• un geste pour les grands magasins ?

    Imprimer

    Le projet de loi concocté par les commis politique du patronat du commerce de détail afin d'étendre hors de nécessaire les heures d'ouverture des magasins (et donc les heures de travail de leur personnel), a été renvoyé en commission. S'il en ressort tel qu'il y est entré, un référendum sera lancé contre une loi qui péjore les conditions de travail (déjà assez calamiteuses) des salariés de base du secteur, piétine les négociations pour le renouvellement de la convention collective, et ne profitera qu'aux grandes surfaces et aux centres commerciaux -les petits commerces ne réalisent lors des « nocturnes » que des chiffres d'affaires inférieurs à ce qu'elles leur coûtent, et souffrent bien plus de la crise que les grands distributeurs, qui, eux, se portent très bien (le chiffre d'affaire de Manor a augmenté de 3,5 % entre 2007 et 2008, le bénéfice de la Coop a atteint le record de 390 millions de francs, et celui de la Migros a atteint 701 millions, pour un chiffre d'affaire, lui aussi record, de près de 26 milliards, en hausse de 13,5 % en un an. ). On nous appelle à « faire un geste pour les commerçants genevois » ? D'accord. Mais précisons : pour les grands commerçants genevois. Et comme répondrait à notre place Sacha Guitry : « Un geste, mais lequel ? Ne nous tentez pas, cruels !»...

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Commerce 1 commentaire
  • Politique culturelle genevoise : Ote-toi de là que je m'y mette ?

    Imprimer

    Depuis le début de l'année, les cantons voisins de Zurich contribuent au financement de la politique culturelle zurichoise, dont ils profitent sans, jusque-là, en assumer le coût : Schwytz, Zoug, Uri, Lucerne et Argovie ont signé avec Zurich une convention portant notamment sur les grandes institutions culturelles d'importance régionale (le Grand Théâtre, l'Opéra, le KKL de Lucerne), auxquelles Zurich consacrait 100 millions de francs par année sans qu'il y ait de raison pour que seuls les contribuables zurichois financent une offre culturelle dont les habitants des cantons voisins profitent aussi -et dont ces cantons faisaient d'ailleurs, et font toujours, un argument de campagne promotionnelle pour attirer de riches contribuables et de juteuses entreprises. Et à Genève, où la situation est grosso modo la même, à ceci près que ce n'est pas le canton qui casque pour les autres, mais la Ville ? Ben, à Genève, on réfléchit...

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 0 commentaire
  • Des effets électoraux de la mixité sociale

    Imprimer

    Cocktail gagnant

    Découverte bouleversifiante au détour d'une statistique de notre Office cantonal de la statistique et de l'enfonçage certifié de portes ouvertes : à Genève, les contribuables à bas revenu habitent les villes, en particulier celles de Genève, Vernier et Onex, où ils forment jusqu'à 35 % et plus du total des contribuables, pour une moyenne cantonale de 25 %. A l'inverse, les zones abritant la plus forte proportion de contribuables à hauts revenus se situent sur les rives du lac hors de la Ville de Genève ou, dans celle-ci, à Champel et Florissant-Malagnou. On nous en dira tant... Mais un examen un peu plus attentif permet de nuancer quelque peu ce qui sans cela relèverait d'une évidence crasse -et en même temps, de casser le lieu commun d'une gauche reposant sur le vote des « bobos » pendant que les « prolos  » basculent à l'extrême-droite : les quartiers populaires de la Ville de Genève sont toujours ceux où la gauche est, largement, majoritaire, en même temps qu'ils sont de ceux où l'UDC et le MCG font des résultats médiocres, en comparaison de leurs résultats cantonaux. L'explication ? la mixité sociale : là où elle est forte, le populisme plafonne; là où elle est faible, il cartonne. De bourges ou de racaille, le ghetto rend con.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 4 commentaires
  • Décennie de l'intégration des Rroms : Geneva's Minor Swing

