mardi, 27 avril 2010

Rapport sur la politique suisse de sécurité : Cultiver des mythes bouffés aux mites

Renvoyé par deux fois à son expéditeur, le rapport sur la politique de sécurité proposé par Ueli Maurer a finalement été, par lassitude, résignation ou désintérêt, accepté et publié par le Conseil fédéral à la mi-avril. Et ce texte a pratiquement fait l'unanimité contre lui, à force d'accumulation de lieux communs bouffés aux mites depuis la fin de la guerre froide, d'absence de priorités, de contradictions insurmontables et d'allergies inguérissables. Au bout du compte, le seul parti politique a avoir réussi à trouver quelque intérêt au pensum d'Ueli der Soldat a été... le « parti bourgeois démocratique », issu d'une scission du parti de Maurer. Un rapport creux à force de se vouloir consensuel, donc. Mais la médiocrité même de l'exercice a son utilité, paradoxale : le rapport de sécurité du Conseil fédéral dresse un diagnostic -non pas tant de la politique de sécurité, mais de l'incapacité politique et intellectuelle d'en concevoir une qui ait un sens à partir d'un instrument dont on ne veut pas se défaire : l'armée. Ueli Maurer aura décidement plus fait pour l'abolition de l'armée en trois ans de présence au Conseil fédéral que le GSsA en vingt ans d'activisme antimilitariste.


Musée militaire suisse ou Suisse musée militaire ?

Le rapport sur la politique sécurité 2010 est, à sa manière, une sorte de catalogue des contradictions insolubles en lesquelles se meut la dite politique de sécurité : la Suisse prétend mener une politique de sécurité indépendante, mais reconnaît que sa sécurité est garantie par l'OTAN et l'Union Européenne; elle veut bien contribuer, mollement, à des opérations de maintien de la paix, mais sa contribution figure au 115ème rang de celles des Etats membres de l'ONU; le rapport ne remet en cause ni l'armée de milice, ni l'obligation de servir, ni, évidemment, l'armée elle-même, mais rappelle que l'armée de milice est menacée d'hémorragie par la simple évolution démographique, estime que l'éventualité d'une attaque militaire conventionnelle de la Suisse est à peu près nulle, et dresse une liste de menaces face auxquelles l'instrument militaire est désormais à peu près aussi utile que pouvait l'être en 1939 le stock de hallebardes de la Compagnie 1602. Pour ceux dont les conceptions stratégiques n'ont pas bougé depuis le Réduit National, s'interroger sur les « missions de l'armée » relève d'ailleurs déjà de la profanation, même lorsque ces interrogations en restent à l'expression de doutes sur la pertinence du concept même de défense territoriale, face à des menaces qui ignorent toute notion de territoire. Depuis le dernier rapport sur la politique de sécurité, en 1999, deux ou trois événements (les attentats du 11 septembre, puis ceux de Londres et de Madrid, les guerres d'Irak et d'Afghanistan, le développements des attaques informatiques, l'évolution des mouvements migratoires, les effets de la dégradation des écosystèmes, entre autres) ont signalé un profond changement du contexte international, et donc des critères qui devraient déterminer les choix politiques. De ce changement, apparemment, on ne veut rien savoir, de ces critères, rien connaître, de ces choix, rien remettre en cause. Ce déni de réalité, ce refus d'admettre que les vieux instruments d'une vieille politique ont perdu toute utilité réelle réduisent les enjeux de la politique de sécurité à un choix assez simple : mettre l'armée suisse au musée, ou faire de la Suisse toute entière un musée militaire.

16:46 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : armée, défense, sécurité, maurer | |  Facebook | | | |

Commentaires

"Ce déni de réalité..."

C'est sûr que tant qu'on n'osera pas désigner l'Islam comme le principal ennemi, il faudra tourner autour du pot.

Et il en va de même de la tiers-mondisation par l'afflux d'ineptes populations du tiers monde...

Écrit par : Scipion | mardi, 27 avril 2010

Comment voulez-vous rédiger un rapport sur la politique suisse de sécurité, alors même que la Suisse ne s'est pas positionnée sur son avenir européen depuis la chute de l'empire soviétique en 1989, dans un monde où la géopolitique et les alliances ont été bouleversées depuis une vingtaine d'années ?

J'ai peu de sympathies pour l'UDC, mais je trouve très hypocrite de s'en prendre à Ueli Maurer qui ne pouvait en l'occurrence que présenter SA PROPRE VISION sur la politique de sécurité. Nos institutions politiques étant ce qu'elles sont, avec un Conseil fédéral qui est un gouvernement collégial de sept membres appartenant à cinq partis différents, comment voulez-vous exiger de l'un de ses membres, quel qu'il soit, de présenter une vision consensuelle alors que le collège n'a pas la même vision d'avenir pour la Suisse, pour autant qu'il en ait une !

Agir ainsi, c'est mettre la charrue devant les boeufs !

Ce dont souffre la Suisse actuellement ce n'est pas d'une absence de vision sur sa sécurité, mais plutôt de la cause même de cette absence de vision, que l'on peut résumer par l'absence d'un projet d'avenir pour la Suisse. Demain la Suisse occupera la même position géographique que celle d'hier. Située au centre d'une Europe en construction, elle conservera les mêmes voisins. Toutefois ceux-ci ont des objectifs d'avenir en commun, alors que la Suisse ne s'est pas positionnée sur la nature des relations qu'elle entend entretenir avec eux.

La Suisse n'est pas proactive, elle se contente de réagir aux événements comme on a pu le constater lors des nombreux conflits d'intérêts auxquels elle a été confrontée récemment.
Cette absence de vision stratégique risque de nous coûter cher et le temps presse. Ayons le courage d'ouvrir un débat national sur notre avenir et celui de nos institutions lesquelles doivent impérativement être réformées rapidement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | mardi, 27 avril 2010

"désigner l'Islam comme le principal ennemi (...) la tiers-mondisation par l'afflux d'ineptes populations du tiers monde"... C'est un vrai bonheur, ce genre d'âneries, je résiste mal au plaisir de les publier... ne reste plus, pour parfaire la bouffonnerie, qu'inciter Ueli Maurer à proposer l'utilisation de notre glorieuse armée pour reprendre les lieux saints aux Infidèles...

Écrit par : Pascal Holenwegp | mardi, 27 avril 2010

C'est de l'intérieur que la Suisse sera attaquée! Continuer à faire la politique de l'autruche nous mènera droit au mur!

Écrit par : Patoucha | mercredi, 28 avril 2010

la métaphore est jolie, mais assez paradoxale : comment une autruche la tête dans le sable peut-elle aller s'écraser contre un mur ?

Écrit par : Pascal Holenwegp | mercredi, 28 avril 2010

"la métaphore est jolie, mais assez paradoxale : comment une autruche la tête dans le sable peut-elle aller s'écraser contre un mur ?"

Vous devriez savoir cela, vous, avec vos sempiternelles débâcles électorales.

Écrit par : Scipion | mercredi, 28 avril 2010

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