vendredi, 26 novembre 2010

Samedi, Journée sans achat : ne plus acheter, pour ne plus se vendre

Elle n'est organisée qu'une fois par an, quand elle mériterait de l'être au moins une fois tous les deux jours : la Journée sans achat, demain samedi, tiendra stand à Genève, place du Molard (de 10 à 17 heures), à la veille d'un scrutin qui verra le bon peuple des consommateurs, dont font d'ailleurs partie les travailleuses et les travailleurs des grands magasins, se prononcer sur le projet du patronat de ce secteur, et de ses chefs de rayons politiques, de prolonger les heures d'ouverture de leurs souks, sous les prétextes les plus divers et, pour certains, les plus fantaisistes. La coïncidence de la votation et de la Journée sans achats est fortuite, mais ce hasard objectif est heureux  -il permet de poser publiquement la question qui fâche, au moment où la frénésie consumériste de la fin de l'année expose ses premiers symptômes : la qualité d'une vie se mesure-t-elle à la quantité des biens qu'on la passe à accumuler, ou à la qualité des liens qu'on se donne le temps de tisser, hors de toute incitation marchande ?


Je consomme, donc je suis ?

Proclamer une journée sans achats l'un des derniers jours du mois serait enfoncer une porte ouverte (ou un porte-monnaie vide), si ce mois n'était pas déjà enfariné des putasseries commerciales d'avant noël,  et si cette journée ne se tenait à la veille de la décision de prolonger encore d'une heure le temps d'ouverture des magasins, comme si l'allongement du temps de la consommation allait augmenter les possibilités matérielles de consommer. Mais nous sommes en un temps où l'économie croît moins que l'économisme; cette croissance là, cancéreuse et totalitaire, est celle de la mesure de toute légitimité politique par ses résultats économiques, de toute justice sociale par l'équilibre de ses comptes, de toute création culturelle par sa cote mercantile. La marchandise atteste désormais le consommateur : l'objet (ou le service) marchand comme signe d'appartenance est plus qu'un objet ou un service : il est à la fois la matérialisation et l'essence du lien social -il est devenu ce lien social. « Pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle », nous conseillait Jean-Jacques, dans L'Emile. On en a fait, du chemin, depuis le Promeneur solitaire -mais on l'a fait à rebours : Aujourd'hui, il faut être ce que l'on veut que vous soyez, et pour cela il faut acheter ce qu'on vous dit d'acheter, Nous en sommes bien arrivés à ce stade de mercantilisme généralisé où la vie privée est privée de vie et où il n'est plus qu'un moyen de se délivrer de la marchandise : la détruire -la détruire en tant que marchandise, c'est-à-dire détruire sa valeur d'échange. Refuser de l'acheter, ou la détruire pour s'en rendre maître. C'est la pratique de la consumation contre la consommation, ou celle du refus de consommer plus qu'il est nécessaire, qui pourraient y pourvoir et ce sont, tout de suite, les « journées sans achat » qui en manifestent le désir. Nous rêvons certes encore d'un gigantesque autodafé de tout ce qui symbolise et manifeste, par le désir de posséder une marchandise, l'adhésion absolue aux normes sociales de comportement, mais en attendant nous prenons patience par ces petits gestes de refus de l'aliénation consumériste que sont les «Journées sans achat ». Petits gestes qui tombent au bon moment : celui de l'ouverture du grand souk de fin d'année. Celui où se manifeste le plus clairement, sous le clinquant des illuminations des rues, ce à quoi nous réduit ce à quoi nous devrions nous résigner : la dictature de la consommation, le totalitarisme de la marchandise.

16:03 Publié dans Commerce | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : décroissance, consommation | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vous parlez de dictature de la consommation, mais aujourd'hui je ne peux m'empêcher de rire de l'énorme déni de libre arbitre sous-entendu dans votre article. Parce que pour dicter des normes comportementales, vous n'êtes pas en reste.

Ceci dit, demain je ferai comme vous: Pas d'achats ! Sauf que je ne prétend pas que c'est un acte militant, c'est simplement parce que le frigo est déjà plein (la cave aussi). Si ce n'était pas le cas, croyez bien que je ne jeunerais pas pour me faire socialement accepter par mon voisin gaucho et mon fondre l'estomac vide dans la foule des moutons suiveurs de mots d'ordres.

Écrit par : Eastwood | vendredi, 26 novembre 2010

Oui, sans achats superfus, mais il faut tout de même s'approvisionner en nourriture. Je trouve assez rigolo votre intervention...

Écrit par : Chappuis Jean-François | samedi, 27 novembre 2010

Oui, sans achats superfus, mais il faut tout de même s'approvisionner en nourriture. Je trouve assez rigolo votre intervention...

Écrit par : Chappuis Jean-François | samedi, 27 novembre 2010

Je ne comprends pas pourquoi vous vous permettez de nous donner des ordres, j'ai l'impression à vous écouter d'être au pays de Staline. C'est sidérant. Monsieur, vous ne connaissez rien de l'économie, vous êtes mal renseigné. Noël reste une fête familiale, nous avons la joie de nous retrouver devant un bon repas. Nous nous offrons des cadeaux utiles, qui font plaisir. Cela permets aussi aux commerçants de faire un chiffre d'affaire, nous devons les encourager, car sans économie, il n'y a pas de social. Samedi, j'irai remplir mon frigo avec beaucoup de plaisir et en plus je pourrai découvrir les lumières de la ville ce qui me permettra de m'en mettre plein la tête et d'oublier un moment les difficultés que traverse notre planète. Ah! j'oubliais, si vous avez lu les derniers chiffres de notre économie en suisse, nous repartons dans le bons sens et cela permettra aux gens de trouver des emplois.

Écrit par : rose des sables | vendredi, 10 décembre 2010

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