    Imprimer

    La Suisse ne compte pas au nombre des Etats européens qui ont proclamé les années 2003-2015 « décennie des Rroms ». C'est dommage : Une décennie, même de douze ans, ne serait pas de trop pour « intégrer » la principale, et la plus marginalisée, des minorités « ethniques » européennes. Hors d'un exercice européen dont la part autoproclamatoire et la part concrète restent à évaluer, Genève vient cependant d'y mettre son grain de sel -mais c'est du sel sur une plaie. Au nom de la protection de l'enfance, le Conseil d'Etat a décidé de frapper, bien sûr avec humanité mais tout de même là où ça peut faire mal, puisque la répression de la mendicité en tant que telle s'est avérée d'une absolue inefficacité, en sus d'être -mais on le savait déjà au moment même ou on en  décidait- d'une parfaite absurdité. Et donc, la police est chargée d'interpeller et d'appréhender les mendiants accompagnés d'enfants ou les mendiants mineurs, de signaler ces cas au Service de Protection des mineurs (SPMi) et de conduire les mineurs avec ou sans leurs parents au sein de ce service, qui pourrait prononcer le retrait immédiat du droit de garde des parents sur l'enfant et le placement de celui-ci.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 4 commentaires
  • Ce qui importe pour la Poste : Service universel ou service public ?

    Imprimer

    A peine le président du Conseil d'administration de la Poste, Claude Béglé, avait-il démissionné que, du chapeau où il le gardait au frais depuis deux semaines, Moritz Leuenberger tirait son remplaçant, l'ancien directeur de l'Union patronale suisse, Peter Hasler. Ce qui a au moins un avantage : on sait à qui on a affaire, et pas de gants à prendre. C'est l'avantage des bons vieux clivages binaires et le confort de se retrouver face à « l'ennemi de classe », même à la tête de ce qui est encore supposé être un service public, et même si le ministre socialiste de tutelle affirme qu'il partage les vues de sa trouvaille sur la « responsabilité éthique des entreprises ». Cela dit, Hasler ou Béglé, comme dirait Chirac, ça nous en touche une sans remuer l'autre. L'essentiel n'est pas dans le jeu de chaises musicales à la tête de la Poste, mais dans la définition de son statut et de ses missions. Et, c'est le peuple qui tranchera. Sur le fond, et pas des têtes.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Suisse 0 commentaire
  • Les socialistes genevois en conclave

    Imprimer

    Se réinventer ou se dissoudre

    Les socialistes genevois organisent ce samedi (on n'y sera pas, l'exercice est un peu trop convenu pour y sacrifier une grasse matinée ou une manif) un petit conclave d'après défaite électorale, pour s'interroger sur les raisons de cette défaite, les conséquences à en tirer et les décisions à prendre pour remonter la pente. Or le Parti socialiste genevois n'est pas à rénover, à reconstruire, à repenser, à réorganiser ou à recomposer, mais à réinventer. Radicalement, et totalement. Il n'a guère le choix : il doit se réinventer, ou se résigner à se dissoudre, lentement mais sûrement, comme le glorieux parti radical du XIXème siècle s'est dissout en tant que parti politique (c'est-à-dire d'organisation porteuse d'un projet politique) pour se résumer et se résorber en un appareil électoral doublé d'un office de placement. Le PS est à réinventer : cela signifie la réinvention de sa ligne politique, de son programme, des ses pratiques, de sa base sociale, de son insertion institutionnelle, de son personnel politique même. Et cela signifie aussi que les promesses de le « reconstruire » ne sont que des promesses de ravalement de sa façade. Mettre un crépi neuf sur un bâti branlant peut tenir un moment. Pas longtemps. Le temps, peut-être, et encore, d'une campagne électorale. Et après ? Après, le  crépi s'écaille, le bâti se donne à voir tel qu'il est, puis s'écroule, lentement, dans l'indifférence générale.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Politique 3 commentaires
  • 200 rues libérées. Pour commencer.

    Imprimer

    A une majorité rendue plus confortable par le ralliement à la gauche des radicaux, rassérénés par le projet du Conseil administratif de créer un parking souterrain à Rive pour faire passer une « piétonnisation » partielle du rond-point le plus bordélique de la ville, le Conseil municipal de Genève a donc accepté l'initiative des Verts pour la création de 200 rues totalement ou partiellement piétonnes sur le territoire communal, prioritairement aux abords des écoles, des EMS, des établissements médicaux et des maisons de quartier. Acceptée par le parlement municipal, l'initiative n'aura donc pas besoin d'être soumise au vote populaire -les opposants au développement des rues piétonnes pouvant néanmoins lancer des référendums contre les arrêtés concrétisant l'initiative. Le Conseil administratif a trois mois pour soumettre au Conseil municipal un projet conforme à l'initiative (le canton gardant toutefois, hélas, le dernier mot sur les mesures touchant le trafic), et la Ville aura ensuite quatre ans pour réaliser ce projet.  200 rues, ça ne fait qu'une artère sur quatre en Ville de Genève ? Sans doute. Mais accepter de les rendre en tout ou partie au déplacement humain, est un signe qu'on ne peut que saluer. Et c'est un excellent début : celui de la libération de la ville de l'emprise polluante, bruyante, encombrante et dangereuse du plus absurde des moyens de se déplacer en zone urbaine.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 8 commentaires
  • L'armée alarmée : le tribut à la tribu trébuche

