La Constituante genevoise, en marche arrière toute...

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Arrêter la déconstitution ?

Des centaines de personnes ont manifesté jeudi dernier, devant l'Hôtel-de-Ville, leur refus des manoeuvres de la majorité de droite de l'assemblée constituante, et de la volonté de cette majorité d'imposer un projet de constitution faisant revenir la République deux siècles en arrière, au temps béni de la Constitution de 1815, pondue par les représentants de l'Ancien Régime revenus au pouvoir dans les fourgons des armées de la Saint-Alliance. Le 25 mai, cette droite du XXIe siècle pensant comme celle du XIXe avait réussi à faire refuser par la Constituante les thèses affirmant la non-discrimination, l'égalité entre femmes et hommes, le droit aux moyens de vivre, le droit au logement, une bonne partie du droit aux études, les droits des travailleurs et travailleuses, les droits aux allocations familiales, de naissance, d'adoption. Quelques jours plus tard, ce sont les droits aux soins et à l'assistance, à l'information et à la transparence de l'administration et à l'assistance juridique qui passaient à la trappe. Et ce n'est pas fini. En revanche, les droits sacro-saints à la «  propriété » (privée) et à la « liberté économique » (mercantile) ont été maintenus. On ne s'en étonnera pas, si on regrettera qu'ils l'aient été, compte tenu des épisodes précédents, avec l'apport inutile des votes socialistes.

A froid ? à chaud ?

Travaillant sur le texte fondamental de la République, autrement dit sur le plus politique des textes juridiques, la Constituante est une assemblée éminemment politique, au sein de laquelle il aurait été inquiétant que disparaisse un clivage qui structure la politique dans toutes les démocraties depuis deux siècles. Il n'a d'ailleurs pas fallu attendre longtemps pour que ceux qui se sont fait élire en proclamant qu'ils n'étaient « ni de gauche et de droite » retrouvent leur soue d'origine. L'auto-allumage idéologique de la droite semble donner raison à la gauche de la gauche, qui combattait le principe même d'une révision « à froid » de la Constitution, mais il se pourrait bien que d'une révision « à froid », on puisse passer à une révision « à chaud », si la gauche continue à faire « parler la rue » contre les petits coups tordus des constituants bourgeois et de leurs corps-francs udécistes et stauffériens. La gauche de la Constituante n'a pas à se battre pour qu'un projet a priori acceptable en vote populaire sorte de l'assemblée, elle a à se battre pour un projet de gauche. Elle n'a pas à poser le consensus dans la Constituante comme une condition, et la rédaction d'une constitution « équilibrée »  comme un objectif ultime : d'ailleurs, quel « équilibre »  peut-on bien trouver, qui ne serait pas de pure mystification, entre les thèses de l'UDC ou de la liste patronale et celles de solidaritéS ou du PS ? Entre ceux qui veulent (ou devraient vouloir) renforcer la commune et ceux qui veulent supprimer celle de Genève ? Des points fondamentaux doivent être posés comme des conditions de l'acceptation du projet final, et tout recul sur les droits fondamentaux, les droits démocratiques (dont, précisément, l'existence d'une commune de Genève est la condition), les libertés fondamerntales et les dispositions environnementales être le motif d'un refus du projet qui les contiendrait. Il est peut-être encore un peu trop tôt pour arrêter toute participation de la gauche à la Constituante, mais il est bien assez tôt pour dire que la Constitution actuelle est un minimum, qu'en deçà d'elle, le ticket de la Constituante n'est plus valable, et que nous nous donnerons les moyens d'une campagne, lors du vote populaire, pour qu'un NON  sec et sonnant réponde au texte que nous mitonne la droite. A moins que l'on trouve d'ici là le moyen d'arrêter le massacre des droits fondamentaux, ou, mieux encore, comme ls suggère le constituant Maurice Gardiol (du groupe socialiste) d'opposer d'une manière ou d'une autre au projet de la droite un véritable projet de gauche, la Constitution actuelle restant une position de repli. La loi ne prévoit pas que deux projets soient soumis au peuple ? Une loi, ça se modifie, par initiative populaire. Et par le même moyen, une Constituante, ça peut se dissoudre. Et une révision constitutionnelle « à froid »  peut devenir une révision constitutionnelle « à chaud » si la rue s'en empare , le pire, dans l'exercice d'invention d'une charte fondamentale, étant bien le tièdasse et le fadasse.

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