jeudi, 20 mai 2010

Petit exercice radelibe de surf sur le sentiment d'insécurité

Un ectoplasme en guise de programme

Quatre conseillères d'Etat radicales-libérales (plus une Conseillère nationale, en prime) ont tenu conférence de presse lundi dernier pour présenter leurs propositions « pour une Suisse plus sûre » : renforcement de l'arsenal pénal, en particulier à l'égard des mineurs, vidéosurveillance, expulsion plus rapide des demandeurs d'asile déboutés... bref, le paquet habituel d'emplâtres sécuritaire sur une jambe de bois, avec un petit emballage actualisé à propos de l'alcoolisme des jeunes (histoire de changer du discours convenu sur la toxicomanie ?) et le hooliganisme (qui-n'a-rien-à-voir-avec-le-sport-qui-est-un-vecteur-d'intégration-sociale). De la bouillie pour les chats d'appartements (les chats de gouttière n'en ont rien à cirer). Des discours venteux pour un programme ectoplasmique. Bref, une tentative politicienne de surf sur un sentiment persistant d'insécurité. Un exercice dans lequel les radelibes n'auront jamais le talent de l'UDC, et se condamneront eux-mêmes à n'être jamais que de pâles copies et d'improbables doublures de leur concurrents de droite.


Marché de la peur

Selon un sondage publié le 16 mai, neuf Suisses-ses sur dix ont le sentiment que la criminalité a considérablement augmenté dans le pays, sentiment d'insécurité croissante qui empreint surtout les personnes âgées, les hauts revenus et les Alémanique, mais une personne sur cinq affirme avoir été victime d'un acte de délinquance, soit la même proportion, invérifiable, qu'il y a vingt ans. On ne saurait mieux illustrer le décalage entre la réalité de l'insécurité et le sentiment d'insécurité (d'entre les trente dernières années, c'est l'année 2000 qui a connu le moins d'infractions, de délits et de crimes en Suisse, mais c'est cette même année qui a vu le discours sécuritaire et l'exploitation du sentiment d'insécurité prendre leur envol). Constant, ce décalage entre l'insécurité réelle et l'insécurité perçue ne signifie nullement qu'il faille traiter le sentiment d'insécurité comme une « simple » manifestation de paranoïa ordinaire : quand une personne n'ose plus sortir de chez elle, n'ose plus emprunter tel ou tel parcours, se rendre dans tel ou tel lieu, parce qu'elle a peur d'être agressée, il importe peu que cette peur soit fondée ou non -cette personne est privée d'une liberté fondamentale : celle de se déplacer, de sortir de chez elle, d'aller où elle veut, quand elle veut. L'enjeu est donc à la fois celui de la sécurité, en tant que droit fondamental qu'il convient d'assurer, et celui du sentiment d'insécurité. Le problème, c'est que les politiques sécuritaires prônées par la droite renforcent le sentiment d'insécurité, ou plutôt le confortent, le légitiment, sans réduire l'insécurité réelle. Que nous proposent, lors de leur conférence de presse démagogique de lundi dernier, les radelibes (tout en annonçant qu'il ne faudra pas dépenser quoi que ce soit pour mettre en oeuvre ce qu'ils proposent -autant dire qu'on est en plein exercice d'épandage de poudre aux yeux) ? d'emprisonner plus rapidement les criminels (dans des prisons déjà bourrées, ou dans de futures prisons promises à être elles aussi bourrées), d'expulser plus rapidement les « délinquants étrangers » (pour qu'ils soient plus rapidement remplacés sur le terrain par d'autres), de faire intervenir plus fortement la police contre des manifestations potentiellement violentes (ce qui est précisément ce qu'attendent les manifestants violents), de généraliser la viséosurveillance (qui est utile pour la répression des délits, mais n'a aucune influence préventive, et donc aucun impact sécuritaire), de coller les jeunes ivrognes dans des desaoûloirs, ce qui n'empêche nullement leur ivrognerie, et tout cela sans dépenser un sou de plus, dogme de l'équilibre budgétaire et TOC des baisses d'impôts obligent... Faut-il dès lors s'étonner qu'un tiers des personnes interrogées déclarent avoir installé un système d'alarme, ou pris d'autres mesures de protection,  à leurs frais ? l'insécurité est aussi, ou peut-être surtout, un marché. Et pas seulement un marché politique : un marché commercial. Et là, au moins, les radelibes sont dans leur élément : nul besoin d'y faire preuve de la moindre crédibilit, il suffit d'y laisser jouer la  « loi » d'un marché bien précis :  celui de la peur.