    Imprimer

    La droite s'alarme : les demandes d'admission au service civil, dont la durée est supérieure de moitié au service militaire, ont triplé ou quadruplé depuis la suppression de l'absurde « examen de conscience » lors duquel on prétendait vérifier que le candidat au service civil était réellement tenaillé par un dilemme existentiel tel qu'on ne pouvait lui refuser le droit de ne pas faire le guignol dans une école de recrue, et bisser cette guignolade dans des cours de répétition. Quelques 7000 jeunes auraient choisi le service civil plutôt que le service militaire en 2009, contre 1600 à 2000 les années précédentes. Du coup, Ueli der Soldat et ses soutiens politiques prônent un durcissement des critères d'admission au service civil, pour sauver notre glorieuse armée de l'hémorragie qui la mine. Mais à force de se plaindre de l'état de notre glorieuse armée, Ueli der Soldat commence à fatiguer les seuls seuls partis (le PDC et les radelibes) prêts à soutenir des réformes militaires dont l'UDC ne veut pas par militarisme, et le PS et les Verts ne veulent pas par antimilitarisme.

     

     

     

     

     

     

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Suisse 1 commentaire
  • Bagagistes de l'aéroport de Genève : Les leçons d'une grève

    Imprimer

    Après dix jours de grève, les bagagistes de l'aéroport de Genève ont fait plier leur employeur (Swissport), contraint le gouvernement à intervenir, et mis en lumière les conséquences des politiques d'entreprise et de site menées par l'Aéroport, les entreprises privées qui y agissent et les autorités cantonales, politiques qui se résument en un mot, à la fois invocation religieuse et mot d'ordre politique : la concurrence. Les grévistes n'ont pas obtenu tout ce qu'ils demandaient, mais ils ont obtenu beaucoup plus que ce que prétendait leur laisser leur employeur, et le syndicat croupion qu'il avait hérité de Swissair -et utilisait comme Swissair : une nouvelle convention collective de travail, la suppression des réductions de salaire en cas de maladie, 190 francs d'augmentation de traitement pour les portefaix et quarante francs pour tous les autres employés de Swissport. Qui se plaint : c'est un million de plus à débourser par an. Pour une entreprise multinationale dont le chiffre d'affaire se situe autour des deux milliards, et dont on se doute bien que les patrons gagnent bien plus en un an que le million que les 300 employés genevois de Swissport vont, modestement, se partager.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 1 commentaire
  • Haïti avant, Haïti après

    Imprimer

    "Au bout du petit matin, cette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption., de famines, de peurs tapies dans les ravins, de peurs juchées dans les arbres, de peurs creusées dans le sol, de peurs en dérive dans le ciel, de peurs amoncelées et ses fumerolles d'angoisses" (Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal).

    Haïti avant, Haïti après

    Haïti après le séisme : 200'000 morts, pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de téléphone, pas de services publics, le manque de nourriture et de soins, un pouvoir politique hébété,  les cadavres empilés puis balancés au bulldozer dans des fosses communes, ou pourrissant sous les décombres. Haïti avant le séisme : pas d'eau courante, ni d'électricité, ni de téléphone pour la majorité de la population, des services publics défaillants, la sous-alimentation, les épidémies, l'analphabétisme, un pouvoir politique illusoire.  Un écrivain breton (Xavier Grall, je crois) écrivit de l'Irlande qu'elle avait "l'habitude du malheur"... et Haïti, donc, misérable avant le séisme, misérable et détruite après... mais son malheur ne doit rien à une quelconque fatalité. Le séisme relève d'une mécanique, celle de la tectonique des plaques, et la misère est un produit de l'histoire, celle du génocide des indigènes, de la déportation des esclaves, du colonialisme, de l'extorsion de fonds en punition de l'indépendance, de l'opposition séculaire entre une bourgeoisie mulâtresse héritière du colonialisme et une majorité "noire"  héritière de l'esclavage, puis des dictatures installées sur ce racket en exploitant la mémoire de  la déportation, du colonialisme et de la libération.


