jeudi, 28 janvier 2010

Des effets électoraux de la mixité sociale

Cocktail gagnant

Découverte bouleversifiante au détour d'une statistique de notre Office cantonal de la statistique et de l'enfonçage certifié de portes ouvertes : à Genève, les contribuables à bas revenu habitent les villes, en particulier celles de Genève, Vernier et Onex, où ils forment jusqu'à 35 % et plus du total des contribuables, pour une moyenne cantonale de 25 %. A l'inverse, les zones abritant la plus forte proportion de contribuables à hauts revenus se situent sur les rives du lac hors de la Ville de Genève ou, dans celle-ci, à Champel et Florissant-Malagnou. On nous en dira tant... Mais un examen un peu plus attentif permet de nuancer quelque peu ce qui sans cela relèverait d'une évidence crasse -et en même temps, de casser le lieu commun d'une gauche reposant sur le vote des « bobos » pendant que les « prolos  » basculent à l'extrême-droite : les quartiers populaires de la Ville de Genève sont toujours ceux où la gauche est, largement, majoritaire, en même temps qu'ils sont de ceux où l'UDC et le MCG font des résultats médiocres, en comparaison de leurs résultats cantonaux. L'explication ? la mixité sociale : là où elle est forte, le populisme plafonne; là où elle est faible, il cartonne. De bourges ou de racaille, le ghetto rend con.


Matelas électoral et oreiller de paresse
Il vaut la peine de comparer la répartition géographique de la population en fonction du revenu et celle des votes lors des élections populaires : les quartiers et communes pauvres élisent tendanciellement à gauche, les quartiers et communes riches à droite, mais les partis populistes de droite (MCG, UDC) font des percées remarquables dans les communes pauvres (Onex, Vernier) et les quartiers riches de la Ville (Champel, Florissant, Malagnou), où la mixité sociale est la plus faible. En revanche, là où elle est forte, comme dans les quartiers populaires de la Ville, leurs résultats sont largement inférieurs à la moyenne cantonale... Il est également impossible de corréler le vote UDC (ou, à Genève, MCG) avec la présence d'une forte immigration -s'il devait y avoir corrélation, elle serait plutôt négative, l'UDC réalisant en Suisse ses meilleurs résultats dans des trous où le dernier immigrant a été brûlé vif il y a 150 ans (il venait de la vallée d'à côté). A contrario, en Ville de Genève ses résultats et ceux du MCG sont médiocres, voire franchement mauvais, dans des quartiers où la majorité de la population est étrangère (et la majorité de la population étrangère immigrée), comme les Pâquis, terrain de jeu sécuritaire de toute la droite et de l'extrême-droite, mais où l'élection 2009 du Grand Conseil a vu la gauche de la gauche prendre la tête (si l'on additionne ses deux listes) des forces politiques, la gauche au sens large rester largement majoritaire, les radicaux et le PDC tomber sous la barre du quorum, et les libéraux et l'UDC se situer juste au-dessus. En Ville de Genève, tous quartiers confondus, et malgré son recul lors des dernières élections cantonales, la gauche (au sens large : Verts, A Gauche Toute et PS) reste à plus de seize points devant l'Entente (47,6 % des suffrages contre 31,13 %), et à plus de vingt-six points devant l'addition de l'UDC et du MCG. La gauche a un matelas électoral  en Ville ? Sans doute. Mais elle peut s'y endormir, comme y rebondir.

02:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : élections | |  Facebook | | | |

Commentaires

Quelques petits correctifs sociologiques:
les jeunes, notamment étudiants, ainsi que les Bobos qui forment une partie essentielle de ces voix de gauche habitent précisément ces quartiers de la Ville qui résistent bien à l'extrême droite. Ce n'est pas étonnant. C'est la gauche intello.
Ils sont en revanche plus rares dans les "ghettos de pauvres", où là dominante MCG est effectivement assez largement composée de naturalisés de fraiche date, qui ne sont pas les derniers à voter contre l'UE et surtout contre les frontaliers, perçus comme des concurrents économiques.
Par ailleurs, il est assez logique que les quartiers bourgeois de Champel & Co, qui subissent chaque jour les conséquences de la politique du Conseil administratif, aient tendance à se réfugier du côté opposé.
Enfin, les gens de gauche qui lisent ce blog ont aussi le droit d'avoir une pensée sympa pour Per Aman, alias Piwi, alias Blondesen, blogueur de talent qui se bat au CESCO comme le beau diable qu'il est contre une saleté de maladie, épaulé par une Paula brésilienne et admirable, que Berne veut expulser, sous prétexte qu'elle est entrée en Suisse illégalement il y a dix ans... Quand bien même elle s'est depuis parfaitement intégrée et se dévoue à l'année pour nos vieux dans nos EMS...

Écrit par : Philippe Souaille | jeudi, 28 janvier 2010

Jeunes étudiants et "bobos" forment certes une partie des voix de gauche, mais n'en surestimez pas l'importance quantitative : la gauche au sens large, c'est 50 % de l'électorat de la Ville (contre un tiers pour la droite démocratique et le reste pour la droite populiste). Les étudiants et les "bobos" ne sont pas assez nombreux pour expliquer la persistance du vote de gauche dans toutes les "grandes" villes de Suisse... En revanche, votre remarque sur les "ghettos de pauvres" rejoint mon billet : ces ghettos là, comme ceux de "riches", c'est-à-dire dans l'un et l'autre cas des quartiers sans réelle mixité sociale, sont beaucoup plus sensibles aux poussées populistes que les quartiers socialement mixtes -d'ailleurs, le MCG a fait une belle poussée à Champel, Florissant et Malagnou...
Et salut au passage à Blondesen...

Écrit par : Pascal Holenweg | jeudi, 28 janvier 2010

« ... A contrario, en Ville de Genève ses résultats et ceux du MCG sont médiocres, voire franchement mauvais, dans des quartiers où la majorité de la population est étrangère (et la majorité de la population étrangère immigrée), comme les Pâquis, terrain de jeu sécuritaire de toute la droite et de l'extrême-droite, mais où l'élection 2009 du Grand Conseil a vu la gauche de la gauche prendre la tête (si l'on additionne ses deux listes) des forces politiques, la gauche au sens large rester largement majoritaire... »

C'est tout à fait normal, en raison d'un phénomène que les anglo-saxons appellent le "white flight" : ceux des de souche qui ne supportent plus les promiscuités s'en vont et sont remplacés par des nouveaux venus ayant le même profil que les ceux qui font fuir les habitants d’origine.

C'est ainsi que se constituent des enclaves du tiers monde dans tous les pays d'Europe occidentale. Et une fois que tous les de souche ayant les moyens de partir ont déménagé, alors certains disent que les immigrés sont parqués dans des ghettos... Et certains autres le croient.

Écrit par : Scipion | jeudi, 28 janvier 2010

Selon mon constat, le centre ville est surtout occupé par une aristocratie politique de tous bords. C'est le coeur des réseaux d'élus. Il s'y trouve leurs collègues opposants, leur camarades alliés ainsi que toute leur clientèle respective. Même un leader du Parti du Travail s'y trouve, dans un appartement de grande surface pour deux. Et il ne paie sûrement pas le loyer qu'on demanderait ailleurs pour un logement équivalent.

