein de promesses -il reste à  les tenir. On ne se contentera donc pas d'un simple transfert de moyens d'un budget municipal à  un budget cantonal. On attend des actes, qui ne soient pas des ukazes - des actes qui élargissent le champ culturel plutôt que l'administrer d'« en haut ». Ces actes ne viennent pas, et rien, aujourd'hui, n'indique qu'ils vont venir, sauf à considérer comme une grande victoire le rétablissement de deux modestes, humbles, misérables, millions de dépenses culturelles cantonales supplémentaires. S'en contenter serait se contenter de bien peu. Mais au moins ce misérabilisme fixe-t-il l'étiage de la cohérence politique de la droite cantonale. Et de la combattivité de la gauche. Il est vrai qu'au parlement, il n'en est plus que « gouvernementale  ». Mais dans un gouvernement de droite.

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