jeudi, 25 février 2010

Peine de mort : en finir avec la loi du talion

Certes, plus des deux tiers des Etats du monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique et en Europe, le seul pays à l'appliquer encore est la Biélurossie, exclue de ce fait du Conseil de l'Europe puisque l'abolition du meurtre légal est une condition pour en être membre. La peine de mort a même été abolie par des pays comme le Rwanda, y compris pour le crime suprême de génocide dont son peuple a été victime, et la Bosnie, ravagée par les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis lors de l'éclatement de la Yougoslavie. Des milliers de personnes sont pourtant encore trucidées légalement chaque année, sur injonction de tribunaux légaux, de juges légaux, de jurés légaux. Plus de 90 % de ces homicides validés par la loi sont commis en Chine, en Iran, en Arabie Saoudite et aux USA, la seule Chine assurant 80 % de ces exécutions d'une balle dans la nuque, avec envoi de la facture de l'exécution à la famille de l'exécuté, et récupération des organes du spplicié pour usage médical ultérieur. Aux USA, des milliers de prisonnières et de prisonniers attendent dans des « couloirs de la mort » que des dizaines d'entre elles et eux ne traverseront une dernière fois que pour être tués, sans jamais que l'on soit certain qu'ils étaient coupables de ce pourquoi ils (elles) ont été condamnés.


Kanûn
Si se tient à Genève un congrès mondial contre la peine de mort, c'est bien que la peine de mort est toujours prévue dans des lois et appliquée dans les faits. On tue encore légalement par pendaison, décapitation, fusillade, électrocution, empoisonnement, lapidation... Quelque part au fond de nos cerveaux reptiliens, la bonne vieille loi du talion n'attend que son heure pour ressurgir : « Oeil pour oeil, dent pour dent », c'était, dans la jolie bouche de sa jolie soeur, l'annonce de la vengeance libyenne après l'arrestation d'Hannibal Kadhafi à Genève. C'est dire la place que l'on peut accorder à la Loi du Talion dans une société civilisée. On sait bien qu'en France la peine de mort n'a été abolie par François Mitterrand que malgré, ou contre l'opinion publique, et on se gardera bien de tout pronostic sur le résultat d'un vote populaire en Suisse sur le rétablissement d'un « châtiment suprême » qui a plus souvent qu'à son tour consisté à tuer un innocent pour le crime commis par un autre. L'hypothèse d'une justice infaillible relevant de la pure absurdité, ou de la foi religieuse si l'on tient à croire en une justice divine, et la justice qui condamne à mort étant bien en peine de ressusciter l'innocent exécuté, la peine de mort ne serait légitime -et encore ne le serait-elle que théoriquement- que si elle s'appliquait aussi à ceux qui en réclament, en acceptent et en exécutent l'application, autrement dit, que si les juges et les jurés qui ont condamné à mort des innocents, les procureurs qui ont requis cette condamnation, les vengeurs, masqués ou à visage découvert, qui ont appelé la peine de mort de leur voeux, et les bourreaux qui l'ont exécuté, y étaient eux aussi, au nom de la loi du talion, condamnés une fois attestée, à titre posthume, l'innocence du condamné. La même logique devrait d'ailleurs prévaloir pour toute condamnation : juges, jurés et procureurs devraient, si l'on tient à ce que la justice soit légitime et pas seulement légale, être responsables de leurs actes, puisque la sanction légale se fait précisément au nom de la responsabilité individuelle. Le condamné l'est parce qu'il est responsable des actes qu'on lui reproche ? Ceux qui condamnent un innocent devraient être condamnés, au nom du même principe de responsabilité, à la peine subie de leur fait par quelqu'un qui n'avait pas commis ce dont on l'accusait. La cohérence et l'exercice de la justice n'ayant pas grand chose à voir l'une avec l'autre, on se contentera de rêver à la première.

DU 24 AU 26 FEVRIER, GENEVE
QUATRIEME CONGRES MONDIAL CONTRE LA PEINE DE MORT

<www.abolition.fr>

JEUDI 25 FEVRIER, GENEVE
Soirée "Paroles de victimes"
organisée par la coalition "Ensemble contre la peine de mort"
avec la participation, notamment, d'Emily Loizeau
20 heures, BFM


02:52 Publié dans Justice | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | | | |

Commentaires

La peine de mort n'a rien à voir avec la loi du Talion. C'est simplement le seul châtiment proportionné à certains crimes, les plus atroces évidemment. On sait que Michel Fourniret se royaume en prison - son avocat a rapporté l'aisance avec laquelle il a aménagé son univers carcéral.