13:47 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : sécurité, politique, plr | |  Facebook | | | |

Commentaires

En tous cas on peut dire que ce n'est pas vos discours qui règle le problème du sentiment de l'insécurité, au contraire ;-)

Si ces dames vont combattre un mal qui n'existe visiblement pas (à vos yeux), qu'elle est la solution que vous offrez pour réduire ce sentiment d'insécurité qui lui à l'air de bel et bien exister (selon ce sondage) ?

Écrit par : DdDnews | jeudi, 20 mai 2010

Je pense que le rédacteur de ce texte agi tout simplement comme cela se fait depuis des années en Suisse. Cachons la m.. au chat et faisons croire que tout va bien. C'est vrai que selon lui, il est mieux de ne rien faire. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Bein Monsieur, la seule chose que je puisse vous dire c'est "réveillez-vous"...

Écrit par : Davide | jeudi, 20 mai 2010

c'est avec ce genre de discour que les verts prennent des votes au socialistes

car les verts seuls peuvent se permettre de faire l'autruche sur ce sujet

Écrit par : fab | jeudi, 20 mai 2010

puis-je me risquer à une suggestion ? Que les commentateurs des billets lisent ce qu'ils commentent avant de le commenter..

Écrit par : Pascal Holenwegp | jeudi, 20 mai 2010

"puis-je me risquer à une suggestion ? Que les commentateurs des billets lisent ce qu'ils commentent avant de le commenter.."

Oh yeah^! Ca c'est une belle réponse que tous les commentateurs espéraient. Une esquivent en belle et due forme afin de ne pas avoir à argumenter :-)

Enfin, on l'aura compris, 9 suisses sur 10 sont gros peureux. Pfff... ces suisses, même pas capable de tolérer de se faire tabasser de temps en temps. Ils n'ont vraiment rien compris! lol

Écrit par : DdDnews | vendredi, 21 mai 2010

apparemment, ma suggestion n'a pas été retenue. Mais je ne désespère pas.

Écrit par : Pascal Holenwegp | vendredi, 21 mai 2010

Lorsque un citoyen sur cinq se retrouve en prison (modèle USA que nous sommes en train de rattraper), ce n'est plus un problème de délinquance.
C'est tout simplement que le modèle de société n'est plus applicable. Au lieu de hurler avec les loups, et d'ajouter une couche d'aliénation par la stigmatisation il serait plus utile de s'interroger sur les causes et non s'arrêter aux symptômes.
Le discours sécuritaire est devenu un passage obligé sur le plan électoral. Le politicien en use et en abuse pour se faire pourfendeur du méchant et protecteur de la veuve et de l'orphelin alors qu'il les dépouille justement de leur dernières défenses sociales.
Aussi longtemps que les causes profondes qui clivent notre société et poussent certains à la violence ne seront pas adressées, ces même politiciens pourront profiter de la manne électorale que leur apporte leur 'juste' courroux contre les 'barbares'.
Ce que montre Pascal, c'est que chez ces dames il s'agit bien d'une posture et non d'une vocation. Elles affirment vouloir lutter contre un mal sans daigner s'en donner les moyens.

Effectivement, il serait bien de prendre le temps de réfléchir et de ne pas ajouter son propre hurlement à celui des loups...

Écrit par : olivier melet | vendredi, 21 mai 2010

Moi non plus, je ne desespère pas d'avoir une réponse à ma question :-)

Écrit par : DdDnews | vendredi, 21 mai 2010

Parce que je précise, qu'en suivant votre suggestion de bien lire ce que je commente, je comprends que ca explique bien que la droite est responsable (du moins qu'elle faviorise l'insécurité).

