La Constituante genevoise part en couille

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Voter en 2012 sur la Constitution de 1815 ?

Elue pour rédiger la « Constitution genevoise du XXIe siècle » , la Constituante s'est retrouvée avec une majorité (de droite, le bon vieux clivage politique structurant ayant repris ses droits) plagiant la Constitution de 1815 -la plus réactionnaires de toutes les constitutions de la République  Cette majorité a donc refusé d'inscrire le principe d'égalité dans les premiers mots du texte.  Et le reste a suivi : refus de l'égalité entre femmes et hommes, du droit au logement, du droit à la formation, du droit aux allocations familiales. Pour protester contre le sabordage d'un an de travail en commission, la gauche a quitté la séance de la Constituante, empêchant celle-ci, réduite à la droite, de poursuivre ses travaux, faute de quorum. Et le président socialiste de la commission qui avait travaillé sur les droits fondamentaux a démissionné de sa présidence. Dans deux ans, le peuple se prononcera sur le résultat des travaux de la Constituante... il convient d'ores et déjà de se demander si ces travaux auront eu finalement une autre utilité que celle de financer, grâce à une part des jetons de présence versés aux constituant-e-s, les partis et associations représentés dans l'assemblée. C'est peut-être un peu court, comme légitimité...

Retro

Si au sortir du laminoir politique qui vient de se mettre en branle dans l'assemblée constituante genevoise, il ne devait rester du projet de nouvelle constitution que ce que la droite y aura toléré, à quoi auront servi les quatre ans de mandat de l'assemblée, sinon à  nous faire revenir deux cent ans en arrière ? Le PS est « indigné par la méthode employée par une nouvelle Sainte Alliance de l'Entente, l'UDC et le MCG visant à imposer une Constitution genevoise (...) vidée de tout contenu social ». Indignation justifiée, mais débouchant sur quelle position, ou quelle posture, politique, pour la suite  ? La recherche désespérée d'une renaissance de  « l'esprit de dialogue » et de « recherche du consensus », rompus par la droite ? Dès lors qu'il s'agit de travailler sur les  « fondamentaux » de la République,  de quel consensus pouvait-on rêver entre la gauche et la droite, les xénophobes et les internationalistes, les patriarcaux et les féministes ? La majorité de droite de la constituante a choisi d'extirper les droits sociaux du premier projet qui sera soumis à consultation : fallait-il s'attendre à autre chose ?  Pour la droite (Entente, UDC, MCG), le concept même de droit social, dont chacun puisse se prévaloir et exiger la garantie, est à bannir, au profit d'une énumération hypocrite de « buts à atteindre » éventuellement, un jour, si on a le temps, et si ça ne coûte rien. Du foin rhétorique...  D'une véritable assemblée constituante, on aurait pu attendre beaucoup. De celle avec laquelle on s'est retrouvés, mal élue, peu représentative et corsetée dans un dispositif légal suspicieux, on n'attendait plus grand chose. Il semble bien qu'il faille n'en plus rien attendre du tout. Et ce n'est pas sa composition qui est en cause, ni même l'irruption du débat politique et du clivage gauche-droite dans le débat constitutionnel : une assemblée chargée de rédiger la charte fondamentale d'une République ne peut échapper à ce qui structure le débat politique. Encore faut-il qu'en sorte un véritable choix à offrir au peuple au nom de qui la constitution est rédigée. La tare originelle de la Constituante, c'est la loi qui la instituée, et qui exclut que l'assemblée puisse présenter plusieurs projets, en concurrence ou successivement. La Constituante doit accoucher d'un seul projet, soumis une seule fois à un vote populaire définitif. Dès lors, pourquoi passer quatre ans à rédiger un projet parfaitement réactionnaire, alors qu'un tel texte est là, disponible, qu'on n'a qu'à reprendre : le texte de la Constitution de 1815, celle de la Restauration de l'Ancien Régime , une Constitution idéale : aucun droit social, des droits politiques réduits à ce que l'oligarchie locale peut supporter, pas de suffrage universel, évidemment pas de suffrage féminin, moins encore d'égalité des droits... et cerise sur le gâteau : plus de Municipalité de Genève... un rêve de Constitution libérale...

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Commentaires

  • C'est à nous que revient le dernier mot. Non?! Ce sont les abstentionnistes qu'il faudrait craindre!

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