vendredi, 09 avril 2010

Le dilemme des antimilitaristes : Abolir la conscription ou abolir l'armée ?

Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) s'interroge : faut-il lancer une initiative pour l'abolition du service militaire obligatoire ? Pour les uns, une telle initiative se justifierait pour prendre de vitesse la droite que tente l'idée de rendre plus difficile l'accès au service civil, et plus lourd ce service (déja moitié plus long que le service militaire). Mais la suppression du service militaire ne serait pas celle de l'armée, et si elle remettrait à sa juste place, dans une vitrine de musée, le mythe du « citoyen-soldat », elle porte le risque de voir émerger, à la place de l'armée de conscription, une armée de métier plus contestable encore. Côté socialiste, le projet de nouveau programme du PSS considère certes que « le service militaire obligatoire est dépassé », mais veut le remplacer par un « système de recrutement volontaire ». C'est-à-dire, au moins à terme, par une armée de métier, même si la mission que les socialistes lui assigne serait de « contribuer avant tout à la protection de la population civile et à la promotion de la paix ». Mais pourquoi diable maintenir une armée, si c'est pour lui donner pour tâche celles de la Protection Civile et des Peace Brigades internationales ?


Sauver le soldat Maurer

La droite s'alarme : les demandes d'admission au service civil ont quadrupllé depuis la suppression de l'absurde « examen de conscience » lors duquel on prétendait vérifier que le candidat au service civil était réellement tenaillé par un dilemne existenciel tel qu'on ne pouvait lui refuser le droit de ne pas faire le guignol dans une école de recrue, puis dans des cours de répétition. Du coup, Ueli der Soldat et ses soutiens politiques prônent un durcissement des critères d'admission au service civil, pour sauver notre glorieuse armée de l'hémorragie qui la mine.  Il se trouve qu'en effectuant un service civil, on sert à quelque chose. Il se trouve aussi que, service civil ou non, un tiers des recrues (soit bien plus que le nombre de celles qui choisissent le service civil) sont exemptées de service militaire pour raisons médicales, et que ça arrange bien les bidons militaires, puisque, selon Ueli der Soldat lui-même, l'intendance ne suit pas le recrutement et qu'il n'y a plus en Suisse assez de matériel et d'installations militaires pour équiper, entraîner et héberger la totalité des effectifs théoriqques de l'armée suisse. Cette situation nous place, nous, antimilitaristes, devant un intéressant dilemme : Abolir la conscription ou abolir l'armée ? Si l'abolition de la première était le moyen de l'abolition de la seconde, nous n'hésiterions pas une microseconde à la soutenir. Seulement voilà : l'abolition de la seule conscription aboutirait à la création d'une armée de « volontaires » devenant assez rapidement une armée de métier, dont nous voulons encore moins que l'armée actuelle. Mieux vaut, après tout, vider l'armée de sa substance, la laisser subsister comme une coquille vide, une survivance, un groupe folklorique, ou mieux encore : un vaste service civil, utile, lui. Et pour cela, il est une méthode qui nous apparaît de plus en plus clairement comme imparable : laisser faire Ueli Maurer... De notre point de vue en effet (celui d'adversaires de l'armée en tant que telle, et de partisans de son abolition), Ueli der Soldat est sans doute le meilleur ministre de la Défense dont la Suisse ait été gratifiée depuis l'inoubliable Paul Chaudet. En tout cas, Maurer est aujourd'hui l'artisan le plus efficace de l'antimilitarisme. A force de vouloir restaurer l'armée suisse dans sa fonction, sa structure et ses conceptions stratégiques du temps de Minger et de Guisan, il en assure, avec le soutien de son parti, une obsolescence plus radicale que celle dont pourrait rêver le GSsA.  Le PDC Urs Schwaller n'a pas tort de rappeler que si l'ost helvétique est dans un état  calamiteux, l'UDC n'y est pas étrangère, puisque ce sont des UDC qui depuis quinze ans au moins président aux destinées de ce ministère (même si l'un d'entre eux, Samuel Schmid, a fini par claquer la porte de la tribu blochérienne). On se doutait bien qu'on finirait par trouver une utilité à la présence de l'UDC au Conseil fédéral, et il ne nous déplaît pas que cela soit celle-là.

14:53 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : armée, gssa | |  Facebook | | | |

Commentaires

Belle démonstration Pascal ! Pour une fois que l'UDC sert à faire autre chose que d'émettre des initiatives xénophobes, antisociales et appuyant la droite capitaliste de ce pays. Bien que le Soldat Maurer donne l'impression d'être aussi énergique qu'une demi-livre de veau, il confirme le contraire dans l'exercice de sa fonction. Ou alors, il est complètement inconscient.
Ton humour grinçant, ton ironie et ton sens de la dérision sont aussi une belle démonstration de ce que le PS ne fait pas ou ne sait pas faire. Donc, inutile de dire ici que j'apprécie le ton de tes notes.
Aux prochaines notes !

Écrit par : Rollmops | vendredi, 09 avril 2010

A quoi ça sert, une armée ?
ll faut voir les choses comme elles sont: Dans la plupart des pays, l'armée se compose de pauvres dialbles, très souvent contraints de servir, comme en Russie mais aussi ailleurs.
Les problèmes de sécurité ne sont plus ceux de 1940, alors qu'une armée forte et résolue se justifiait pleinement: La prochaine guerre ne se fera plus avec des chars et de l'artillerie, etc... Ou bien ce sera un conflit avec des terroristes, ou bien ce sera un conflit nucléaire qui réglera tous les problèmes de l'humanité une fois pour toutes. Le modèle actuel est totalement dépassé...

