Providentielle burqa, inespéré Blancho

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L'aubaine islamiste

En Argovie, le Grand Conseil a adopté une motion de l'extrême-droite demandant l'interdiction de la burqa dans l'espace public. Dans toute la Suisse, deux douzaines de femmes, tout au plus, à moins de compter les touristes, s'affubleraient d'une burqa, ou de toute autre forme de voile intégral. Cela justifie-t-il une interdiction nationale ? Evidemment non -à moins que l'on interdise non seulement la burqa, mais tout attirail vestimentaire cachant le visage, cagoules, passe-montagnes, masques de carnaval et casques intégraux. La burqa n'est évidemment qu'un prétexte, une opportunité, une aubaine pour relancer une offensive à connotation religieuse islamophobe, mais à motivation fondamentalement xénophobe. Offensive alimentée depuis Bienne par un abruti nommé Nicolas Blancho,  improbable président d'un improbable Conseil central islamique de Suisse, proclamant haut et fort que chacun a « le droit de croire aux lapidations » et affirmant que ladite lapidation est une « valeur de (sa) religion », valeur qu'il regrette ne pouvoir « dans les circonstances actuelles mettre en avant ». Providentielle burqa, inespéré Blancho, pour les mêmes forces qui ont lancé, fait aboutir, et voter par le peuple, l'interdiction des minarets, elle même providentielle pour les Blancho... Après tout, qui se ressemble s'utilise.

Conversions

En Suisse comme partout ailleurs en Europe, l'islamophobie n'est qu'une modalité de la bonne vieille xénophobie. Elle ne s'en cache d'ailleurs pas : lorsque telle ou telle pratique « musulmane », de la moins problématique (la proscription de la viande de porc, par exemple) à la plus condamnable (comme le sont les pratiques fondamentalistes à l'encontre des femmes), est condamnée, ce n'est pas en raison de son contenu théologique supposé, c'est au nom de son « étrangeté » à l'égard de nos « traditions », de notre « mode de vie », de nos « règles de vie en société ». Mais ceux qui portent cette condamnation, s'agissant précisément de la burqa et plus généralement de l'enfermement physique ou symbolique des femmes, se sont-ils particulièrement illustrés dans le passé, et s'illustrent-t-ils particulièrement au présent, dans les défense des droits des femmes ? Qui réclame le plus haut et le plus fort, au nom de ces droits l'interdiction de la burqa dans un pays où pas plus d'une centaine de femmes s'y empaquètent, et dans un canton (Argovie)  où la dernière empaquetée  aperçue s'était probablement trompée de train ?  Des partis et des forces politiques (l'UDC, le PDC, les « Evangéliques », l'UDF, une majorité de radicaux ...) qui n'ont accepté que contraints et forcés le suffrage féminin, l'égalité des droits, la reconnaissance du viol conjugal comme un délit... Or les voilà faisant mine de s'être convertis au féminisme, grâce à la burqa et à des pitres du genre de Nicolas Blancho. Que l'obligation fait aux femmes de s'empaqueter dans une burqa, un niqab, un hidjab ou un le tchador manifeste l'oppression des femmes, cela ne souffre d'aucune contestation possible. Pas plus d'ailleurs que l'évidence que cet empaquetage exprime tout aussi clairement la peur que les hommes qui le prescrivent ressentent à l'égard des femmes. Mais cette oppression et cette peur ne sont pas propres à l'islam : jusqu'à il y a de cela quelques dizaines d'années, c'est sur tout le pourtour méditerranéen (pour nous en tenir à notre propre région du monde) qu'il était coutumier que les femmes se couvrent au moins les cheveux, par un voile, un foulard, un chapeau... le temps n'est pas si éloigné, un siècle, tout au plus, où une « femme honnête » se devait en nos contrées d'être tête couverte, où une « femme en cheveux » était soit une pute, soit une révolutionnaire, quand encore on consentait à faire la différence entre les deux. Ce que nous avons à combattre, ce sont les obligations vestimentaires imposées aux femmes, seulement aux femmes, parce qu'elles sont femmes. Que ces obligations soient ou non justifiées au nom d'impératifs pseudo-religieux. Ce combat, nous avons à le mener avec les femmes à qui ces obligations sont imposées,. non en nous contentant, stupidement, mécaniquement, de répondre à une obligation patriarcale par une interdiction absurde, surtout lorsque cette interdiction est prônée par des forces politiques dont la conversion au féminisme tient d'une bouffonnerie plus extravagante encore que celle du sieur Blancho à un islam de vide-greniers

Commencez donc par signer
la charte pour les droits des femmes <http://www.charte-droitsdes-femmes.ch>.

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