Mais ca ne dit pas du tout comment vous, vous régleriez le problème. Vous ne faites que souveler ce que les "autres" font de faux mais ca n'explique pas ce que "vous" vous faites de juste... ;-)

Écrit par : DdDnews | vendredi, 21 mai 2010

DdDNews...depuis quand les gens ils se font tabaser en Suisse, depuis quand ya des criminels en suisse, depuis quand ya des car jacking en suisse, depuis quand ya des gangs en Suisse...je vous rejoins sur le fait que les suisses sont relativement peureux et on se demande bien pourquoi...peut etre parce que s'ils etaient un peu plus ouverts sur le monde ils pourraient constater par eux mêmes qu'il fait bon vivre en suisse et que les délits son mineurs (proportionnellement) comparés à ces voisins européens... Arretons la parano...ya pas dinsécurité en Suisse...vraiment pas...ou alors partez habiter à Lyon 2/3 semaines cela vous aidera a relativiser et comprendre a quel point la Suisse et tranquille ;-)

Écrit par : Lyonnais du 69 | vendredi, 21 mai 2010

Très bien écrit ce billet, en plus il est immédiatement documenté par des commentaires on ne peut plus révélateurs.
La sécurité passe par la réduction des injustices sociales. Si la pauvreté n'excuse pas la délinquance, elle la crée assurément.

Écrit par : J. Guignard | vendredi, 21 mai 2010

Le Lyonnais.
" Arretons la parano...ya pas dinsécurité en Suisse...vraiment pas"

Ah et vous c'est avec ces parole que vous pensez réellement baisser le sentiment d'insécurité?
Eh ben on voit le résulatat, ca augmente...

Parce que c'est bien ca que vous n'avez pas compris sur ma question. C'est la différence entre "l'insécurité" elle-même et le "sentiment d'insécurité".
Et c'est ce que je dis, ce n'est pas en disant
" Arretons la parano...ya pas dinsécurité en Suisse...vraiment pas"
Que ca résoud le problème.

"partez habiter à Lyon 2/3 semaines cela vous aidera a relativiser et comprendre a quel point la Suisse et tranquille ;-)"

TOut à fait et c'est en regardant ce qu'il se passe ailleurs que de nombreux suisses n'ont surtout pas envie de faire les même erreurs.

Mais pour répondre à la question:

"...depuis quand les gens ils se font tabaser en Suisse, depuis quand ya des criminels en suisse, depuis quand ya des car jacking en suisse, depuis quand ya des gangs en Suisse"

Je vous laisse allez demander au victime ce qu'elles en pensent.
Bon vous me direz peut-être que le quotas de tabassé n'est pas encore assez elevé pour commencer à faire quelque chose?

Écrit par : DdDnews | vendredi, 21 mai 2010

Le jour où nos prisons seront pleines de bankster on s'apercevra que la pauvreté diminuera grandement, tout comme la petite criminalité. Mais il ne faut pas rêver, tant qu'une très grande partie de nos politiciens ne prendra pas les mesures qui s'imposent il en sera ainsi jusqu'à perpette.

Écrit par : Benoît Marquis | vendredi, 21 mai 2010

Dire que tous les pauvres sont plus apte à commettre un crime est un peu facile. Ce n'est pas une question de pauvreté mais d'éducation. Preuve en est que tous les pauvres ne sont pas tous des criminels et qu'il y'a aussi des criminels qui ne sont pas forcément pauvre.

Ce qui rend la solution encore plus difficile que "il suffit de leur donner de l'argent pour qu'ils ne commenttent pas de crime" beaucoup moins efficace.

Il suffit de voir quand des profs tentent d'éduquer ces jeunes à l'écoles, ce sont les profs qui se font ensuite éduqer par les parents de l'élève...

Écrit par : DdDnews | samedi, 22 mai 2010

Les commentaires sont fermés.