mardi, 02 novembre 2010

La Genève de Haldas

« Cette petite ville qui porte le monde »

Georges Haldas est décédé dimanche dernier à l'âge de 93 ans. Poète, philosophe, théologien même, à sa manière, il était aussi ce chroniqueur qui, dans  « Boulevard des Philosophes »,  « Chroniques de la rue Saint-Ours » ou  « La légende de Genève », dessinait une Genève dont, peu de temps avant sa mort, et comme pour s'excuser de l'avoir quittée, il disait qu'elle s'engloutissait dans le fric et l'apparence. Une Genève populaire, dont il chantait aussi les vertus et les soubresauts politiques : lorsque fut inaugurée la petite rue Léon Nicole, c'est Georges Haldas, qui, se souvenant des grands meetings socialistes d'avant-guerre où le tribun socialiste remplissait à ras-bords la Salle du Faubourg ou la Salle communale de Plainpalais, et couvrait la Plaine de Plainpalais de manifestants, rappela à qui aurait bien voulu l'oublier ce que fut  « Léon » et le socialisme pour la Genève des travailleurs.




Genève, le communisme, l'aube

Genève ?  « J'y ai découvert le monde et elle est inscrite en moi telle qu'elle était il y a plus d'un demi-siècle. Je l'ai assimilée et les souvenirs de cette période de mon existence surgissent en moi comme s'ils dataient d'hier. Je ne suis pas nostalgique ; d'ailleurs, pourquoi le serais-je puisque cette Genève-là vit dans tout mon être ? C'est ma « ville intime», celle où cette splendide femme, dite de petite vertu, ceinte dans une robe bleu roi, avait rabroué d'un : «Va donc, hé grossiste... ! », un commerçant qui n'avait pu s'empêcher de lui avouer combien il la trouvait à son goût. Cela dit, j'apprécie aussi la Genève d'aujourd'hui, la « ville du dehors », celle qui bouge. » Et qui « bouge contre  » : Georges Haldas fut aussi cet étrange paradoxe, d'un sympathisant communiste qui était aussi un croyant orthodoxe : « Mes affinités pour le communisme datent d'avant le second conflit mondial ; il me semblait alors qu'il était le seul mouvement capable de s'opposer aux prétentions et aux visées expansionnistes d'une droite suisse de plus en plus proche du national-socialisme allemand. Or, si j'ai été, durant des années, un compagnon de route des communistes suisses, je ne me suis jamais inscrit au parti. Les postulats du communisme étaient justes et beaux, mais malheureusement toujours trahis dans leur application. (...) C'est donc à la fois par sympathie pour leur idéal et par réaction à la montée de l'extrême droite que j'ai marché aux côtés des communistes. Aujourd'hui, si je reste proche d'eux, c'est aussi en partie, je l'avoue, pour em... les capitalistes. ». Et puis, Haldas, c'était aussi cet homme de l'aube, entrant dans un café à l'heure où nous en sortions : « (...) Je ne voudrais, pour rien au monde, changer quoi que ce soit à mon genre de vie. Au déroulement de mes journées. Et d'abord à cette heure de l'aube . (...) Oui j'aime cette heure entre toutes. Un état de fraicheur et de concentration ou on dirait que notre être, en ses profondeurs, se rassemble. Et puis, si le jour, au dehors, peu à peu se lève, la conscience, elle aussi, émergeant du chaos en nous, s'éveille. L'homme n'est il pas, à cet égard, une aube permanente ? Mais là ou je veux en venir, c'est que la présence des gars, à leur table, silencieux ou bavardant, lisant le journal ou ressassant en eux mêmes on ne sait quoi de leur vie, leur présence m'est précieuse. (...) la régularité de leur passage, chaque matin, me fait penser à celles des astres. Dont un vieux proverbe espagnol dits qu'ils cheminent doucement certes, mais sans jamais s'arrêter. Il y a quelque chose de cosmique en ce rythme journalier. Qui est le mien aussi. Et c'est ça, je le sens, la croissance organique, le travail, la fécondité. » (« L'émotion du matin », in Murmure de la source : Chroniques)

14:20 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : haldas, littérature | |  Facebook | | | |

Commentaires

Oui, François de Sales disait aussi que le soir, il fallait se coucher assez tôt pour que le matin, on puisse entendre le premier chant des oiseaux. Mais dans une ville moderne, c'est remplacé par ce dont parle ici Haldas.

Écrit par : RM | mardi, 02 novembre 2010

... se coucher assez tôt, ou se coucher assez tard...

Écrit par : Pascal Holenwegp | mardi, 02 novembre 2010

Pas très vraisemblable... Même quand on veut changer la vie, on doit quand même être informé que quand on ne suit pas le rythme naturel des jours et des nuits, on a plus de chance de tomber malade. L'écologie a du bon: elle évite l'idée que l'être humain peut à volonté fabriquer des mondes nouveaux, de but en blanc.

Écrit par : RM | mardi, 02 novembre 2010

Bah, cela doit faire quarante ans que je me couche à l'aurore pour me lever à midi...

Écrit par : Pascal Holenwegp | mardi, 02 novembre 2010

Vous êtes un athlète, un surhomme.

Écrit par : RM | mercredi, 03 novembre 2010

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