Congrès fondateur de « La Gauche » : Indirect du gauche

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« La Gauche / Alternative Linke / La Sinistra » va tenir, le 29 mai prochain à Lausanne, son congrès national fondateur, au terme de rencontres unitaires organisées dans les cantons pour que se poursuive aux niveaux local et régional un processus engagé au niveau national. Ces rencontres ont réuni des militantes et militants déjà membres d'organisations politiques existantes, y compris du PS et des Verts, ou qui n'avaient jusqu'à présent pas trouvé chaussure de marche politique à leur pied gauche.  Toutes celles et tous ceux qui sont déjà membres de « La Gauche » sont évidemment invité-e-s à son premier congrès, mais également toutes celles et tous ceux que la création d'un mouvement politique qui veut faire « bouger les lignes » à gauche, sans ajouter aux organisations et mouvements déjà existants (et, à Genève, déjà en surnombre) une organisation fonctionnant selon les mêmes règles ou les mêmes réflexes. « La Gauche » admet en effet la « double appartenance », et c'est une nouveauté dans un champ politique parcellisé en autant d'organisations et de partis qu'il s'y cultivent de détestations personnelles, de concurrences électorales, de vieilles rognes mêlées de nouveaux sectarisme. On pourra donc adhérer à « La Gauche » sans quitter l'organisation ou le parti (de gauche, pour le moins) dont on est déja membre. Rompre avec le cloisonnement, la parcellisation et la concurrence, c'est  déjà, en soi, rompre avec l'un de nos maux, -et, comme l'illustre la situation de la  « gauche de la gauche » genevoise, pas le moindre...

Questions qui fâchent

Le programme de  « La Gauche » dessine à gros traits  « une autre Suisse », en reprenant et en articulant entre elles des positions et des propositions presque toutes avancées sous une forme ou une autre par les partis de gauche existant. Ce n'est donc non pas tant sur son contenu programmatique que sur sa capacité de le radicaliser que se jouera la crédibilité du nouveau mouvement. Comme elle se jouera dans la réponse qu'il donnera à quelques questions, auxquelles il ne répond pas (encore), ou auxquelles il ne répond que très partiellement, à commencer par celle de la propriété privée (Quid de la municipalisation du sol ? de la socialisation des banques et du crédit ?). Car c'est bien ce qui fait rupture qui fait projet -et de ce point de vue, un « anticapitalisme » dont les capacités de rassemblement sont moins évidentes que les ambiguïtés (il y a un  « anticapitalisme » d'extrême-droite...) ne suffit pas. Pour « La Gauche » le choix à faire est simple : tenter de prendre la place de la gauche traditionnelle, avec la quasi-certitude, si elle y arrive, de finir par lui ressembler comme deux gouttes d'eau, ou créer un nouvel espace politique, fonctionnant avec de nouvelles règles ? Se contenter de créer un nouveau parti, se tailler son petit carré dans le champ politique, puis le défendre contre la concurrence, ou ouvrir ce champ à d'autres pratiques que celles auxquelles nous sommes accoutumés, et d'autres forces que celles dont nous disposons déjà ? Si le problème est toujours celui du capitalisme, et si nous persistons à penser sa solution par le socialisme, nous devons aussi admettre que la gauche telle qu'elle est fait désormais partie du  problème, non plus de sa solution. Il nous faut par conséquent faire ressurgir une gauche qui, pour être porteuse d'une réponse socialiste au capitalisme, soit aussi radicalement socialiste que radicalement anticapitaliste. Or nous savons que ces deux radicalités ne se confondent pas. Il nous importe donc de préciser les conditions de leur conjugaison, conditions hors de quoi le projet socialiste se dissoudrait, comme la social-démocratie s'y est dissoute, dans la quotidienneté des pratiques institutionnelles, en même temps que l'anticapitalisme dans la démagogie des populismes réactionnaires. La réforme ou la recomposition de la gauche telle qu'elle est,  c'est-à-dire telle que nous en héritons, est à la fois hors délai et hors sujet. Hors délai, parce qu'il est trop tard et que le double fardeau de l'impuissance social-démocrate et de l'imposture stalinienne n'est pas à alléger, mais à abandonner. Hors sujet, parce que les bases théoriques, la culture politique, les thèmes privilégiés et les méthodes d'action traditionnelles de la gauche telle qu'elle est ne répondent plus à rien de ce qui doit désormais nous requérir. S'il y a aujourd'hui la possibilité, à défaut de la promesse, d'une gauche résurgente, c'est bien parce que « renoncer au meilleur des mondes, ce n'est pas renoncer à un monde meilleur » (Edgar Morin).


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