mardi, 09 mars 2010

2e Pilier : touche pas à MA rente

« Le peuple suisse vient de tracer une ligne rouge, une première limite à ne pas franchir dans le démantèlement des assurances sociales » déclare notre président à tous (pas Longet, Levrat) après la lourde défaite de la droite sur le 2e pilier, dimanche. Ouais. D'abord, tracer une «ligne rouge » autour du 2e pilier, c'est un peu vite oublier que ce machin a été concocté par la droite (avec l'appui résigné du PSS et de l'USS, certes) contre un projet de « retraites populaires » qui aurait renforcé l'AVS au lieu que d'instaurer une retraite par épargne forcée. Ensuite, il nous semble que des limites à ne pas franchir dans le démantèlement des assurances sociales, on en a déjà franchies quelques unes. On se réjouira certes que celle-ci n'ait pas (encore) été franchie, mais en faire une grande victoire de la gauche, le début de la « reconquête sociale » qu'y voit « Le Courrier » ou, comme « Le Matin », une manifestation de « révolte » des Suisses, c'est un peu excessif.. Le vote de dimanche est juste un vote de rentiers qui veulent garder leurs sous, qui ont parfaitement raison de ne pas vouloir les filer aux assurances privées et de payer la crise à la place des responsables de la crise, mais dont la plupart n'auraient certainement pas voté l'intégration du 2e pilier dans l'AVS, c'est-à-dire la transformation de leur rente par capitalisation en un renforcement de la rente par répartition...


Ni Austerlitz, ni Waterloo

Ce dimanche, les citoyennes et les citoyens de ce pays n'ont pas « sauvé le 2e Pilier », mais seulement maintenu le montant de leurs rentes. Contrairement à la piteuse excuse que le président des radelibes, Fulvio Pelli, donne de la défaite de la droite, les Suisses ne se sont pas «écartés du sujet de la votation» : ils y étaient en plein, dans le sujet. Pour le moment (la droite y reviendra), le « taux de conversion » en rente du capital de prévoynce professionnelle ne diminuera pas plus que ce qui est déjà prévu, mais l'épargne forcée reste une épargne forcée, les montants faramineux qu'elle accumule restent disponibles pour des investissements dont personne ne peut garantir qu'ils sont à la fois raisonnables et éthiquement acceptables, la fortune du 2e Pilier ne garantit toujours pas la solidiité du 1er Pilier (l'AVS) et la retraite par capitalisation n'est toujours d'aucun apport à la retraite par répartition, le bas de laine et la solidarité ne jouant évidemment pas dans la même cour... La défaite de la droite ce dimanche est bonne à prendre parce que c'est une défaite de la droite, et Christian Levrat a raison de la saluer comme une victoire contre l'« l'alliance de l'argent et de l'arrogance », mais de là à en faire une « victoire du peuple de gauche sur l'aristocratie radicale »... l'ampleur même du « front du refus » nous signale qu'une bonne partie des suffrages qui ont balayé la proposition de la droite proviennent de l'électorat de droite lui-même. La proposition de réduction des rentes a été refusée par un pourcentage de votant deux fois supérieur à celui que la gauche obtient lors des élections, lorsque le choix se fait réellement entre la gauche et la droite. Ces rentières et rentiers de droite qui ont voté contre la réduction de leurs rentes, auraient-ils voté avec nous si ce qui leur était proposé avait été la transformation de leur bas de laine en un apport financier à la solidarité, un basculement de la fortune de la prévoyance professionnelle (plus de 600 milliards de francs, pour 3 millions et demi d'assurés) dans les caisses de l'AVS, ou pour financer un revevenu minimum ? Voteront-ils avec nous contre les révisions à la baisse de l'AVS, de l'AI, de l'assurance-chômage ? On n'en prendra pas le pari. Le vote de ce dimanche n'est pas un vote pour la solidarité, c'est un vote contre « le vol des rentes ». Notre slogan de campagne était le bon : personne n'a envie de se laisser voler, surtout si c'est par plus riche que soi, mais ceux qui votent contre le « vol » de leurs rentes sont-ils prêts à les partager avec ceux qui n'ont pas de 2e Pilier, ou en ont d'exsangues ?  Le travail de redéfinition de nos assurances sociales et de leur financement ne fait que commencer. Et il sera bien plus difficile que celui qui a été, avec succès, mené à bien dimanche.  Le rejet clair et net de la baisse du taux de conversion du 2e pilier « doit permettre de renforcer la confiance populaire dans notre système de retraite » estime Christian Levrat... et si nous en faisions plutôt le premier pas vers une redéfinition solidaire de ce système  ?

01:14 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, assurances, avs | |  Facebook | | | |

Commentaires

Certes, certes, nous voulons tout.

Mais hélas, comme la gestion est pathétique, eh bien il n'y a plus d'argent pour les payer, ces rentes. Et les caisses des Etats sont vides elles aussi, pire que vides, creuses.

Quant aux impôts, en divers endroits tels que Genève par exemple, ils ont déjà dépassé le niveau de ceux de plusieurs pays européens pourtant réputés méchants en la matière.

Donc viendra un jour où il faudra bien couper quelque part. Sur les rentes, sur les salaires et/ou le nombre des fonctionnaires, sur les retraites des fonctionnaires, sur diverses prestations sociales.

Mais c'est tellement plus facile de ne regarder que l'immédiat et de foncer dans le mur...

Écrit par : antoineb | mardi, 09 mars 2010

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