vendredi, 26 février 2010

Crise libyenne : L'Europe sauve la mise de la Suisse

Mardi soir, l'un des deux Suisses retenus depuis des mois en Libye, en rétorsion de l'arrestation à Genève du fils du Frère en chef, a pu retrouver le sol suisse. Le deuxième otage suisse du clan Kadhafi a, lui, été conduit en prison sous prétexte d'infraction aux lois sur l'immigration. Pour en arriver à ce dénouement mi-figue, mi-datte, il aura fallu que les ambassadeurs européens à Tripoli passent la nuit dans une ambassade de Suisse encerclée par des policiers armés, et que l'Union européenne s'engage, contrainte et forcée par le  « mécanisme de Schengen », dans un conflit qui au départ ne la concernait absolument pas, mais qui, sans cet engagement européen, en serait encore au stade où il était lorsque Hans-Rudolf Merz revenait de Tripoli avec le linge sale des otages, mais sans les otages. La Suisse sortie du merdier libyen par l'Europe ? Le principal enseignement de la crise libyenne ne manque pas d'ironie. La même que celle dont l'ineffable Kouchner tenta de faire preuve lorsqu'à la question d'un journaliste suisse sur une possible solidarité de l'Europe avec l'Helvétie face à la Libye, il fit mine de s'étonner :  « Ah bon, la Suisse est membre de l'Union ? Excellente nouvelle ! » .


De l'Europe comme bouée de sauvetage
Souvenez-vous : en août 2009, notre président d'alors, Hans-Rudolf Merz, s'en était allé à Tripoli présenter à papa Kadhafi de plates excuses pour le traitement de non-faveur réservé à fiston par la police genevoise. Et l'éditorialiste du Temps de soupirer, soulagé :  « selon toute évidence, la crise libyenne est en phase d'atterrissage ». Ce fut l'atterrisage le plus long (six mois...) de l'histoire de l'aviation. Encore a-t-on dû compter sur les aiguilleurs du ciel européens pour que l'atterrisage d'un des deux passagers retenus en Libye puisse se faire C'est aussi l'intervention des ambassadeurs européens qui a évité que l'ambassade suisse à Tripoli soit prise d'assaut par la police libyenne, et c'est encore vraisemblablement une intervention européenne qui tirera de la geôle où on a dû le laisser, le deuxième des passagers que l'on s'était promis de ramener il y a six mois.  Ce n'est pas de gaieté de coeur que l'Union Européenne s'est portée au secours de la Suisse, mais parce qu'elle y a été entraînée une fois mis en route le mécanisme de l'espace Schengen, par lequel un pays membre dudit l'espace peut, tout seul, en limiter l'accès aux ressortissants d'Etats tiers. En usant de ce mécanisme contre plusieurs centaines de Libyens, membres ou proches du clan au pouvoir, et en provoquant en retour une mesure du même ordre prise par la Libye à l'encontre de tous les ressortissants européens, la Suisse a délibérément fait dégénérer une crise bilatérale en crise multilatérale, pour obliger l'UE à se porter à son secours. Reste à savoir si la Suisse pourra encore longtemps user ainsi de l'Union Européenne comme d'une bouée de sauvetage, sans en être membre. Une telle situation n'est pas si confortable que les europhobes feignent de le croire : la Suisse est contrainte d'appliquer des décisions et des normes à l'élaboration desquelles elle ne peut prendre aucune part, et ne peut compter sur aucune solidarité de la part de l'Europe, sinon celle à laquelle elle la contraint en usant de mécanismes (ceux de Schengen, en l'ocurrence) prévus pour tout autre chose, et dont, du coup, l'Europe songe à changer le fonctionnement. La crise libyenne a ainsi été un révélateur supplémentaire de l'absurdité de la situation de la Suisse à l'égard de l'Union Européenne. Il en faudra encore combien, de ces douloureuses révélations, pour qu'on se résolve à regarder la réalité en face et qu'on renonce à traduire la vieille devise de la Confédération,  « un pour tous, tous pour un » en un pitoyable  « tous à notre secours quand on est dans la merde » ?

