lundi, 08 novembre 2010

La gauche prend-ellle trop de gants avec ses adversaires ?

Marre d'être gentils !

C'est entendu, : nous sommes le camp du Bien, du Bon, du Juste, celui des paisibles, des gentils (sans majuscule, on n'est plus au temps paulinien de la conversion des païens au christianisme, mais au temps de la conversion des égarés dans la xénophobie aux vertus de la fraternité humaine). Or dans le débat présent sur l'initiative udéciste et le contre-projet bourgeois pour le renvoi des « criminels étrangers », cette posture irénique nous désarme, et il serait peut-être temps de cesser de nous complaire dans le rôle des gentils qui essaient de convertir les méchants à leur gentillesse. Temps de ne plus négocier ni nos discours, ni nos pratiques. Temps de parler haut. Temps de redevenir méchants. Temps de traiter nos adversaires comme des adversaires, et pour certains des ennemis, et non comme de pauvres âmes égarées qu'il nous incomberait de ramener, par des fleurs ou des discours, dans le droit chemin.



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Il nous faudra peut-être, pour être entendus -à supposer que nous souhaitions l'être d'autres que de nous-même- parler plus fort qu'il ne faudrait, et peut-être plus violemment -exprimer une pensée plus simplifiée que celle qui nous vient. Le murmure ambigu par lequel se dit le mieux l'état du monde, le projet de le changer et le contenu de ce changement, reste aujourd'hui inaudible, submergé par le bruit de la connerie marchande, s'il n'est introduit par le fracas d'un discours d'autant plus péremptoire que sa clarté sera faite du refus de l'apparente tolérance pluraliste du champ médiatique -tolérance apparente, puisque derrière cette polyphonie on retrouve toujours la même vieille ligne mélodique, monodique, qui fait office de critère de sélection de ce qui méritera d'être relaté, diffusé, et de ce qu'il conviendra de taire et de celer. Ce mouvement ne déplace aucune ligne, et surtout pas celle qui sépare les dominants des dominés, les compétents des exécutants, le pouvoir de ceux sur qui il s'exerce. Qu'on ne nous reproche pas d'être péremptoires : nous ne le sommes que pour pouvoir ne plus l'être une fois franchi le mur du silence qui enterre les pensées du changement. Dans ce monde, il faut d'abord crier, pour pouvoir ensuite parler. Mais s'il faut d'abord crier, il faut aussi, et surtout, rire. Le pouvoir ne s'exerce jamais si bien, c'est-à-dire si lourdement, que sur des gens tristes. La tristesse isole et le pouvoir doit isoler les uns des autres ceux sur qui il s'exerce, précisément pour pouvoir continuer à s'exercer sur eux -ce qui justifiera d'ailleurs leur tristesse. Si les révolutionnaires avaient été moins tristes, sans doute leurs victoires auraient-elles été plus heureuses, ou leurs défaites moins lourdes. L'action politique est chose trop sérieuse pour être laissée à des gens sérieux. Nous devrions donc cesser de l'être, délibérément, et plus encore renoncer à nous prendre au sérieux. Nous devrions faire en sorte qu'en chacun de nos actes le jeu soit non seulement présent, mais déterminant, et que l'humour en soit le langage. Ce que nous avons à faire, nous avons à le faire en riant. De tout. De nous-mêmes, d'abord (et il y a de quoi), de nos adversaires et de nos ennemis, ensuite.

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Commentaires

Ah, Pascal Hollenweg doit être arrivé au numéro de 66 de l'I.S et il adapte,ce Colomb trouve son A mérigo. Après le socialisme, le situationisme, terme déjà dénoncé par l'I.S lors sa dissolution.

Écrit par : Y.Diot | mercredi, 10 novembre 2010

ça me rappelle (1983 ?) des propos déjà entendus au moment où le PSG tentait de faire pencher la balance vers une sortie du conseil fédéral et marquer la rupture avec le légendaire consensus helvétique... nous étions jeunes, alors.

Écrit par : Marie Castelnau | lundi, 22 novembre 2010

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