La Ville a un budget ? Le Conseil d'Etat a un problème...

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Dans l'attente du rôt du Bailli

Après s'être offert le plaisir, légèrement pervers avant que de tourner lourdement en farce, d'un bon samedi de gesticulations sécuritaires, le Conseil Municipal de la Ville a finalement voté le budget de la Municipalité. Et l'a voté en respectant la logique de sa configuration politique, chacun jouant son rôle, la gauche donnant à la Municipalité de gauche les moyens de mener une politique de gauche, la droite les lui refusant, et refusant même tout moyen financier à ses propres propositions, ce qui réduit celles-ci à une vaine gesticulation.  Une brève escapade dans le psychodrame, suivie d'une bonne thérapie de groupe, et tout est rentré dans l'ordre, que demande le peuple ? Sans doute, des Conseillers municipaux qui fassent le travail pour lequel ils ont été élus (ou ont remplacé ceux qui avaient été élus et ont démissionné), et pour lequel ils ont été convoqués en séances trois jours durant. Et maintenant ? Maintenant, on attend le rôt du Bailli, qui menace d'invalider le budget municipal, parce qu'il maintient une ligne de dix millions pour l'aide aux rentiers AVS, aide que le Bailli a en travers de la gorge parce qu'elle révèle l'insuffisance de sa propre politique sociale.

Le cadeau de Noël municipal du Bailli cantonal : un bon gros débat politique gauche-droite

La Ville a un budget.  Il est équilibré (en fait, légèrement bénéficiaire), il créée des postes nouveaux (dont 25 postes de policiers municipaux, dont la droite a refusé le financement en refusant le budget), il assure les prestations municipales, y compris celles dont bénéficie l'ensemble de la population du canton, il maintien des aides personnalisées aux rentiers AVS et AI bénéficiant de l'aide complémentaire cantonale, il intègre dans la fonction publique cantonale une soixantaine d'employés de la Fondation du GrandThéâtre... Certes, le canton a menacé de ne pas le valider, ou d'en invalider la ligne qui lui déplaît (celle de l'aide sociale personnalisée, dont l'existence même met en évidence l'insuffisance des aides accordées par le canton lui-même, et par les municipalités de droite, pas mécontentes que le mauvais exemple donné par la Ville puisse être sanctionné), mais au fond peu importe : l'essentiel est que la Municipalité de Genève, au contraire de la plupart des autres municipalités du canton,  se soit dotée, maégré la droite, des moyens de faire ce qui la justifie et la légitime. Au passage, et moment où il nous présente le dernier budget qu'il assume en tant que Conseiller administratif, nous pouvons ainsi être assez fiers des douze ans de mandat de Manuel Tornare, et de son bilan - celui ou celle qui lui succédera aura une tâche bien difficile : faire aussi bien que lui le travail qui est celui d'un magistrat communal, le travail de concrétiser, sur le terrain, là où les gens en ont besoin, les tâches qui sont celles d'une commune, les décisions de ses élus, et le programme de sa majorité politique. Car c'est  bien là que se joue la légitimité, non seulement d'un magistrat, d'un exécutif, d'un Conseil municipal, mais celle de la Commune elle-même. La Commune ne produit pas de lois, elle assure des services, elle garantit, concrètement,  des droits, elle donne des moyens. Pour une majorité de gauche, elle est ce que les pères fondateurs et les mères fondatrices de nos courants politiques leur donnaient comme ambition : « passer du gouvernement des hommes à l'administration des choses ». Nous administrons les choses, nous les répartissons, nous les distribuons, et ce faisant, nous faisons notre travail -et quand le bailli cantonal menace de ne pas ratifier notre budget, parce que nous avons le culot d'affecter les ressources nécessaires à ce travail, ce bailli cantonal reconnaît à la fois que lui ne fait pas son boulot, que nous, nous faisons le nôtre, et qu'à Genève, en 2011, c'est toute la différence entre une Municipalité de gauche et un gouvernement et un parlement cantonaux de droite. Nous fera-t-il le cadeau de Noël, en invalidant le budget de la Ville (ou la ligne budgétaire finançant l'aide aux rentiers AVS), de pouvoir l'expliquer,. l'illustrer et l'asséner pendant la campagne électorale ?

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