Mobilisation pour la diversité culturelle nocturne : C'est parti comme en '14

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Ce week-end, plus de 3000 personnes ont manifesté nuitemment dans notre bonne ville, pour leur « droit à la fête ». Un droit qui, comme l'a rappelé l'Usine, ne se quémande pas, mais se prend. Reste à savoir où il peut se prendre. Les lieux où se déployait, la nuit, l'offre culturelle non marchande, sont tombés les uns après les autres, sous les coups des propriétaires, de la Justice, de la police, de la majorité politique cantonale, et on se retrouve dans l'Usine comme dans un bastion, autour de l'Usine comme des poilus dans leurs tranchées, attendant le prochain assaut, prêts à le repousser. L'Usine aujourd'hui ? C'est Verdun (mais sans Pétain)... Assiégée à la fois par un public en surnombre qui n'a plus ailleurs où aller et, récuremment, par des forces politiques qui veulent faire tomber ce bastion après avoir fait tomber ses avant-postes.

Bonnes nuits les petits

L'Usine en a marre : l'ultime bastion de la culture alternative à Genève fait les frais de la fermeture de tous les autres, sature (2000 personnes par week-end) et devient le bouc émissaire de tous les problèmes du quartier de la Coulouvrenière. La fermeture des espaces alternatifs en Ville (bien plus que celle du Moa, dont ont relèvera tout de même qu'elle a au moins eu l'utilité d'un détonateur)  pousse celles et ceux qui les fréquentaient vers le dernier bastion de l'expression culturelle dont ils étaient l'espace. Du coup : plus de bruit, plus de trafic, plus de nuisances aux Volontaires et autour. Quasiment tous les soirs, l'Usine doit refuser du monde, d'où frustration, agressivité, concentration de public sur la place, avec ce que toute concentration de ce genre provoque comme nuisances, trimballe comme risques de dérapages et suscite comme envies de récupérations politiques.  « Le droit à la fête ne se demande pas, il se prend », proclame l'Usine. Il en va d'ailleurs ainsi de tous les droits, à commencer par ceux que l'on s'est accordé à définir comme fondamentaux, et qui furent tous pris avant que le droit eût été donné de les prendre. Cependant, si les droits ne se quémandent pas mais se prennent, il peuvent aussi se perdre, quand on ne prend garde aux menaces qui, constamment, pèsent sur eux. Le « droit à la fête » nocturne, et non marchande, que les manifestants de ce week-end proclament, les « espaces  alternatifs » disparus en étaient précisément les lieux. Ces espaces sont tombés, les uns après les autres, faute d'un soutien politique suffisant. Il importe donc d'en rouvrir, d'en recréer : à Artamis, à la pointe de la Jonction, sous le bois de la Bâtie, dans le quartier de la Gare des Eaux-Vives, peu importe où, pourvu que cela se fasse -et cela peut se faire- rapidement, sans se contraindre à un respect fétichiste de règlements conçus non pour de tels espaces « alternatifs », mais pour les boîtes de nuit. Genève ne manque pas de « lieux de vie nocturne » : il y en a près de 350 en ville, dont 70 dans son centre restreint. Mais combien de ces 350 lieux sont autre chose que des pompes à fric ? Combien proposent autre chose que de la consommation de spectacles formatés, de musiques convenues, d'abreuvements dispendieux -bref, de bling bling pour rejetons d'oligarques post-soviétiques ou de potentats pétrolifères ? L'Usine, certes. Mais l'Usine mise à part ? Des manifestants ce week-end ont dit leur plaisir d'occuper la rue pour faire, gratuitement, la fête. Ils ont dit aussi leur détermination à poursuivre ce combat festif, pour que leurs nuits soient plus belles que les jours que leur font ceux qui règnent sur la ville. Ils ont dit surtout ce qui devrait relever d'une évidence : une ville, une vraie, ça ne dort jamais. Et quand ça s'endort, ça meurt. « Les choses commencent à bouger », estimait un manifestant de samedi cité dans Le Courrier. Acceptons-en l'augure : il serait temps, en effet, que « les choses » bougent.

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