lundi, 29 novembre 2010

Acceptation de l'initiative udéciste sur le renvoi des « criminels étrangers » : Vive le Röstigraben !

Vive le Röstigraben !

En liant immigration et criminalité, l'UDC a donc réussi à faire accepter une initiative absurde et inapplicable, contre la Romandie (à un comédon valaisan près) et contre les villes (y compris les villes alémaniques), en s'appuyant sur des parcs à bourges où le taux de criminalité doit atteindre à peu près le taux de chômage du Vatican, et sur des arrière-pays rupestres où le dernier étranger vivant a été brûlé vif pendant la guerre du Sonderbund, et où les manifestations les plus courante de criminalité doivent être la sodomisation du cheptel ovin par des valets de ferme bourrés. Quant aux pleurnicheries de la droite radelibe et pédécé sur le sort de son contre-projet à l'initiative udéciste, on se contentera de répliquer que si elle avait consacré à soutenir son texte des moyens comparables à ceux qu'elle a investi pour combattre la modeste et prudente initiative fiscale socialiste, ce contre-projet aurait passé la rampe -ce qui n'aurait d'ailleurs pas été une bonne nouvelle puisque le contre-projet, calibré pour pouvoir être appliqué, était plus dangereux qu'une l'initiative qui finira, si l'on s'en donne les moyens, dans un congélateur constitutionnel avec d'autres étrons du même genre. La défaite du contre-projet est enfin d'autant plus réjouissante qu'elle est aussi celle de l'aile droite du PS et de ses notables alémaniques, qui appelaient à soutenir pour des raisons tactiques, opportunistes et électoralistes un texte aussi navrant que leurs calculs politiques.


moutonoirsvastika.jpgLa Suisse, ou comment s'en débarrasser ?

En s'étant endormi à Genève samedi, on ne s'est pas réveillé à Vichy dimanche, mais tout de même dans un pays qui nous est étranger : celui que chantait Brassens -le pays des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part ». Ce pays, c'est la Suisse : A la question posée par le Sonntagsblick : trouvez-vous qu'il y a trop d'étrangers en Suisse ? 50 % des Alémaniques, mais seulement 20 % des Romands répondaient « oui » la semaine dernière. Le résultat du scrutin sur l'initiative udéciste confirme, sans l'expliquer, ce fossé, entre une Alémanie « dans un état d'exacerbation permanente face aux étrangers », comme l'observe Le Temps, et une Romandie où, sans être absente (le MCG est là pour le prouver de la manière la plus absurde à Genève), la xénophobie est moins exubérante, sans doute moins massive, peut-être contrainte par la pregnance d'un «modèle républicain» à la française, fondé sur la nationalité politique et non « ethnique », autrement dit sur le droit du sol (est des nôtres celui qui est né chez nous) et non sur le droit du sang (est des nôtres celui dont les parents étaient déjà des nôtres). Cela dit, même en Alémanie (et au Tessin), la xénophobie est sélective par l'argent (on vote contre les «criminels étrangers», mais pas contre les étrangers riches, même criminels) et par l'économie (lorsque les intérêts de l' «économie» sont en jeu, et que le patronat et la droite se donnent les moyens de le faire savoir, l'UDC remballe sa xénophobie et se range du côté des grandes entreprises et des banques. Nous sommes aujourd'hui dans la situation que décrivait Gramsci : « L'ancien se meurt, le nouveau ne parvient pas à voir le jour, dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Et Hegel, plus d'un siècle avant : « La frivolité et l'ennui qui envahissent ce qui subsiste encore, le pressentiment vague d'un inconnu, sont les signes annonciateurs de quelque chose d'autre, qui est en marche ». Quelque chose d'autre, mais quoi ? Le retour au passé étant impossible, et plus impossible encore le retour à ce passé mythifié qui n'a d'existence que par l'usage politique qu'on en fait pour bercer d'illusions ceux que l'avenir terrorise, on pourrait se contenter de saluer d'un haussement d'épaule apitoyé le vote à la fois sécuritaire et xénophobe -mais surtout xénophobe- de ce dimanche helvétique, se consoler avec les votes romands et genevois, et se dire qu'après avoir scandé pendant 40 ans « Les frontières, on s'en fout », il y en a désormais une au moins, qui ressemble furieusement à un cordon sanitaire, qu'il nous importe désormais de défendre : ce Röstigraben qui ne sépare pas seulement la Romandie de l'Alémanie, mais aussi la Suisse des villes de la Suisse des alpages et des zones pavillonnaires, la Suisse réelle d'une Suisse confite dans ses mythes consolateurs et son tribalisme paranoïaque, une Suisse parasitaire sous perfusion sociale, économique et culturelle.

13:15 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : politique, röstigraben, udc, xénophobie | |  Facebook | | | |

Commentaires

Savez vous qu'a Genève certaines communes ont accepté l'initiative ?