    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Solidarité 2 commentaires
  • L'hexalogue de Rémy Pagani

    Imprimer

    Quand un Conseiller administratif a un programme politique

    Le Maire de Genève a un programme, et il l'a rendu public lundi dernier. C'est son programme à lui, Rémy Pagani, pas, ou pas encore, le programme de la Municipalité ou de l'Alternative Mais c'est un programme politique. Et c'est ce qui compte. Ses collègues, dit-on, et pas seulement l'unique représentant de la droite municipale, Pierre Maudet, se seraient quelque peu offusqués de la méthode : annoncer six propositions sans qu'elles aient été préalablement débattues au sein de l'exécutif. Et annoncer des propositions qui ne concernent pas son propre dicastère, mais ceux des autres. C'est que la logique des enclosures politiques continue de régner à Piogre : chacun chez soi, dans son ministère, maître de son pré, y broutant seul, et que les autres n'y mettent pas le mufle, sinon on ira se plaindre de « rupture de collégialité »

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 3 commentaires
  • Un Ouzbek, ça va... Deux Ouïgours, bonjour les dégâts...

    Imprimer

    Détenus de Guantanamo accueillis en Suisse ?  Un Ouzbek, ça va...  Deux Ouïgours, bonjour les dégâts...

    La Suisse s'émeut : après que Genève ait accepté de recevoir un Ouzbek détenu pour rien à Guantanamo, mais risquant le pire s'il devait rentrer en Ouzbékistan, le Jura a accepté de recevoir deux Ouïgours chinois raflés par les Américains en Afghanistan après leur avoir été vendus par des seigneurs de guerre afghans, et eux aussi détenus pour rien (depuis huit ans...) à Guantanamo. L'arrivée annoncée de l'Ouzbek à Genève avait déjà fait lever le sourcil inquiet de quelques politiciens locaux ornant de leurs séants les bancs des parlements, mais l'hypothèse de l'arrivée des deux Ouïgours dans le Jura a provoqué une spetite panique, soigneusement attisée par l'Ambassade de Chine (soutenue par Christoph Blocher) pour qui il s'agit de « terroristes » Que rien n'ait jamais pu être retenu contre eux par les Américains n'a évidemment aucune importance. En revanche, le marché chinois, ça, c'est important. On ne va tout de même pas se fâcher avec la puissance montante du moment pour deux métèques. Musulmans, en plus, les métèques. C'est vrai, quoi, ils pouvaient pas être bouddhistes, ces Ouïgours, comme des Tibétains normaux ?

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Suisse 2 commentaires
  • Moins de Weber, plus de Spinoza

    Imprimer

    Il y a, plus ancienne que les idéologies du XIXe et du XXe siècles que mettent à mal les crises (sociales, économiques, politiques, culturelles) que nous avons traversées et traversons encore, plus ancienne donc que le libéralisme moderne, que le marxisme et que leurs succédanés, une tradition philosophique et politique radicale qu'il est urgent de redécouvrir -une tradition qui conjugue les exigences d'égalité et de liberté sans accepter de renoncer à l'une des deux au nom de l'autre : la tradition dont font partie les Spinoza, La Boëtie, Diderot, Sade même... De cette tradition, nous ne tirerons aucune recette politique, mais une méthodologie, une attitude de doute souverain face à tout ce qui nous est présenté comme incontestable, comme une donnée des faits à laquelle nul ne pourrait se soustraire sans être insensé. Ainsi de la « sécurité » et du « sentiment d'insécurité ».

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Politique 0 commentaire
  • Un spectre plane toujours sur le PAV...

    Imprimer

    On devait voter le 7 mars prochain sur le préavis municipal de la Ville, favorable au projet PAV (Praille-Acacias-Vernets), contre lequel un référendum a été lancé par la gauche, l'ASLOCA et les syndicats. On « devait », mais on ne doit plus, puisque le projet de loi de déclassement de terrains qui faisait l'objet du préavis municipal, et donc du référendum, a finalement été retiré, pour que des négociations entre le Conseil d'Etat, la Ville et les référendaires naisse quelque chose qui convienne à tout le monde. Ce qui tient probablement de l'illusion, mais a au moins l'avantage du moindre mal, tant le projet initial était critiquable. Au point d'être inacceptable. Mais au fond, pourquoi « sortir de l'enlisement » un projet (le PAV) qu'il vaudrait peut-être mieux l'y laisser s'engloutir ? La crainte du référendum reste le commencement de  la sagesse : « la guerre de la Praille n'aura pas lieu », titre « La Tribune » (de Troie). Ah bon ? Un cessez-le-feu, c'est la paix ?

