MEG : Un musée ? Non : un miroir...

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Man_Ray_Noire_et_blanche.jpgLe Conseil administratif genevois a revu et corrigé le projet d'agrandissement du Musée d'ethographie, combattu par un référendum populaire parce qu'il implique l'abattage de 31 arbres dans la cour du musée. Au projet initial ont été ajoutés un jardin public, des pelouses, des fleurs, un plan d'eau, des jeux pour les enfants, une terrasse de bistrot, tout cela sans attenter au préau de l'école voisine et sans dépasser le budget initial de 63,2 millions (sans quoi il aurait fallu déposer un nouveau projet, certainement lui aussi combattu par référendum, puisque c'est le sort de tous les projets muséaux à Genève depuis des lustres). On abattra donc des arbres, mais pour en replanter plus qu'on en aura abattus.  Ce sont les beautés de la démocratie directe : un référendum, et la végétation pousse (ou repousse) dans la cour des musées. Un référendum de plus, ce serait carrément la jungle. Cela dit, ce que le débat, et demain, 26 septembre, le vote sur le projet d'agrandissement du Musée genevois d'ethnographie, mettent en évidence est bien qu'un tel musée n'est pas le lieu où « notre société » regarde les sociétés des autres, mais d'abord celui où elle se regarde elle-même, telle qu'elle est, pour ce qu'elle vaut. « Citoyens aux urnes pour 31 arbres », titre «20 Minutes». Pour 31 arbres (remplacés 41 autres) vraiment ? Ou pour dire ce que nous sommes prêts à payer pour savoir qui nous sommes ?

Comment peut-on être Persan ?

Au rythme de nos voyages, « chacun d'entre nous est un petit ethnographe qui s'ignore et chacun d'entre nous constitue même son petit musée d'ethnographie », écrit le directeur du Musée d'ethnographie de Genève. Boris Wastiau, dans le dépliant distribué pour convaincre le peuple municipal souverain de soutenir le projet d'agrandissement de son musée. Chacun de nous, il est vrai, est un peu ethnographe. Mais chacun de nous est aussi objet d'ethnographie : les humains ne sont pas des arbres, et leurs villes ne sont pas des forêts : nos racines, celles de nos cités, de nos sociétés, de nos Etats, sont culturelles, et multiculturelles de toute évidence et de tout temps. Or depuis des décennies, tous les projets de nouveau musée d'ethnographie se sont heurtés à des oppositions qui ont renvoyé aux archives les études faites sur eux et au néant les millions dépensées pour elles. A chaque fois, le même discours dilatoire a été tenu : un nouveau musée d'ethnographie ? d'accord. Mais pas comme ça. Ou pas là. Pas à la place Sturm, pas au chemin de l'Impératrice, pas au boulevard Carl-Vogt. Pas s'il faut couper des arbres (même si on replante d'autres), pas si on supprime des places de parking... Pour sortir de cette fatalité qui à Genève comme en d'autres lieux, pèse sur les projets culturels, et les rend fragiles à la coalition d'oppositions disparates s'additionnant pour composer une majorité (la Maison de la Danse y a succombé), on joue désormais la carte de l'humilité, la culture devant, décidément, forcément, et surtout logiquement si l'on s'en tient à la logique de la marchandise, se « la jouer discrète » et laisser le somptuaire, le grandiose -bref, l'immodeste, aux grands temples de la consommation et de la finance -aux centres commerciaux, aux sièges des grandes entreprises... Comme s'il devait être désormais de règle dans une démocratie qu'une institution culturelle n'ait pas, ou plus, à se montrer, ou qu'elle n'ait à se montrer que sans se faire remarquer. Quand on applique aux musées les critères des fortifications souterraines du Réduit National, c'est sur la place de la culture, plus que sur les goûts architecturaux, que cela interroge, même si de bonnes explications peuvent être données de ce minimalisme cryptophile : le manque de place dans les villes, la nécessité de préserver les objets et les œuvres de la lumière du jour, la possibilité de contourner les oppositions « esthétiques », mais aussi le souci de faire de la muséologie, et non d'un « geste architectural » narcissique le centre et la justification d'un projet de musée. Ce dernier souci est sans doute légitime, mais sa traduction dans le corps de la ville ne peut avoir pour seule raison que celle de ne pas déplaire, en un temps où tout lieu culturel, même le plus institutionnel, même un musée, devient objectivement un espace de résistance au mercantilisme, un espace de subversion des idées reçues -un espace commun, contre les lieux communs.

Lien permanent Catégories : Genève 6 commentaires

Commentaires

  • J'ai constaté que dans le dépliant concernant l'agrandissement du MEG, qui a été envoyé récemment à tous les ménages genevois, ne figure à aucun moment une information essentielle : à savoir le coût total du projet. Il en va de même sur le site Internet de l'institution et la vidéo de présentation de ladite extension.

    Est-ce un oubli délibéré de la par de Mr Boris Wastiau et Patrice Mugny ?

    A mon humble avis... OUI !

  • NON !

    Cher Monsieur, ou Madame ?

    J'ai immédiatement répondu à votre mail avec l'information suivante:

    Un projet financé par l'ensemble des acteurs publics et une donation privée

    63'263'700 francs, financés

    _ par le fonds spécial issu du legs Lancoux pour un montant de 8'300'000 francs
    _ par le Fonds d’équipement communal pour un montant de 7'000'000 francs
    _ par l'Etat de Genève pour un montant de 10'000'000 francs

    soit 37'963'700 francs, à la charge de la Ville de Genève

  • @ Boris Wastiau

    Merci d'avoir répondu avec vélocité et d'une manière pertinente à mon mari!

    Mais, vous comprendrez aisément, que je ne partage pas toujours ses opinions politiques et ses prises de positions !

    Je suis une femme libre...

  • Bonne réaction du MEG !

    Il indique depuis aujourd'hui sur son site Internet via un communiqué de presse le budget complet du projet, tel que donné plus haut par Mr Boris Wastiau :

    http://www.ville-ge.ch/meg/pdf/dossier_presse_MEG_31.08.2010.pdf

    Reste que cette importante information aurait dû figurer aussi sur le dépliant qui a été envoyé aux citoyens genevois.

  • Cette information paraîtra de toute façon dans la brochure qui sera envoyée à tous les votants et toutes les votantes de la Ville, et qui publiera l'intégralité de l'arrêté municipal soumis au vote...

  • Curieuse coïncidence !

    L'information en question est aussi manquante sur le flyer A4 publié par la Société des amis du Musée d'ethnographie (SAMEG)et distribué ces jours à tous les ménages de la Ville de Genève.

    Dans ce cas, je pense également que c'est un oubli volontaire...

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