Lutter contre le chômage ou contre les chômeurs ?

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120 jours de sursis, c'est trop demander ?

Pour faire face à la montée du chômage, Vaud, Neuchâtel et le Jura ont obtenu une prolongation de 400 à 520 jours du nombre maximal d'indemnités que peut toucher un chômeur ou une chômeuse. Cette prolongation, accordée aux cantons particulièrement frappés par le chômage, Genève ne l'a pas demandée, alors que le taux de chômage genevois est le plus élevé de Suisse.  Explication de l'apparatchik longcampien de service, Bernard Favre : indemniser plus longtemps les chômeurs retarderait leur droit à l'obtention des prestations de retour à l'emploi... traduction : plus longtemps on indemnise les chômeurs, plus on retarde le moment où ils sortent des statistiques du chômage, fût-ce en tombant carrément à l'assistance publique. Il faut donc les indemniser le moins longtemps possible pour hâter le moment de leur arrivée en fin de droits et qu'ils se résignent à accepter n'importe quel boulot pour n'importe quel salaire. Les syndicats, qui exigent de lutter contre le chômage, pas contre les chômeurs et  lancent une pétition demandant la prolongation de 120 jours de l'indemnisation des chômeurs : signez-là  !

(http://www.cgas.ch/SPIP/spip.php?article1492)

Cachez ce chômeur...
Tous les mois, à Genève, 250 chômeuses et chômeurs arrivent en fin de droits à l'indemnisation. Pas de quoi fouetter un Favre ou un Longchamp, qui s'accrochent à des mesures de « réinsertion » qui ne «réinsèrent » pas grand monde : sur 3000 chômeuses et chômeurs arrivés en fin de droit en 2009, moins de 700 bénéficiaient en décembre d'allocations de « retour en emploi» ou d'« emplois de solidarité » sous-payés, qui n'ont en sept mois permis qu'à sept personnes de retrouver un emploi « normal». Quant aux « emplois-formation », ils sont quatre fois moins nombreux que les anciens emplois temporaires cantonaux. Enfin, près de la moitié des inscriptions au chômage sont en fait des réinscriptions. Le « puissant » dispositif genevois de « retour à l'emploi », tant vanté par ses bricoleurs, apparaît surtout comme un puissant dispositif de purge des statistiques du chômage : la proportion de chômeurs arrivant en fin de droits atteint à Genève plus du double (14,5 % en novembre 2009) de la moyenne suisse (6,5 %).  Le refus du gouvernement genevois de prolonger la couverture chômage exprime la propension générale de nos gouvernants à faire payer les crises aux victimes des crises : la prochaine révision de la loi fédérale sur l'assurance-chômage prévoit  800 millions de francs d'économies sur le dos des chômeurs, et à Genève un projet de loi prévoit de supprimer le revenu minimum d'aide sociale accordé aux chômeurs en fin de droit. L'objectif est toujours le même : indemniser les chômeurs le moins longtemps possible, pour les contraindre à accepter le plus rapidement possible n'importe quel emploi, dans n'importe quelles conditions, à n'importe quel prix. On se demande d'ailleurs pourquoi le Conseil d'Etat genevois et le Conseil fédéral ne poursuivent pas ce beau raisonnement jusqu'à son terme logique : supprimer complètement l'indemnisation des chômeurs, histoire de les pousser le plus vite possible hors des statistiques, de les mettre le plus tôt possible en fin de droits, puis au-delà de la perception politique, dans une sorte de virtualité fantômatique où on n'aurait plus besoin de se préoccuper d'eux, puisqu'ils n'auraient plus aucune existence légale. On aurait ainsi la meilleure des assurance-chômage possibles : une assurance-chômage n'indemnisant aucun chômeur. Finalement, réduire le chômage, c'est facile : suffit de nier les chômeurs.

Pétition pour la prolongation de 120 jours du droit aux indemnités fédérales de chômage

Pétition adressée au Conseil d’Etat et au Grand Conseil de la république et canton de Genève

Considérant :

  • qu’entre décembre 2008 et décembre 2009 le taux de chômage a passé en Suisse de 3 à 4,4% situant le nombre de chômeurs-euses à 172.740 et de demandeurs-euses d’emploi à 234,359 ;
  • qu’entre décembre 2008 et décembre 2009 le taux de chômage officiel à Genève a augmenté de 5,9 à 7,2%, situant le nombre de chômeurs-euses à 15.930 et de demandeurs-euses d’emploi à 22.067 ;
  • que les Cantons de Vaud, du Jura et de Neuchâtel, également atteints par un fort taux de chômage ont déjà obtenu la prolongation de 120 jours, ce qui améliore le sort des chômeurs-euses de leur canton ;
  • qu’en période de crise il devient très difficile de retrouver un emploi dans de nombreux secteurs et qu’il est primordial, pour les personnes sans emploi, de rester dans le circuit du chômage et d’être soutenus dans les démarches de recherche et également de ne pas subir une dégradation supplémentaire de leur situation sociale et économique en émargeant à l’aide sociale ;

les soussignés-es, salariés-es ou chômeurs-euses ou demandeurs-euses d’emploi demandent instamment aux autorités politiques du canton de Genève :

  • d’utiliser une des maigres possibilités qu’est la prolongation de 120 jours, offertes par la loi fédérale sur le chômage, pour aider les chômeuses-rs- des cantons touchés durablement par un fort taux de chômage ;
  • de demander au Conseil fédéral d’actionner les art 27 LACI et 41 OACI qui permettent, avec une participation aux coûts à raison de 20% du canton, de prolonger de 120 jours le nombre d’indemnités fédérales, pour tous les chômeurs-euses du canton, quel que soit leur âge.s’inscrire en spécifiant dans les champs appropriés le nom du collectif qu’elles souhaitent représenter à cette occasion.

http://www.cgas.ch/SPIP/spip.php?article1492

Lien permanent Catégories : Genève 2 commentaires

Commentaires

  • "Finalement, réduire le chômage, c'est facile : suffit de nier les chômeurs."

    C'est d'un orfèvre, les Bolcheviques et leurs séides ont procédé comme ça pendant plus de cinquante piges, lorsqu'il ne devenait décemment plus possible de liquider physiquement la totalité des surplus de main d'oeuvre.

  • eh oui, la méthode est ancienne, et éprouvée : le chômage, ça n'existe pas, les chômeurs ne sont que des parasites, qu'il ne devrait pas être question d'indemniser, mais seulement de punir, puis de redresser, par le travail. Mais comme nous sommes de vieilles sociétés civilisées, on va procéder autrement que par la brutalité stalinienne. Les camps de travail, c'est bon pour les barbares (encore que nous n'en ayons abandonné la pratique, à notre modeste mesure, que depuis un demi-siècle). Nous, nous avons les mesures de retour en emploi. Elles ont le même effet statistique. Et procède de la même hypocrisie -avec, toutefois, cette petite touche d'hypiocrisie civilisée qui fait tout notre charme.

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