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 0 commentaire
  • Le gouvernement, l’aéroport, la grève : Courage, fuyons !

    Imprimer


    Il aura donc fallu six jours de grève des bagagistes de l'aéroport (la première longue grève à Cointrin) pour que l'autorité politique de tutelle, le Conseiller d'Etat François Longchamp, consente à intervenir, après avoir adopté pour mot d'ordre, comme d'ailleurs la direction de l'aéroport, un piteux « courage, fuyons ! », agrémenté d’un non moins piteux « c’est pas notre problème ». Pour intervenir dans ce conflit, Longchamp avait pourtant un large choix de casquette : en bon radical cumulard, il est président du Conseil d'Etat, il est ministre de la solidarité et de l'emploi, il est président de l'Aéroport, il est chef de la Chambre des relations collectives de travail. C'est le poids de ces casquettes qui l'immobilisait ? Quel que soit son issue,  l’une des beautés de la grève fut contraindre à la fois les chefs politiques à faire leur boulot de chefs politiques, et les chefs et les cadres de Swissport à faire autre chose que les chefs et les cadres, et à comprendre leur douleur et remplaçant, brièvement, les grévistes au chargement des avions -il n'en fallut pas plus pour qu'ils envisagent l'achat de machines pour alléger la tâche... La grève, c’est l’arme des travailleurs pour éduquer les patrons et les politiciens…

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Genève 3 commentaires
  • Sade et Chessex sous préservatifs

    Imprimer

    Hypocrisie et promotion : lisez couverts

    Le dernier opus, posthume, de Jacques Chessex, sera vendu en Suisse sous cellophane, et agrémenté d'un avertissement « réservé aux adultes ». On ne sait pas ce qu'il vaut (ce qu'on en a lu nous laisse quelque peu incertain), mais on sait ce que valent les explications de son diffuseur suisse, Diffulivre, justifiant la pose d'un préservatif autour du « Dernier crâne de M. de Sade » par le risque d’un procès : rien du tout. Mettre le Sade de Chessex sous emballage plastique, quand Sade lui-même est en vente libre dans toutes les bonnes librairies et la plupart des mauvaises, relève soit de l'hypocrisie, soit, plus subtilement, de la promotion marchande. Rien de tel en effet que répandre une odeur de souffre sur ce qui ne la mérite pas, ni ne promet d'être un chef-d’œuvre de l'écrivain vaudois, pour le hausser à l'étage des écrivains maudits, tout en accordant au chaland la fugace illusion d’une héroïque transgression…

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Culture 1 commentaire
  • Le Manifeste des DésobEissants

    Imprimer

    Vers l'inservitude volontaire
    Le « Manifeste des DésobEissants », que nous vous invitons à signer
    , n’a nullement l'ambition d’être fondateur d'une nouvelle pensée politique, ni de renouveller considérablement celles dont nous prétendons être, malaisément et imparfaitement, les héritiers. Mais en réaffirmant que rien n'est plus urgent que se soustraire aux ordres, ce petit texte retrouve des accents et des certitudes qui furent celles de La Boëtie, de Camus, de Malraux : tout commence par un « non ! » proféré face à l'exigence de se soumettre, puisque toute servitude repose sur son acceptation par le serf. On n'en est plus là ? Voire... Dans un monde où tout est marchandise, nous devrions nous-mêmes être marchandises. Et la marchandise ne dit jamais non. Le Manifeste des DésobEissants se revendique de la non-violence, et pas nous ? n'étant pas dans une situation où la résistance implique la violence, nous pouvons la refuser, puisque nous ne sommes pas contraints à en user, quoi qu'en disent ceux qui, pour se vouloir résistants, veulent croire que sur eux pèse ici et maintenant la chape du fascisme. Nous pouvons, comme nous y incite le manifeste, dire librement ce dont nous ne voulons plus. Dire un refus, ce n'est certes pas encore abolir ce que l'on refuse, mais c'est déjà ne plus s'y soumettre. On pourra trouver cela illusoire, mais les causes perdues sont les seules qui vaillent que l’on se battent pour elles. Nous ne devons aucune loyauté aux vainqueurs ni aucun respect aux « gagnants », et n’avons à sembler leur obéir que pour les trahir. Cause perdue ? Peu importe. Seuls les perdants peuvent être magnifiques. Funambules, nous marchons sur la ligne de partage entre deux mondes -l’un dont nous ne voulons pas, qui est le monde tel qu’il est, et l’autre dont nous formons le projet, qui est le monde tel qu’il devrait être. Il nous faut hâter la disparition du premier et l’émergence du second ou nous abîmer dans la faille qui les sépare. Du monde qui nous est offert, nous acceptons ce que nous pouvons retourner contre lui. Nous sommes à nous mêmes le prix de notre liberté, et si nous risquons de tomber, nous n’entraînerons personne dans notre chute : le funambule tombe tout seul de son fil, n’en ayant aucun à la patte.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Résistance 5 commentaires
  • La Suisse et l'Europe : Dans l’impasse des bilatérales

