vendredi, 08 octobre 2010

Petite resquille, petite résistance...

Du respect des lois

En revendiquant la légitimité de la resquille comme réponse à l'augmentation des tarifs des transports publics, nous nous sommes vus vertement reprocher d'avoir bafoué un serment prêté de respecter les lois, et de nous prendre pour de grands résistants en n'étant que de petits délinquants. A la forme, ces deux reproches sont justifiés : la resquille est illégale, et si on la pose comme un acte de résistance, c'est bien avec un tout petit  « r ». Mais au fond, c'est tout de même en affirmant par une petite désobéissance quelque chose qui relève du libre-arbitre politique qu'on donne à la loi son vrai sens : celui d'un contrat que l'on peut rompre, parce qu'il n'est pas une loi divine, et en tout cas interpréter, parce qu'on est citoyens et non sujets. Dans  « La désobéissance civile », Henry David Thoreau affirme que  « c'est ici et maintenant (que se manifeste) mon assentiment à ma société ».  « Ici et maintenant », et non une fois pour toute par le respect de la légalité en soi, quelle qu'elle soit. La possibilité de la désobéissance fonde la possibilité même de la démocratie -ce que les constituants français de 1793 -car il y eut, naguère, des constituants capables de rédiger une constitution qui ait de la gueule- résumèrent ainsi, hautement :  « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Or chacun-e d'entre nous est « une portion du peuple ». Il s'ensuit que chacun-e d'entre nous a le droit « sacré », et parfois le devoir « indispensable » de désobéir Entre l'insurrection et la resquille, il y a certes le fossé qui sépare le risque absolu de sa propre vie des tous petits désagréments de la toute petite insoumission, mais il y a aussi la parenté de deux désobéissances, l'une rendant la démocratie possible, l'autre la rendant supportable.


La loi, c'est l'aloi

La gauche démocratique, réformiste, est légaliste depuis un bon siècle, parce qu'elle estime avoir besoin de la loi pour agir. Le raisonnement se tiendrait parfaitement, si cette même gauche légaliste n'était pas empêchée par la loi d'agir sur ce qui importe, à la racine du mal social.  La loi que l'on respecte pour pouvoir disposer des instruments nécessaires à la changer contraint à n'user de ces instruments que dans le cadre qu'elle fixe ; autrement dit, son respect exclut son changement fondamental. De tels changements n'ont d'ailleurs jamais été imposés dans le respect du cadre légal sans que ce cadre ait été auparavant bouleversé par l'usage massif de moyens illégaux, de la grève à l'insurrection -la droite d'aujourd'hui étant elle-même héritière d'émeutiers et d'insurgés du passé. Mais si le respect fétichiste de la légalité « telle qu'elle est » conduit à l'impasse, puisqu'à l'impuissance, son irrespect au nom d'une légalité virtuelle, « telle qu'elle devrait être », pose le problème non moins fondamental de l'arbitraire -et de l'arbitraire du pouvoir autant que celui de ses adversaires. La capacité de violer les règles de droit est en effet aussi inégalement répartie que le pouvoir de les faire respecter, et les possibilités de contourner les prescriptions du droit sont fonction directe du pouvoir accordé par ces lois : les puissants peuvent toujours ignorer la loi plus facilement, et à moindre risque, que les démunis de pouvoir. Les risques de l'illégalisme pour qui s'y livre sont, en démocratie, inversement proportionnels au pouvoir de qui s'y livre. Le « marginal » qui vole une voiture a toutes les chances de se retrouver en prison, surtout s'il est en outre immigrant ; le détenteur de pouvoir politique qui gruge une collectivité aura bien plus de chances d'échapper à toute sanction (grâce par exemple à une amnistie fiscale...), et si même il n'y échappe pas, de subir une détention dans des conditions bien meilleures que celles faites au commun des détenus. Même en prison, il y a un monde entre les loosers et les caïds, entre Manu le gitan et Bernard Tapie -la prison n'étant  qu'une caricature du monde du « dehors », une caricature qui, comme toute caricature, grossit les traits de son modèle, celles du jeu social. Une légalité incapable de s'imposer aux puissants renforce plus probablement les injustices sociales que les moyens de les combattre, et la gauche socialiste se trouve ici dans une impasse : un légalisme intransigeant la prive des moyens de changer les règles du jeu social quand ce changement est sa raison d'être, mais l'illégalisme le plus souvent, et surtout le plus efficacement pratiqué, celui des puissants, renforce le pouvoir de ceux qui profitent de ces règles -et qui sont le plus souvent ceux qui les ont édictées.

16:21 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : lois | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bravo!

Écrit par : Justin | vendredi, 08 octobre 2010

Très juste ^^

Cependant je ne pense pas qu'on puisse classer Manu le gitan dans les loosers ou dans les caïds, il veut se donner une image de Robin des bois, de bandit de grands chemins mais moi qui l'ai rencontré l'année dernière je pense surtout qu'il cherche à faire du spectaculaire pour conter ses histoires.
Il m'a un peu fait penser aux personnages qu'incarne José Garcia dans ses films, il paraît fin fou mais quand il raconte une histoire t'es suspendu à ses lèvres pour en connaître la fin !
Mais enfin, rares sont ceux qui en ont entendu parler, pourtant il en a fait de belles ! ^^

Écrit par : Makaria | samedi, 23 octobre 2010

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