Meyrin, Onex et Vernier ! Des communes populaires a fort taux d'étrangers, parallèlement des commune dites 'bourgeoises' ont elles accepté le contreprojet.

Ce qui est intéressante, c'est que Vernier, Onex et Meyrin ont aussi largement accepté l'initiative pour des impôts équitables.

Ma conclusion est que ces communes suburbaines et populaires sont fondamentalement a gauche mais ont été lâché par la gauche concernant leur problèmes quotidiens de criminalité et de 'multiculturalisme'.

Jetez un œil sur www.geneve.ch pour le résultat par commune et ayez l'amabilité (malgré ce gout amère de défaite qui doit vous donner mauvaise haleine) de nous faire part de vos conclusions de façon un peu plus différentiée que de tenter de monter les romands contre les alémaniques !

PS: J'aime beaucoup votre commentaire sur la Suisse parasitaire sous perfusion sociale, impayable !

Écrit par : Eastwood | lundi, 29 novembre 2010

Je ne sais pas si les suisses sont xénophobes ou pas, mais leur histoire me fait pencher vers le oui! Déjà, ceux qui parlent la même langue ne se supportaient pas entre eux, ensuite ceux-ci contre ceux qui parlent "l'autre langue", s'y est greffé la religion : cathos contre protestants, et les derniers contre les premiers. Ensuite vint le problème avec les juifs, qu'on a accusé de tous les maux de la terre, suivi de celui des italiens et des portugais qui n'avaient pas la même culture, et enfin mais pas la fin, le problèmes des arabes qui veulent islamiser toute l'Europe, les kossovar qui violent à tour de bras, les noirs qui dealent du bébé jusqu'au grand-père, à tous les coins de rues, etc...

En tous cas si ce n'est pas de la xénophobie, ça y ressemble vachement! Je peux les comprendre s'il n'y avait pas stigmatisations et mensonges sur les faits concernant les étrangers. Leurs craintes ne sont pas rationnelles et l'UDC y est pour beaucoup. Ils connaissent parfaitement la mentalité compagnarde d'une bonne partie du peuple et savent parfaitement la stimuler toujours d'avantage et la maintenir dans cette angoisse collective qui fait leurs choux gras! Sinon, à quoi serviraient la politique et les politiciens?

Écrit par : bright | lundi, 29 novembre 2010

Lire Marcel Gauchet sur le populisme du peuple "de gauche y compris"
Eastwood a complétement raison. Ces votations sont une sorte de thérapie de groupe à l'échelle d'un pays une fois dégrisé le peuple peut parfaitement barrer la route à un UDC candidat à un exécutif comme à Saint -Gall sauf erreur.

Écrit par : briand | lundi, 29 novembre 2010

Les tests grandeur nature à répétition que l'apprenti-sorcier UDC provoque au plan national dans les urnes suisses, vont contribuer à renforcer le cassure entre Suisse romande et alémanique, cette dernière et suivant sa sensibilité distincte, risquant de devenir à la longue une "Flandre suisse (Vlaams Belang)" appelée à se séparer un jour de sa "Wallonie molle".

Au diapason annoncé d'une "certaine" Europe se voulant frénétiquement identitaire, la Suisse risque paradoxalement d'imploser un jour ou l'autre ... donnant raison à Kadhafi (ce qu'à Dieu ne plaise)

Écrit par : Santo Cappon | lundi, 29 novembre 2010

... avec, comme du côté de la "Wallonie molle" s'accrochant à la Belgique par peur du large (ou par peur de la France), la même pusillanimité d'une "Romandie molle" ne se résignant pas à mettre fin à la fiction suisse...

Écrit par : Pascal Holenwegp | lundi, 29 novembre 2010

Les masques tombent, ça fait longtemps que j'ai acquis la conviction que la gauche cherche simplement a désintégrer la Suisse et effacer toutes traces d'identité Suisse. Aujourd'hui PH le prononce clairement.

Écrit par : Eastwood | mardi, 30 novembre 2010

En ce qui me concerne je tiens à remercier l’UDC et ceux qui ont votés pour leur initiative :
1. Un grand nombre d’étrangers par le passeport vont faire le pas de devenir Suisse.
2. Fini l’injustice, il n’y a plus des bons et des mauvais étrangers nous sommes tous à la même enseigne maintenant.
Encore merci à eux !

Écrit par : paolo | mardi, 30 novembre 2010

Vous m'inquiétez : n'ayant jamais cessé de le dire clairement, je m'interroge sur le temps qu'il vous a fallu pour le comprendre... cela dit, pour désintégrer la Suisse, il y a bien plus fort que nous : l'ÛDC...

Écrit par : Pascal Holenwegp | mardi, 30 novembre 2010

Les imbéciles heureux sont les gens comme vous qui au lieu d'essayer de comprendre ce vote insultent tout un pays et sa population. Vous ne valez pas mieux que les adeptes de l'UDC.

Écrit par : ardisson | samedi, 04 décembre 2010

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