Etre et parent de victime et penser que le type qui a brisé votre vie à jamais, se marre en regardant Bugs Bunny ou Tom et Jerry à la télévision doit être une épreuve épouvantable. Et qui, jour après jour, soir après soir surtout, n'en finit plus de durer...

Écrit par : Scipion | jeudi, 25 février 2010

"L'hypothèse d'une justice infaillible relevant de la pure absurdité..."

« …s’il est vrai (des faits récents le prouvent, hélas) qu’on ne peut jamais être à l’abri d’une exécution injustifiée, il n’en reste pas moins qu’on ne peut abolir une institution au nom de la seule éventualité du mauvais usage qui pourrait en être fait, car bien peu de mécanismes humains résisteraient au tri comme insusceptibles d’abus. »

Marie-Laure Rassat, professeur de droit pénal à l’Université de Paris XII, in « Contre ou pour la peine de mort », Librairie philosophique J. Vrin, Paris 1979, pp 29-30).

Écrit par : Scipion | jeudi, 25 février 2010

S'agissant de la peine de mort, d'erreurs judiciaires et donc de l'exécution d'innocents, "abus" est un euphémisme. Au fond, il s'agit d'être cohérent dans l'application de la loi du talion (quelque forme qu'elle prenne) : si on se donne le droit d'exécuter des assassins, on s'impose d'accepter que soient exécutés ceux qui ont fait exécuter des innocents.

Écrit par : Pascal Holenwegp | jeudi, 25 février 2010

"C'est simplement le seul châtiment proportionné à certains crimes, les plus atroces évidemment."

Quels sont les critères pour déterminer si un châtiment est juste ? Car si on suit la pensée dégueulasse de Scipion le brun, ce n'est pas QUE la peine de mort qu'il faut infliger: il faut la précéder d'une longue et plus douloureuse possible torture.

C'est beau l'humanisme version nazi.

Écrit par : Djinius | jeudi, 25 février 2010

Les assassins n'ont pas ét exécutés en vertu de la loi du Talion, mais parce qu'ils ont commis un acte puni de mort par le Code pénal. Que nul n'est sensé ignorer !

Et puis à suivre cette logique, il faudrait aussi envoyer en prison ceux qui ont condamné un innocent à la prison, et pour une durée correspondante...

Comme ça plus personne n'est condamné à rien et la nébuleuse progresso-droits-de-l'hommiste a enfin obtenu ce qu'elle voulait : l'absolution pour tout le monde ! A l'exception des auteurs d'actes considérés comme racistes, faut pas déconner non plus :o)

Écrit par : Scipion | jeudi, 25 février 2010

J'aime beaucoup l'idée de "châtiment proportionné" : on prend une saloperie, on en déduit une autre saloperie, proportionnelle à la première, et on la commet au nom du juste châtiment. Mais pourquoi la peine de mort, alors ? Un Dutroux ou un Fourniret méritent mieux : la réclusion à perpétuité au régime normal du droit commun, dans une cellule à trois ou quatre... à mon humble avis, la perpétuité ne durerait pas plus de quelques jours...

Écrit par : Pascal Holenwegp | jeudi, 25 février 2010

"à suivre cette logique, il faudrait aussi envoyer en prison ceux qui ont condamné un innocent à la prison, et pour une durée correspondante."... eh oui, vous avez bien lu, c'est bien le corollaire logique de l'affirmation de la responsabilité individuelle...

Écrit par : Pascal Holenwegp | jeudi, 25 février 2010

Il ne reste plus qu'à trouver le châtiment pour ceux qui ont relâché, remis en liberté ou acquitté un coupable dont la culpabilité n'est définitivement établie que par la suite, et on en aura terminé avec les délires.

Écrit par : Scipion | jeudi, 25 février 2010

on n'en aura jamais terminé avec les délires tant qu'on restera dans une logique de châtiment. Autant dès lors aller jusqu'au bout de cette logique imbécile et mettre en oeuvre un mécanisme du châtiment perpétuel.