La Ville et le canton ont voulu cette ségrégation même d'entre les membres d'un même parti.
Si MCG existe, sans sans doute aussi pour la raison du népotisme qui met du désordre (au figuré comme au propre) dans l'administration et dans le système qui n'a plus rien de républicain ni de démocratique.
Parmi les "bobos" citons les Socialistes de M. Hollenweg qu'il feint savamment de critiquer. Ces Socialistes instaurent de pratiques indignes comme celles d'avoir des gens de maison, des femmes de ménage ou de bonnes à tout faire qu'ils recrutent parmi les sans papiers et requérants d'asile. Nombreux d'entre eux sont latino-américains.
Certains vont jusqu'à me demander si j'en connais qui chercherait un job de maison/baby sitter/cuisine/linge etc. qu'on puisse atteindre par téléphone portable "Easy" (cela veut dire fondu incognito dans une population sans statut, impossible à contrôler). Leur préférence: des jeunes filles de 18 ans auxquelles on donne volontiers des cours de français avec possibilités pour elles de fréquenter et de prendre part à leurs groupes d'actions et de festivités de solidarité pour les peuples de pays pauvres. Belle mentalité!

Les Socialistes, en tête, sont champions catégoriels. L'extrême gauche se hisse en ligue nationale. Elle fait tout pareil mais en plus restrictif. Participation aux divers clubs fermés de discussions, au chaud sur mérite. Les autres, aux besognes d'arrière-salles.

La droite, elle, se distingue par son comportement plus conséquent, elle s'adresse à des recruteurs plus ou moins professionnels. Les gens de maison sont recrutés auprès des agences, dans les pays d'origine des candidats. Ils sont importés avec papiers et visa. Leur retour y est aussi prévu. Ils habitent sur place, dans un relatif confort mais sans indépendance, ou dans un logement affecté spécifiquement à ce personnel, dans les quartiers prolos où le loyer est comptabilisé dans le salaire. A Champel, ils sont fréquemment logés chez les employeurs.

Un exemple mais pas le seul.
Une fois, j'ai fait connaissance d'une jeune femme de 22 ans (je ne dirais pas sa nationalité), elle logeait dans une chambre à l'entre-sol du même immeuble, éclairée mais sans eau ("pour éviter que je puisse avoir des relations sexuelles avec les beaux garçons du pays", me disais elle en plaisantant), juste au dessus des vraies caves qui abritent, toutes, des archives de notaires et d'agences immobilières. Sa chambre était spacieuse (28 m2, un petit paradis comme elle l'avait aménagée!). Ses relations distantes d'avec ses employeurs lui rendaient service. Ce n'est pas toujours le cas. C'était une étudiante brillantissime, elle était polyglotte et elle débutait sa thèse de master de mathématique à l'université de Montréal par internet. Je souligne au passage, que la Suisse est très en retard quant aux développement des moyens à distance pour la formation de sa jeunesse estudiantine.

Donc, un peu de réalisme de terrain et des critiques constructives permettraient de mieux cerner les problèmes. Un peu de sincérité pourrait faire avancer leur cause avant la revendication des papiers. Car, sitôt les papiers obtenus, ces mêmes bons gauchos débauchent, leurs gens finissent par leur coûter plus cher. Ces travailleurs avec papiers en viennent à revendiquer, tout comme eux, leurs droits légitimes de travailleurs salariés, à une couverture correcte et aux d'indemnités diverses. La dernière cartouche pour les appareils reste donc de les intégrer dans l'appareil politique de leur parti et d'avancer des promesses à la naturalisation et aux diverses candidatures internes et externes pour débuter une carrière politique dans le moule. Autrement, un poste de travail comme tout le monde!

Des modes de traitement propres à créer des tensions internes dans un même parti dont les membres ne sont pas animés par les mêmes motivations.

D'où qu'ils proviennent, les gens pauvres à Genève vivent dans des cités satellites comme Onex, Grand Lancy, Vernier ou dans des villages comme Avully, Avusy, Thonex campagne, Pressinge en ras de campagne ou Meyrin en sa jupe extérieure sur les grands axes routiers. En pleine ville, on peut pointer les rues les plus exposées aux nuisances de la circulation routière.

Voilà d'où viennent les électeurs de MCG, ils ne sont pas plus démoniaques que quelconques autres électeurs. Ils sont notre image et notre miroir n'est-ce pas ?

Écrit par : Nepotin | jeudi, 28 janvier 2010

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