Écrit par : J.C. Simonin | vendredi, 09 avril 2010

Abolir l'armée!... Quelle horreur!... Quellle erreur!

... Comment nous défendrions-nous de notre nouvel ennemi héréditaire et hellène... Et surtout que ferions-nous de ce "Général" Blattmann qui pense que la guerre de Troie aura lieu? Blattmann, un homme qui bat la campagne, ne pouvant faire comme son prédécesseur qui, lui, battait la compagne!

Écrit par : Père Siffleur | samedi, 10 avril 2010

A quoi ça sert, une armée ?
ll faut voir les choses comme elles sont:De nos jours une armée ça sert à faire tourner la société de consommation, à générer des profit et à capturer l'argent public.
C'est avant tout un gros budget, comme les travaux publics, l'enseignement et la santé, et ce budget - comme les autres - dispose de ses prédateurs économiques naturels.
Sans guerre ouverte et sans justification à ses budgets militaires colossaux, l'économie des états-unis imploserait en quelques mois.
Les budgets militaires sont une des niches de l'écosystème capitaliste, le néolibéralisme y voit même un refuge lorsque d'autre niches deviennent trop surveillées.
Autrefois ont faisait (ou préconisait) la guerre pour des raisons idéologiques, aujourd'hui le moteur est seulement le profit.

Écrit par : olivier melet | samedi, 10 avril 2010

Vous savez quoi Holenweg ? Vous devriez lancer une initiative planétaire pour l'abolition de la violence ! Ca, ce serait une idée qu'elle serait bonne, vous trouvez pas ?

Et pour que ça marche vraiment, on déciderait dans la foulée de buter tous les violents !

" Et surtout que ferions-nous de ce "Général" Blattmann qui pense que la guerre de Troie aura lieu?"

Il a raison et il me rejoint dans une certaine mesure, puisque j'ai toujours considéré - à tout le moins depuis longtemps - que la guerre de Troie est la mère de toute les guerres : celle du cocu contre le séducteur.

Même les anarchistes n'ont rien pour la prévenir d'abord, l'empêcher ensuite.

Les Anciens avaient tout compris et si nous nous croyons plus évolués, c'est tout simplement parce que nous ne comprenons plus rien du tout.

Écrit par : Scipion | samedi, 10 avril 2010

Et pourquoi devrais-je "abolir la violence" ? Quand elle aboutit, par exemple, et au hasard, à renvoyer un TerreBlanche au pays de ses ancêtres, elles ne me gêne pas outre mesure... Quand à la "guerre de Troie", qui ne fut qu'une interminable escarmouche périphérique montée en mythe par une succession d'aèdes anonymes, il ne me déplaît pas non plus que nos brillants stratèges et quelques identitaires carvernicoles en fassent la Mère de toutes leurs batailles, pendant que nous faisons entrer dans nos pays quelques troupeaux de chevaux creux gorgés de racaille immigrante...

Écrit par : Pascal Holenwegp | samedi, 10 avril 2010

En tous les cas le PS a déjà décidé de démanteler l'assurance militaire.

L'assurance militaire, qu'est-ce que donc ? Me direz vous. A moins que vous ne me tiriez dessus puisque cette assurance, là, est militaire de nom.

Et bien l'assurance militaire est, historiquement, la première assurance sociale de la Confédération et elle couvre (de moins en moins) les conséquences dommageables pour la santé subies par ceux qui sont appelés à des obligations militaires (et d'autres encore).

Cependant depuis des années, le PS, son personnel politique féminin en tête, soutient son démantèlement. Diminution des prestations successives puis transfert de le gestion à la SUVA, sans lui donner des moyens sérieux de gestion.

Après tout, le pauvre con qui s'est fait prendre en est rarement une.

Écrit par : CEDH | samedi, 10 avril 2010

"...nos brillants stratèges et quelques identitaires carvernicoles en fassent la Mère de toutes leurs batailles, pendant que nous faisons entrer dans nos pays quelques troupeaux de chevaux creux gorgés de racaille immigrante..."

Il faut être vermoulu par la haine pour souhaiter qu'un pays qui marche à peu près bien, soit progressivement transformé en pouillerie tiers-mondique !

Écrit par : Scipion | samedi, 10 avril 2010

c.q.f.d.

Écrit par : Pascal Holenwegp | samedi, 10 avril 2010

"A quoi ça sert, une armée ?
ll faut voir les choses comme elles sont:De nos jours une armée ça sert à faire tourner la société de consommation, à générer des profit et à capturer l'argent public."
Oui, c'est là une conclusion qui s'impose. surtout aux E.U.s. Les E.U.s sont prepétuellement en guerre, officiellement pour défendre la Liberté, la Justice et la Démocratie (ne pas oublier les majuscules...)contre le fascisme, le communisme, le terrorisme et dernièrement sans doute contre les rhumatismes. Ce faisant, ils s'allient avec les pires et les plus sanguinaires dictatures, comme au Kyrgistan ou avec Saddam Hussein avant de détruire l'Irak, ou avec les Talibans avant d'attaquer et de détruire l'Afghanistan.
Environ 70% des Allemands sont définitivement CONTRE l'envoi de troupes allemandes en Afghanistan, mais l'Allemagne est une Démocratie, n'est-ce pas.

La Démocratie, ce serait un système TELLEMENT magnifique, si il n'y avait tout le temps ces cons de citoyens. Mais ce système est bien trop intellectuel, trop élevé, trop délicat pour être confié à la populace.
enfin, je pense que l'on pense ainsi en haut lieu, si tant est que l'on pense à quelque chose...

Écrit par : J.C. Simonin | dimanche, 11 avril 2010

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