mercredi, 23 juin 2010

Inégalités salariales : 1:12, vite !

Inégalités salariales : 1:12, vite !

Les écarts salariaux continuent de se creuser dans notre beau pays. En 2009, les différences entre le plus bas salaire et le salaire moyen des dirigeants d'un groupe se sont accentuées de 18 % par rapport à 2008, et de 70 % par rapport à 2002. La crise a provoqué un recul du chiffre d'affaire, un diminution des bénéfices, des suppressions d'emploi, mais le salaire moyen des membres de la direction de 27 groupes a augmenté de 20 % entre 2008 et 2009, pendant que ces groupes supprimaient 7300 emplois en Suisse . A l'UBS, renflouée grâce aux fonds publics, le rapport entre les revenus des dirigeants et ceux des salariés les plus mal payés est même passé de 51:1 à 1190:1... « Travail Ssuisse », qui a donné ces chiffres lundi, exige une limitation des bonus à un mois de salaire, la suppression des indemnités d'entrée ou de départ des dirigeants, et l'imposition des bonus de plus d'un million. C'est un début, mais on peut faire mieux : signer l'initiative lancée par la Jeunesse Socialiste, et soutenue par le PS, l'initiative « 1:12 » qui exige que le salaire des dirigeants d'une entreprise ne dépasse pas le dodécuple de celui de l'employé-e le-la plus mal payé-e...


Deux initiatives valent mieux qu'une rancoeur

Or donc, le directeur général du Crédit Suisse, Bradley Dougan, banquier le mieux rémunéré d'Europe, aura touché en 2009 90 millions de francs, soit 1812 fois plus que son employé le plus mal payé. Qui a d'ailleurs encore de la chance d'être employé, parce qu'il aurait fort bien pu se retrouver au nombre des 7300 personnes licenciées en Suisse par les vingt-sept entreprises dont « Travail Suisse » a analysé les écarts salariaux, parfois gigantesques, y compris dans des entreprises dont la survie a dépendu d'un apport massif d'argent public : en 2009, Oswald Grübel, directeur général d'UBS, a gagné 16 millions de francs, 57 % de plus que son prédécesseur de 2007. L'écart salarial entre son revenu et le plus bas des revenus des employés de la banque s'est accru de 753 %, Grübel touche 327 fois ce que touche le salarié du bas de l'échelle, l'écart moyen entre la rémunération des membres de la direction d'UBS (9,4 millions par an en moyenne) et les salariés les plus mal payés de la banque a augmenté de 270 %. Et l'UBS a licencié 2300 personnes en Suisse l'année dernière. Alors bon, que l'Assemblée générale des actionnaires de l'UBS ait refusé de voter la « décharge » des anciens dirigeants de la banque (Ospel et compagnie) pour 2007, et ait failli même refuser d'accepter (dans un vote purement consultatif, d'ailleurs) la politique des primes et bonus divers et variés accordées par ladite direction, la direction de l'UBS peut s'en payer le luxe. Surtout que ça ne concerne que des gens qui ont démissionné ou ont été démissionnés de leur poste depuis. Et que ça ne change rien aux politiques salariales de cette banque, tout à fait conformes au « standard » de celles des entreprises étudiées par « Travail Suisse », ni à la persistance de bas et de très bas salaires dans le pays du banquier le mieux payé d'Europe -un pays où les écarts de revenus s'accroissent jusqu'à l'indécence la plus crasse, et qui ne connaît aucun salaire minimum légal, qui pourrait concourir, avec les salaires minimaux conventionnels, à un minimum d'équité. Mais seulement à un minimum. Des dispositions contraignantes sur les écarts salariaux sont donc nécessaires, quand l'amélioration du niveau de vie de ceux dont le niveau de vie n'avait pas besoin d'être amélioré est trente fois supérieure à celle dont le niveau de vie en avait grand besoin. Ces dispositions contraignantes, l'initiative 1:12 les proposent. Dès lors, plutôt que de ruminer nos rancœurs sociales dans notre coin, signons cette initiative, et préparons nous à soutenir celle que vont lancer le PS et les syndicats, pour un salaire minimum.