Écrit par : Pascal Holenwegp | jeudi, 25 février 2010

Merci, Monsieur Holenweg, de la note attirant l'attention sur le Congrès contre la peine de mort à Genève. Oui des "innocents" sont exécutés. Et qui a le droit de tuer un coupable? D'autres punitions existent.
J'ai longtemps correspondu avec des condamnés dans les couloirs de la mort au Texas. Eux m'ont appris la perversité des systèmes; ils m'ont aussi appris l'héroïsme humain du condamné face à la bestialité institutionnalisée de la torture. La lutte pour l'abolition de la peine de mort continue partout, mais nous avons besoin d'analyser les causes fondamentales de la violence sous toutes ses formes. Merci encore. Claire-Marie Jeannotat

Écrit par : cmj | jeudi, 25 février 2010

La peine de mort doit être maintenue et appliquer sur les dangereux criminels récidivistes.
Il faut enlever la mauvaise herbe.

Pour moi la peine de mort relève du droit humain envers ceux qui ont subi les pires des crimes.

En voilà un exemple:

Viol et meurtres en Irak: perpétuité pour un ancien soldat américain

Un ancien soldat américain de 24 ans a été condamné vendredi aux Etats-Unis à la prison à vie pour le meurtre d'une famille irakienne, qui avait suscité une intense émotion en 2006 dans le monde arabe.
Le juge fédéral du Kentucky (centre-est) Thomas Russell a condamné Steven D. Green à cinq peines de prison à vie consécutives sans aucune possibilité de libération conditionnelle. Il a évoqué un crime "inimaginable, injustifié et inexcusable".
L'ancien soldat passera ainsi sa vie en prison pour avoir été le meneur d'une équipée particulièrement meurtrière au sud de Bagdad, en mars 2006.
Alors que trois autres soldats américains violaient tour à tour une jeune fille de 14 ans, M. Green avait emmené ses parents et sa sœur de six ans dans une chambre voisine où ils les avait abattus. Il avait ensuite violé à son tour l'adolescente, Abeer al-Janabi, et l'avait tuée.
Les soldats, qui s'étaient déguisés afin d'approcher sans difficulté la maison de la jeune fille qu'ils avaient repéré peu avant, avaient ensuite mis le feu à la maison et aux corps.
Steven D. Green, qui a été jugé par un tribunal civil après avoir été renvoyé de l'armée pour "troubles de la personnalité" avant que cette affaire sanglante ne soit découverte, a pris la parole vendredi lors de l'audience.
Il a reconnu des actes "vraiment destructeurs et mauvais" mais a ajouté: "vous pouvez décider que je suis un psychopathe ou un prédateur sexuel mais si je n'étais jamais allé en Irak, je n'aurais jamais été rattrapé par ce genre de chose", a-t-il déclaré.
"Vous ne savez toujours pas ce qui s'est passé, vous n'y étiez pas", a-t-il déclaré en se tournant vers l'accusation.
Un jury l'avait déclaré coupable en mai des 17 chefs d'accusation qui pesaient contre lui, dont viol, meurtre et obstruction à la justice.

"POUR MOI CE SOLDAT MÉRITE LA PEINE CAPILALE"

Écrit par : mouchkito | jeudi, 25 février 2010

"qui a plus souvent qu'à son tour consisté à tuer un innocent pour le crime commis par un autre." Si tu fais allusion aux jurisprudences du code d'hammurabi, des passages qui précisent que si la maison qu'un homme a construit s'effondre sur la famille de son client, tuant ainsi son fils, le fils de l'homme qui l'a construit devra être mis à mort, je suis bien d'accord qu'il s'agit d'innocents.

En prison également, les erreurs/complots étant plus que probables, certaines erreurs ont bien pu survenir, et sureviennent encore sûrement, ce qui est totalement inhumain, mais nous n'en sauront rien.

Par contre, et pour les crimes ou la reponsabilité d'une personne ne peut être remise en cause car il existe des preuves irréfutables (ADN, video ...), là je serai bien plus cruel que la loi du talion. En france c'est une honte, la perpétuité n'existe même plus, et un assassin se fait relacher au bout de 5 ans car le psychologue n'aura pas fait son boulot et l'aura déclaré faible mentalement.

Faut arrêter les conneries, de plus nos impôts passent dans la bouffe et les télé des criminels.

Peine de mort lorsque preuve irréfutable ? Mais pourquoi les associations nous cassent-elles les couilles ? Le jour ou cette situation arrivera à un de ses membres, alors j'espère que l'envers de sa veste sera présentable.

Sans faire parler les sentiments ou l'émotion, je dirai que si certaines personnes se croyent tout permis en France notamment, c'est qu'ils savent très bien qu'ils n'écoperont jamais de cette peine.

Merci de l'avoir supprimé, nous allons droit dans le mur.

Amicalement,

mathieu.

Écrit par : mathieu | mercredi, 10 mars 2010

Les commentaires sont fermés.