mercredi, 17 mars 2010

République orpheline cherche président-e ?

Oedipus Rex Genevensis

Une commission (la troisième) de la Constituante genevoise propose que Genève se dote d'un (ou d'une) président(e) pour toute la durée de la législature, et une tripotée de constituant-e-s ont fait le voyage (en deuxième classe, avec la plèbe qui sent des pieds ?) jusqu'à Bâle pour allez y renifler un air présidentiel qu'apparemment les constituant-e-s genevois regrettent de ne pas humer à Piogre. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls : la « Tribune de Genève » fait toute sa troisième page, et un débat ce soir en prime, de l'éventuelle instauration d'une véritable chefferie gouvernementale cantonale. Comme si c'était une priorité. Déja que l'idée n'est pas franchement neuve (Guy Olivier Segond l'avait proposée dans les années '90, François Longchamp l'avait réchauffée il y a quelques années et Manuel Tornare rêve depuis des lustres de doter la Ville d'un-e Maire pour quatre ans), et qu'elle n'a séduit que les Urbanobâlois et les Vaudois (plus les deux cantons à Landamann, Glaris et Appenzell Rhodes extérieures)... La République de Genève est vieille d'un demi-millénaire. Ne serait-elle pas en 500 ans arrivée à l'âge adulte, qu'il lui faille encore un papa (ou une maman) ? Un-e président-e quinquennal-e de Genève ? Et pourquoi pas en revenir à un Comte de Genève, avec transmission héréditaire du titre (par primogéniture mâle, cela va de soi) ?


Manque de chefs ou chefs en manque ?
Heureuse République, que celle pour qui l'enjeu institutionnel fondamental serait de savoir si le président ou la présidente de son gouvernement doit l'être pendant un ou cinq ans... Comme si rien d'autre n'importait autant. Comme si c'était la clef d'une réforme institutionnelle. Comme si ce qui importait n'était pas de construire une démocratie capable de peser sur la réalité, et donc, puisque la réalité genevoise est celle d'une région transfrontalière de bientôt un million d'habitants, d'inventer, en se dépêtrant de la Suisse, des institutions démocratiques (et donc élues) régionales transfrontalières, à partir des communes puisqu'elles sont le seul espace institutionnel commun à la Suisse et à la France, à Genève et à Vaud. On espère que la Constituante y travaille, mais pas qu'elle y aboutisse : elle n'a pas été conçue pour cela -pas pour être une véritable Constituante. Prise dans la nasse de la loi qui l'a instituée, elle ne peut rendre qu'un seul projet, une seule fois, soumis à une seule sanction  populaire.  Et pour s'assurer que le projet qui en sortira soit le moins fauteur de débats importants, et le moins provocateur d'oppositions, on a laissé quatre ans aux fabricants de compromis doucereux pour s'ébrouer, quand quelques mois, voire quelques semaines, suffirent aux Constituants de l'époque des diligences et de l'éclairage à la bougie pour inventer la démocratie moderne. La Constituante genevoise a quatre ans pour ripoliner la vieille constitution de 1847. D'où sans doute la passion portée à des gadgets du genre de la « présidence durable » du gouvernement.  Genève ne manque pas de chef-fe-s. Sinon de chefs et de cheffes en fonction, du moins de candidats et candidates à la chefferie, d'aspirants chefs et d'aspirantes cheffes, de chefs putatifs et de cheffes putatives (« passer du gouvernement des hommes à l'administration des choses », n'était-ce pas le projet initial du mouvement socialiste ?).  Genève ne manque pas de chefs, ce sont ses petits chefs qui sont en manque de chefferie. Genève aura peut-être un président, ou une présidente. Qui présidera le gouvernement de moins en moins gouvernant (la Confédération y veillera) d'un morceau de plus en plus congru de la Genève réelle : un petit quart de son espace, une petite moitié de sa population. Le président de ce lambeau de Genève aura moins de pouvoir que le Maire d'Annemasse? Qu'importe : il aura un titre. Et les visiteurs de la République continueront de se demander ce que peut bien être un « président du Conseil d'Etat » ou un « chef du gouvernement cantonal », quand tout le monde, partout, sait ce que sont un-e Maire et une commune...

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