14:03 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : inégalités, salaires | |  Facebook | | | |

Commentaires

Euh Pascal, 36'000 rancoeurs exprimées valent mieux qu'une ou 2 initiatives non précisées:

dans ce contexte d'inégalités salariales que nous les femmes devons subir depuis si longtemps et pour lequel nous devrons en payer sans autre la facture à nos retraites,

- ces arguments en faveur d'un minimum salarial ne relèvent que du niveau de l'illusion,

tandis que le temps nous astreint à la surconso de notre temps de vie - illusionnistes s'abstenir,

les essentiels perdurent et ne seront pas résolus par un minima salarial, dans ce contexte où le droit du travail suisse reste inexistant:

1) inégalités salariales femmes/hommes: depuis longtemps décriées, jamais résolues en CH

2) inégalités, voire discrimination d'accès à l'emploi sur GE ainsi que sur tous cantons limitrophes,

des salariées femmes qualif, diplom, exp & compétentes: depuis plus de 10 ans, accrues depuis les accords bilatéraux, dont les sauvegardes n'ont jamais été mises en oeuvre, tandis que les salariées licenciées se retrouvent, sur le carreau, seules, dans la sphère des 10 ans avant leurs prétentions à la retraite

3)abandon, par nos lois, des suisses licenciés et rejetés sur le marché face aux frontaliers, suisses salariés licenciés sur simple décision d'employeur non motivée,

abandon des suisses non réambauchés bien que qualifiés, au profit de plus jeunes salariés moins chers,

abandon de ces suisses licenciés qui étaient diplômés, qualifiés, expériments, restant non réambauchés sur des années et ne pouvant trouver d'emploi de survie avant l'heure de leur retraite,
suisses qualifiés non réambauchés, devant accepter tous jobs sous payés et sans 2me pilier, en attendant leurs droits de retraites.


Mais peut être êtes vous trop jeune...

Écrit par : na...ya | mercredi, 23 juin 2010

Et c'est reparti pour un grand numéro de concupiscence haineuse, de jalousie mesquine et de convoitise sordide.

Tout ça pour récolter les voix supplémentaires d'une poignée de feignants, d'un quarteron de ratés et d'une charette de clodos...

Écrit par : Scipion | mercredi, 23 juin 2010

ce qui serait d'autant plus méritoire que ce serait désespéré : les feignants de votent pas, les ratés votent UDC et les clodos n'ont pas le droit de vote...

Écrit par : Pascal Holenwegp | jeudi, 24 juin 2010

"On ne sait s'il faut en rire ou en pleurer"... Les bobos sans bobos mais ça ne saurait tarder, ne rêvent plus de l'abolition du salariat, mais d'une réduction des écarts! Ce doit être l'effet "vraie gauche"!

Écrit par : Duconnot | jeudi, 24 juin 2010

cette initiative 1:12 n'aurait-elle pas pour seul résultat

que de niveler pas le bas
le niveau des salaires rabaissés 2002-04 au fil des licenciements/réambauches,

salaires rapportés aux niveaux des années 1995 dans ces secteurs non conventionnés comme l'administration - soit une majorité de salariés non cadres dans nos villes,

donnant ainsi sa légitimité à cette politique salariale
n'ayant fabriqué qu'une armée de working-poors

entérinant notre baisse de pouvoir d'achat de plus de 15% vs 1995 (à la louche) que cette politique a fabriqué

après la mode des restructurations & licenciements de masse des années nonante,

après X gels d'embauche pour cause de crise
de suite comblés par une pléthore d'octrois de nouveaux permis G ou autres alphabétiques

soit:
... toujours une soluce dans la manche, ces patrons!
... toujours en train de regarder le train passer, le PS, les syndicats?

A quand un réel débat de fond entre partenaires concernés?
A quand une prise à bras le corps des problèmes de fond
C'est pour quand les décisions?

Écrit par : na...ya | jeudi, 24 juin 2010

Les commentaires sont fermés.