    Imprimer

    Tout le monde le sait, si tout le monde ne le dit pas : la stratégie bilatérale avec l'Union Européenne est à bout de souffle. En concluant plus d'une centaine d'accords, la Suisse a adopté la plupart des règles européennes sans pouvoir participer à leur élaboration, y compris de celles qui ont suscité le plus de débats et de réticences helvétiques : Schengen, la libre circulation des personnes, l'accord sur la fraude à la TVA et aux droits de douane (qui, en 2004 déjà, abolissait la distinction entre fraude et évasion fiscales), la directive sur l'épargne (en 2005, la Suisse s'engageant à échanger des informations en cas de fraude)... Le droit et la réglementation européens s'appliquent dans les faits, en Suisse, sans que la Suisse ait pu concourir à en déterminer les contenus. Elle ne le pourrait qu'en adhérant à l'Union Européenne -mais tout indique qu'une assez large majorité d'Helvètes y restent opposés, et qu'aucune force politique, pas même de celles qui sont favorables en principe à l'adhésion à l'UE, ne prendra le risque électoral de raviver le débat sur l'adhésion. La Suisse va donc rester encore longtemps dans l'impasse qu'elle s'est choisie pour voie royale : celle des bilatérales avec une Union Européenne dont le nombre de membres a doublé en quinze ans et qui est de moins en moins disposées à concéder un traitement de faveur à la Suisse.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Europe 5 commentaires
  • L'extinction (à moitié) du paupérisme

    Imprimer

    Pour une décennie de lutte contre la pauvreté ?

    Entre 700'000 et 900'000 personnes vivent en Suisse dans une situation de pauvreté, qui leur donne ou leur donnerait droit à l'aide sociale. Caritas a lancé à Noël une campagne, formulée dans une déclaration soutenue par une quarantaine d'organisations caritatives (et par l'église catholique) pour une « décennie de lutte contre la pauvreté », avec pour objectif la réduction de moitié du nombre de pauvres dans notre pays.  L' « extinction du paupérisme » est un bel objectif, même en se contentant de ne l'atteindre qu'à moitié. C'était d'ailleurs celui que se donnait Louis-Napoléon Bonaparte, avant de (mal) finir en Prince-président, puis Empereur. Victor Hugo : « M. Louis Bonaparte se laisse volontiers entrevoir socialiste. Il sent qu'il y a là pour lui une sorte de champ vague, exploitable à l'ambition. (...) Quand il publia, étant à Ham, son livre sur l' Extinction du paupérisme, livre en apparence ayant pour but unique et exclusif de sonder la plaie des misères du peuple et d'indiquer les moyens de la guérir, il envoya l'ouvrage à l'un de ses amis avec ce billet qui a passé sous nos yeux : "Lisez ce travail sur le paupérisme, et dites-moi si vous pensez qu'il soit de nature à me faire du bien". » Caritas, et les organisations qui appellent à une « décennie de lutte contre la pauvreté », ne sont pas suspectes de tels calculs. Il est vrai qu'en 2010 le socialisme n'apparaît plus guère comme « une sorte de champ vague, exploitable à l'ambition », et que « l'extinction du paupérisme » lui importe désormais moins que la défense de la capacité de consommation des classes moyennes.

    Lire la suite

    Lien permanent Catégories : Suisse 2 commentaires