02:59 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : libye, kadhafi, europe | |  Facebook | | | |

Commentaires

Bonjour. Quand on écoute notre Conseiller fédéral Ueli Maurer sur sa vision de notre politique en matière militaire, on sait que l'on va non pas atterrir en douceur mais que l'on va être forcer de crasher notre système de concordance pour s'ouvrir une porte de secours vers l'Union européenne. A force de jouer contre tous, l'UDC va s'auto-éjecter du Gouvernement. Si les Mirages étaient encore nos avions de patrouille du ciel préférés, on dirait qu'ils vont actionner le siège éjectable du grand Mirage européen réservé aux récalcitrants pour s'envoyer au Ciel rejoindre leur Dieu Xénophobe. La comparaison avec les talibans n'est plus fortuite. Elle est tout-à-fait adaptée aux chefs influents de l'UDC. Désolé pour ses membres modérés qui cherchent encore des solutions dans un esprit de concordance amicale. Bonne journée à vous.

Écrit par : pachakmac | vendredi, 26 février 2010

Alors là, vous vous trompez de cible. La cause de ce ramdam. Ce n'est pas le Conseil fédéral, ni les Suisses. Souvenez-vous en.

Il s'agit de l'arrestation du fils Kadhafi par 20 policiers sous la responsabilité de Moutinot. A certains politiciens, il faut donner des cours de diplomatie:

"Moutinot, alors conseiller d'état de Genève aurait pu renvoyer Kadhafi dans son pays, séance tenante, en invoquant par exemple la grippe H1N1 qui se propageait dans l'Hôtel à vitesse grand V et mettre ainsi en sécurité les domestiques".


Moutinot après avoir déclaré la guerre mondiale s'en lave les mains et surtout joue les filles de l'air.

Écrit par : oceane | vendredi, 26 février 2010

Souvenons-nous donc : Kadhafi junior et Madame ont été arrêtés parce qu'ils maltraitaient leurs domestiques, et il a fallu mobiliser une vingtaine de policiers parce que les gardes du corps (armés) de Kadhafi Junior faisaient de la résistance. Avec Hannibal, on a pas affaire à un diplomate, mais à un fils à papa qui se croit tout permis. Avec Mouammar, on a affaire à un chef de clan qui se venge de ce que son rejeton ait été traité comme n'importe qui. ça ne va, au départ, pas plus loin.

Écrit par : Pascal Holenwegp | vendredi, 26 février 2010

(de France :)

Il y a un peu plus de deux siècles, la Nation française confiait son destin à la République. Il semble qu'aujourd'hui l'Europe veuille le lui confisquer...


Certains agitent la prétendue "mauvaise image de la France à l'étranger" (*) et dénoncent : "ces Français qui donnent la leçon au monde alors que de Terreurs en Bonapartismes, ils ont la vie publique la moins démocratique et la moins apaisée du monde occidental" (*). Il faut leur répondre qu'au prix douloureux de la désunion nationale, c'est encore une fois la France qui fait son travail d'accouchement (politique) de l'idéal. Et qu'il faille commencer par brûler un peu quelques épouvantails bruxellois ne surprendra personne : du linge propre, et faîtes bouillir de l'eau - l'enfant arrive - et il se présente mal.



Car c'est bien d'idéal dont il est question ici, puisqu'un vingtième siècle épuisé s'est sacrifié sur l'autel de la fin de l'histoire en nous promettant, bonheur suprême, qu'enfin il ne se passerait plus jamais rien, moyennant quelques concessions indolores à la liberté (c'est à dire : à la faculté) de penser. Mais le sol et même le sous-sol est toujours là : les vieilles économies animales de la régulation (ces fameuses lois : de la jungle, du marché...) restent à l'oeuvre, et lors même que les foules humaines n'aspireraient plus à rien.



En ce sens, c'est le film "Matrix" qui désigne notre pire cauchemar : monoculture industrielle généralisée des cocooning individuels, chacun absolument isolé et potentiellement relié à tous les autres. La culture n'a jamais été aussi proche de l'agriculture, depuis 100000 ans !



Mais revenons à l'idéal, c'est à dire à la transcendance. L'animal religieux veut manger l'Homme à la sauce de la déraison, et pas seulement en Europe, et il est aidé en cela par la faiblesse des rêves qu'on lui (propose) oppose. Car si la modernité décline astucieusement les rêves de désincarnation via par exemple la révolution numérique et celle des transports, ces rêves ne transcendent que l'animalité végétative (patates de canapés), et en aucun cas l'Humanité en proie aux morts passés et à venir. Or les églises mêmes les plus grossières promettent un au-delà et un surhumain qui échappent radicalement à nos sociétés civiles sidérées de leur renoncement originel. L'Europe est un idéal de pacotille.

(*) : vieilles lunes, tous media

Vive la Suisse !

Écrit par : speakfrench | vendredi, 26 février 2010

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