mercredi, 27 octobre 2010

Extension des heures d'ouverture des (grands) magasins : Inutile, exploiteuse, gaspilleuse

Le 28 novembre prochain, le sort de la loi sur les heures d'ouverture des magasins (LHOM) sera scellé : la gauche et les syndicats ont lancé et fait aboutir un référendum contre les modifications apportées à la loi par le patronat et ses commis-voyageurs politiques, modifications devant permettre une extension des heures d'ouverture des magasins. Disons plutôt, clairement, des grands magasins et des centres commerciaux. Le patronat affirme que cette extension est  « vitale » pour le secteur  et qu'elle répond à « un besoin exprimé par la population ». Foutaise : les commerces genevois peuvent déjà ouvrir 67 heures et demie six jours sur sept par semaine, et les épiceries, les dépanneurs et les marchés ouverts le dimanche suffisent amplement pour le reste du temps. Bref : la  « libéralisation » des heures d'ouverture des  magasins n'a pas d'autre sens que celui de permettre aux plus gros d'entre eux de surexploiter leur personnel.


Leurs majestés des mouches

Le secteur du commerce de détail emploie plus de 18'000 personnes à Genève, dans plus de 3000 établissements. 92 % de ces établissements emploient moins de dix personnes, et plus du tiers de l'ensemble des personnes employées dans le secteur le sont dans 13 entreprises. A elle seule, la Migros employait en 2008 plus de 20 % de l'ensemble du personnel d'un secteur travaillé par deux processus parallèles : la  « rationalisation » de l'organisation du travail (sur le dos des travailleurs) et la concentration du marché entre quelques grands groupes et chaînes au détriment des petits commerces indépendants. Entre 2003 et 2006, le chiffre d'affaire du secteur a progressé de 5 % au plan national, dans le même temps où l'emploi diminuait de 6 %. A Genève, de 1985 à 2005, le secteur a perdu 30 % de ses emplois (de plus de 17'000 à un peu plus de 12'000), dans le même temps où la proportion d'emplois à temps partiels (occupés à 80 % par des femmes) augmentait elle aussi de 30 %, pour dépasser le tiers de tous les emplois du secteur. Est-il indispensable de préciser que ces temps partiels sont loin d'être tous choisis, et qu'une vendeuse peut même avoir un contrat de travail pour huit heures par semaine mais en faire huit fois plus ? Résultat : la productivité horaire du travail d'une vendeuse suisse atteint le double de celle de sa collègue européenne, avec des records chez les grands distributeurs, et le Crédit Suisse, satisfait, se félicite qu'en trente ans, dans le secteur du commerce de détail alimentaire, le nombre de postes de travail ait diminué de moitié pendant que les surfaces moyennes de vente doublaient...   Face à cette incitation permanente  à  « perdre sa vie à la dépenser » en consommant, le refus de l'extension des heures d'ouverture des lieux de consommation manifeste moins une volonté de maintenir une contrainte existante que celle d'exprimer un projet libérateur, répondant aux désirs, et au droit, d'autonomie, d'épanouissement, de créativité individuels, qui ne veulent ni se dissoudre dans le consumérisme, ni être la cause d'un surcroît de travail et d'exploitation du travail du personnel d'un secteur (le commerce de détail) qui ne brille ni par la qualité des conditions de ce travail, ni par l'élévation des salaires qui y sont versés, ni par le respect des droits syndicaux, mais entend en revanche briller, pour rien, par les lumières allumées dans des centres commerciaux déserts, en attendant vainement que les mouches consuméristes s'y agglutinent.

15:45 Publié dans Commerce | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : genève, consommation | |  Facebook | | | |

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