Notre " Homme de l'Année " : Hervé Falciani

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C'est un marronnier des fins (ou début) d'année : on désigne l' " Homme de l'Année " (disons : l'humain de l'année). L'année dernière, ce fut, sans conteste, Bernard Madoff, l'homme qui révéla la profonde absurdité du capitalisme financier. Et cette année, le lauréat s'appelle Hervé Falciani. Grâce à lui, la justice française se trouve en possession des noms de 130'000 clients et anciens clients (dont près de 3000 Français) de la banque genevoise HSBC (celle qui a racheté la banque Safra, et qui a fait en 2008 le plus gros bénéfice de toutes les banques privées de Suisse) : ces noms figurent sur des listes vieilles de trois ans saisies par les Français sur l'ordinateur de Falciani, après que la Suisse, qui avait ouvert sur lui une enquête, l'ait fait arrêter. C'est encore la Suisse qui a livré à la justice française les mots-clefs qui lui ont permis d'avoir accès aux données bancaires cryptées que Falciani stockait sur son ordinateur. On se fout de savoir comment et pourquoi Falciani a agi, s'il a ou non tenté de monnayer ses listings, et qu'il soit ou non mythomane nous indiffère : quoi qu'il soit et ait fait, il aura bien mérité de la lutte pour l'abolition du secret bancaire... De toute façon, à l'heure où un pape allemand s'apprête à béatifier un pape germanophile, on peut bien se permettre de chanter comme on veut, pour les raisons qu'on veut, les louanges de qui on veut.

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Musclor contre Recelor
La France entend utiliser le listing piqué par Hervé Falciani ? La Suisse suspend la ratification de l'accord avec la France ? La France menace de placer la Suisse sur sa propre liste noire des paradis fiscaux ? Chacun montre ses muscles comme dans un spectacle de catch, mais comme dans un spectacle de catch, tout est bidon. Sauf que là, on tient à nous faire croire à la réalité de l'affrontement de Musclor et Recelor, du champion français de la lutte contre l'évasion fiscale et du champion suisse de la défense du secret bancaire. Tu parles... C'est la Suisse qui a allumé la mèche du pétard qui lui a sauté à la gueule en faisant arrêter Falciani après l'avoir interpellé puis relâché, c'est la Suisse qui a fourni aux enquêteurs francais les mots-clefs permettant de lire les données volées par Falciani, et c'est la Suisse qui a demandé à la France d'analyser ces données. Pour s'offusquer ensuite que la France en fasse usage… " Nous sommes victime d'un vol ", sanglote la banque, " un Etat de droit ne peut pas utiliser des actes volés, c'est indigne ", soupire Moritz Leuenberger, " intolérable ", s'étrangle Hans-Rudolf Merz... " On vole les voleurs ", répond l'ancien ministre du budget Michel Charasse, dont le successeur, Eric Woerth, a beau jeu de défendre, après le Petit Nicolas, l'attitude française : si on n'avait rien fait, on nous aurait " reproché de ne pas lutter contre la fraude, voire de protéger des personnes ". Ce qui intéresse les services fiscaux français, ce sont des contribuables français ayant fraudé le fisc français, et comme le rappelait le Conseiller national Roger Nordmann (PS) : " Si la police arrête un dealer, vous ne pouvez pas lui reprocher de regarder la mémoire de son téléphone pour enquêter ". On est bien dans le même cas de figure, si on n'est pas dans le même deal : sur le listing de Falciani pourraient se trouver non seulement des noms de fraudeurs fiscaux, mais aussi des noms de clients d'HSBC s'étant livrés à des opérations de blanchiment d'argent pas très propre. Quant aux banquiers, il nous faudrait croire qu'eux sont blanc comme... disons comme neige, pour ne pas évoquer d'autres substances tout aussi blanches mais tombant moins souvent du ciel ? Alors, peu importent les motivations de notre Homme de l'Année : on ne le célébrera pas pour elles, mais pour l'amusant spectacle de catch que nous ont offert grâce à lui Musclor et Recelor, Merci, Hervé…

Lien permanent Catégories : Suisse 5 commentaires

Commentaires

  • Pour une fois, je suis d'accord avec vous.

  • @ Pascal Holenweg :

    " ... comme le rappelait le Conseiller national Roger Nordmann (PS) : " Si la police arrête un dealer, vous ne pouvez pas lui reprocher de regarder la mémoire de son téléphone pour enquêter ". On est bien dans le même cas de figure, ... "

    Et bien non, on n'est pas dans le même cas de figure ! Pas du tout !!!

    La comparaison ne tient pas, la France comme la Suisse sont des Etats de droit, placés au même niveau, dans ces circonstances il ne peut y avoir de prévalence d’un ordre légal sur l’autre, on peut seulement constater un différent : deux ordres légaux opposés l’un à l’autre sur un problème de fiscalité.

    Aux arguments de Roger Nordmann, je préfère opposer ceux de Bernard Bertossa qui bien qu’adversaire du secret bancaire, a condamné l’exploitation des données bancaires par la France, au nom du respect de l’Etat de droit.

    Désolé, mais vous n'allez tout de même pas nous faire d'un vulgaire petit criminel de droit commun, d'un mythomane ( n'a-t-il point prétendu avoir été approché par plusieurs services secrets dont il ne veut divulguer les noms ?), un Robin des Bois, un chargé de mission divine ???

    J'espère vivement que la Suisse demandera à la France l'extradition de cet escroc qu'elle n'obtiendra pas bien entendu, puisque Falciani est ressortissant français et italien. En revanche, Falciani ne pourrait être en sécurité hors de France et d'Italie si la Suisse lançait un avis de recherche par le biais d'Interpol, ce qu'elle fera je l'espère !

    A trop confondre ordre légal et idéal politique, on sombre rapidement dans l'anarchie !

  • Bonjour,
    A voir la façon dont la France respecte ses engagements, (voir l'accord sur l'arrestation de M. Falciani à la demande de la Suisse en vertu d'un accord passé entre les deux Etats) Notre président a parfaitement raison de suspendre l'avenant à l'accord de double imposition passé avec la France.
    Un Etat qui ne respecte pas sa propre signature ne peut prétendre demander de nouveaux accords....et encore moins le respect de ceux déjà signés.
    C'est d'ailleurs peut être ce que la France cherche...L'actuel président français n'exerçait-il pas la charge d'avocat d'affaires avant d'être élu? Ne l'a-t-on pas aperçu quelques fois dans des établissements financiers en Suisse? Accompagnant certains de ses clients? Venaient-ils en Suisse avec de l'argent "blanc"?
    Les politiques français, de tous bords, ne cherchent-ils pas en fait le statu quo?

  • Je suis entièrement d'accord avec vous

  • euh Pascal, tu sais de quoi que tu causes quand tu accuses ?

    parles aussi un peu avec tes collègues journalistes &/ou checke aux sources

    http://infrarouge.tsr.ch/ir/1684-fraude-fiscale-tous-coups-sont-permis

    cad que pour des sources comme moi,
    ça fait un peu un coup d'épée dans l'eau,
    ton texte

    à moins que tu ne lances tes hameçons au large
    que pour pêcher de la perche gros format
    (tans pis, c'est moins bon)

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