samedi, 16 janvier 2010

L'hexalogue de Rémy Pagani

Quand un Conseiller administratif a un programme politique

Le Maire de Genève a un programme, et il l'a rendu public lundi dernier. C'est son programme à lui, Rémy Pagani, pas, ou pas encore, le programme de la Municipalité ou de l'Alternative Mais c'est un programme politique. Et c'est ce qui compte. Ses collègues, dit-on, et pas seulement l'unique représentant de la droite municipale, Pierre Maudet, se seraient quelque peu offusqués de la méthode : annoncer six propositions sans qu'elles aient été préalablement débattues au sein de l'exécutif. Et annoncer des propositions qui ne concernent pas son propre dicastère, mais ceux des autres. C'est que la logique des enclosures politiques continue de régner à Piogre : chacun chez soi, dans son ministère, maître de son pré, y broutant seul, et que les autres n'y mettent pas le mufle, sinon on ira se plaindre de « rupture de collégialité »


Citoyen Maire

Pour être Conseiller administratif, et qui plus est Maire, on n'en reste pas moins citoyen, et militant politique, et jusqu'à preuve du contraire, on ne perd ni ses droits de citoyens, ni ses libertés de militant en accédant à une magistrature municipale -d'autant que la Commune n'est pas en charge de la funeste Raison d'Etat qui pourrait en contraindre les élus au silence (que la Commune ne soit pas l'Etat la rend d'ailleurs d'autant plus légitime, comme espace politique et institutionnel réalisant le vieux projet socialiste de « remplacer le gouvernement des hommes par l'administration des choses »). Rémy Pagani a donc fait, à titre personnel, six propositions, certaines étant réalisable immédiatement (engagements d'agents de sécurité publique pour « occuper le terrain » et cesser de recourir à des agents de sécurité privés, engagement de jeunes en rupture de formation, d'apprentis et de chômeurs de plus de 50 ans), d'autres nécessitant un changement législatif (création d'une caisse-maladie publique par la Ville) ou une interprétation nouvelle des lois existantes (la Ville ne devrait plus travailler qu'avec des entreprises signataires de conventions collectives ou garantissant un salaire minimum de 3500 francs par mois, les minima sociaux devraient être augmentés). Les propositions de Rémy Pagani, discutables comme toutes propositions, sont des propositions de gauche, y compris sur le thème de la sécurité publique, et même lorsque nous aurions à les amender. La plupart d'entre elles sont d'ailleurs défendues, sous une forme ou une autre, par le PS, et toutes par l'une ou l'autre des composantes de la gauche genevoise, et avec un budget dépassant le milliard, la Ville a les moyens de les réaliser. On ne voit dès lors pas pourquoi elles ne seraient pas soutenues, et leur auteur, par l'Alternative municipale. D'autant que chacune des six propositions du Maire répond à une préoccupation, une exigence, voire une urgence politique exprimées « d'en bas », par la population. L'hexalogue de Rémy ne nous tombe pas dessus comme les tables de la Loi sur le peuple assemblé au pied du Sinaï : il a fait le chemin inverse, de bas en haut, de la population de la Ville à l'exécutif municipal (puisqu'à l'un de ses membres). On a assez reproché à la gauche, parfois à raison, et nous nous le sommes assez reproché à nous-mêmes, de ne plus savoir écouter « la base » pour nous abstenir aujourd'hui de reprocher à un Maire d'être resté un citoyen et un militant politique.

00:22 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ville, pagani, politique, gauche | |  Facebook | | | |

Commentaires

Qu'entendez-vous par hexagologue, je ne trouve pas ce terme dans le dictionnaire.
Merci de votre réponse

Écrit par : Hypolithe | samedi, 16 janvier 2010

Bravo Rémy!

Écrit par : Johann | samedi, 16 janvier 2010

l'hexalogue (et non l'hexagologue) ne figure en effet pas dans le dictionnaire. C'est nouveau, ça vient de sortir, c'est un décalogue réduit à six points. Vu que quand même, on ne demande pas à un Conbseiller administratif d'être prophète. Même en sa ville.

Écrit par : Pascal Holenweg | samedi, 16 janvier 2010

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