mardi, 28 septembre 2010

Acceptation de la révision de la loi sur le chômage : Le silence des agneaux...

La révision de la loi sur le chômage a été acceptée, par 53,3 %, contre l'opposition de la majorité des votants dans tous les cantons romands, à Bâle, en ville de Berne et au Tessin. Mais elle a surtout été acceptée grâce à une abstention massive: près des deux tiers des citoyennes et des citoyens de ce pays n'avaient apparemment aucun avis sur la question. Et furent donc, « objectivement », de l'avis majoritaire. Dans ces conditions, pour la gauche (élargie à quelques dissidences de droite), réussir à rassembler 46,6 % des suffrages tient à la fois de la défaite honorable, dans un pays où la gauche ne pèse électoralement que le tiers du corps électoral actif, et du constat d'échec : il nous a manqué un peu plus de 120'000 voix pour faire basculer le résultat. Ces 120'000 voix, nous aurions sans doute pu les trouver, là où la campagne du « non » a été la plus faible, la plus inefficace, la moins convaincue et la moins convaincante, mais aussi là où, même avec une campagne active, même en y ayant consacré de gros efforts, beaucoup de temps, et une forte mobilisation militante, nous n'avons pas réussi à faire voter cet « électorat populaire » qui sera le premier à faire les frais des mesures qu'il a, par son abstention, contribué à faire accepter. Politiquement, qui ne dit mot consent aux mots des plus forts.


Abstention, piège à cons !

Ce qui frappe, au-delà de la résurgence du Röstigraben, dans le résultat du vote de dimanche sur la LACI, est que ce vote a laissé de marbre les deux tiers de celles et ceux qui y étaient appelés, et la majorité de ceux qui seront victimes de la décision prise. Le net refus du projet de la droite, tel qu'il s'est exprimé en Romandie, à Bâle et au Tessin, n'a pas pu compenser l'acceptation de ce projet en Alémanie, y compris dans des villes de gauche (comme Zurich) et dans les régions industrielles. Si cette compensation de l'acceptation alémanique par le refus romand n'a pu être faite, il ne s'en est fallu que de quelques points, et d'un peu plus de 120'000 votants. Or l'abstention a été massive dans les quartiers populaires, même dans les cantons qui, comme Genève, ont plus, et mieux, voté que les autres. Nous avons perdu au plan national, non parce que nous n'avons pas réussi à convaincre des partisans de la révision de la LACI de changer de camp, mais parce que nous n'avons pas réussi à convaincre des abstentionnistes dans nos propres quartiers de cocher une case sur un bulletin de vote, de le mettre dans une enveloppe et d'aller déposer l'enveloppe dans la boîte aux lettres le plus proche. L'exercice n'est pourtant pas épuisant, ni bien compromettant, et Pierre-Yves Maillard a parfaitement raison de nous rappeler que plus les gens débattaient de la révision de la LACI, plus le «non» à cette révision montait dans les intentions de vote... Encore faut-il qu'il y ait débat, et donc présence sur le terrain : c'est le seul moyen dont nous disposons pour convaincre des abstentionnistes de faire usage d'un droit, celui de voter, qui n'est rien d'autre que celui d'exister politiquement, et d'être autre chose que l'objet passif ou résigné de décisions prises par d'autres.  « Elections, piège à cons », scandait la gauche révolutionnaire des années soixante et septante. Ce refus des élections était un refus de la délégation : la souveraineté dont dispose chaque citoyen et chaque citoyenne, il la perd en la déléguant, fût-ce à un-e camarade de parti. Mais quand on passe d'« élections, piège à cons » à «votation piège à cons », on passe d'un refus de la délégation à une revendication de l'abdication : voter, c'est exercer un pouvoir, ce n'est pas, comme dans une élection, le déléguer. Ne pas voter, c'est laisser ceux qui votent décider à la place de ceux qui s'abstiennent -d'ailleurs, si l'abstention était subversive, elle serait interdite. Dimanche, les deux tiers des Suisses et des Suissesses ont laissé un peu plus de la moitié du tiers restant approuver une politique dont nombre d'abstentionnistes seront eux-mêmes victimes. Il y aura quelque enseignement à tirer de ce constat, lorsqu'il s'agira, peut-être, de refuser une révision à la baisse de l'AVS, ou de l'AI.

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