mardi, 20 octobre 2009

Interdiction de l'exportation de matériel militaire : Pour deux sous de cohérence

Le Conseil fédéral appelle, évidemment, à refuser l'initiative du GSsA visant à interdire les exportations d'armes, initiative soumise au vote populaire le 29 novembre prochain. L'argument du gouvernement à l'appui de ce rejet est économique : renoncer aux exportations d'armes, ce serait mettre en danger une industrie qui emploie plus de 5000 personnes, à moins d'investir dans sa reconversion, ce qui coûterait un demi-milliard par an pendant dix ans. C'est exactement ce que propose l'initiative, actualisant le vieux slogan des deux premières Internationales : transformer les épées en socs de charrues. La droite, toute unie, UDC comprise, a créé un comité pour combattre l'initiative, en gonflant les chiffres gouvernementaux : là où le Conseil fédéral parle de 5100 emplois menacés, les partis de droite et les milieux " économiques " en évoquent 10'000. Reste que même en 2008, où elles ont atteint un record, les exportations suisses d'armes n'ont représenté que 0,4 % de la valeur des exportations, et 0,1 % du PIB. Autrement dit : sur cent francs de richesses produites en Suisse, seuls dix centimes proviennent des exportations de matériel militaire. Ce sont de ces deux sous que l'initiative nous demande de nous priver. Deux sous de cohérence entre les pratiques et les discours (sur la paix et les droits humains), c'est trop demander à la Suisse ?


Business as usual

La Suisse a vendu pour 722 millions de francs d'armes dans 72 pays en 2008, en redéfinissant opportunément la notion de conflit armé, pour pouvoir exporter du matériel militaire vers des pays engagés dans des conflits internationaux ou internes, ou violant de manière grave et répétée les droits fondamentaux. Des armes suisses ont été vendues aux Emirats et se sont retrouvées au Maroc; des avions présumés civils vendus comme tels au Tchad ont été utilisés pour bombarder des populations civiles au Darfour... Au premier trimestre 2009, la Suisse a livré du matériel militaire à des pays engagés en Afghanistan dans un conflit international, et à des pays bafouant les droits fondamentaux, comme l'Arabie Saoudite, alors que l'ordonnance sur le matériel de guerre exclut toute exportation de matériel militaire vers des pays engagés dans un conflit interne ou international ou qui violent les droits humains. Ces critères sont bien le moins que l'on pouvait attendre du pays dépositaire des Conventions de Genève, et siège du Comité des droits de l'Homme de l'ONU. Mais on pourrait aussi attendre de ce pays, qui se trouve être le nôtre, qu'il respecte les limites qu'il prétend lui-même poser à ses exportations d'armes : pas de vente si le destinataire du matériel est impliqué dans un conflit armé, s'il viole " systématiquement et gravement " les droits humains ou s'il bénéficie de l'aide suisse au développement. Mais en 2008, la Suisse a vendu du matériel de guerre au Pakistan, au Liban et à Israël. Et n'a aucune envie de refuser une vente de matériel militaire, par exemple à la Turquie, engagée dans un conflit interne avec le PKK kurde, ou au Maroc, engagé dans un conflit au Sahara occidental... La droite est du même avis, et la droite de la droite suit le mouvement, les héroïques croisés helvétiques partis en guerre contre les minarets helvétiques n'étant pas les derniers à accepter que l'on vende des armes à l'Arabie Saoudite... tout en beuglant qu'il est inacceptable que la même Arabie Saoudite finance la construction de mosquées en Suisse. Sur les deux sous de cohérence que nous attendons de la Suisse le 29 novembre, on pourrait en prêter un à l'UDC... Une sorte de denier du culte.

 

liens :

http://www.24heures.ch/actu/suisse/clip-explosif-evelinn-...

23:44 Publié dans Suisse | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : armes, exportations | |  Facebook | | | |

Commentaires

EXCELLENTE NOTE...C'EST VRAIMENT UN PALISIR DE VOUS LIRE...;o)

Écrit par : MUR | mercredi, 21 octobre 2009

"...les héroïques croisés helvétiques partis en guerre contre les minarets helvétiques n'étant pas les derniers à accepter que l'on vende des armes à l'Arabie Saoudite..."

Vous n'avez décidément rien compris, M. Holenweg. L'Arabie saoudite en Arabie saoudite, c'est une chose, l'Arabie saoudite en Suisse, c'en est une tout autre. Et comme il est très douteux que les matériels militaires vendus à l'Arabie saoudite servent contre la Suisse, il n'y a pas de contre-indication

Par ailleurs, il n'y a, comme je vous les choses, à l'UDC, aucune animosité contre l'Arabie saoudite en soi - ce qui serait une attitude xénophobe - et refuser de lui vendre des armes serait un geste inutilement inamical.

Quand quelqu'un de l'UDC observe qu'il n'y a pas d'églises dans ce pays, c'est simplement pour noter que nous n'avons pas à lui accorder au nom de nos principes ce qu'il refuse chez lui au nom des siens. Ca ne va pas plus loin.

Tout le monde sait qu'il n'y aura jamais rien de chrétien sur la terre sacrée du Prophète et tout le monde s'en fait une raison. Pour les non-musulmans qui sont là-bas, c'est essentiellement l'absence de pinard, de pastaga et de whisky qui est imbuvable.

Les droits de l'homme, l'égalité hommes-femmes, la liberté de culte, et tout ça, c'est vraiment de la carence anecdotique... Donc, répétons-le, aucune hostilité à l'égard de l'Arabie saoudite et des Saoudiens en Arabie saoudite.

Écrit par : Scipion | mercredi, 21 octobre 2009

"...comme je vous les choses..."

...comme je VOIS les choses...

Écrit par : Scipion | mercredi, 21 octobre 2009

"Les droits de l'homme, l'égalité hommes-femmes, la liberté de culte, et tout ça, c'est vraiment de la carence anecdotique"
CQFD

Écrit par : Pascal Holenweg | mercredi, 21 octobre 2009

Sauf que nous n'exportons que des canons de DCA, des véhicules de reconnaisances, des chars de déminages et du matériels d'hôpitaux de campagne !les rares armes légères équipent les forces de polices et quelques Forces spéciales! Par contre, toutes pièces mécaniques, électroniques produitent en Suisse pouvant se retrouver sur un avion immatriculé militaire se retrouvent touchées par votre initiative! De ce fait, ce sont l'ensemble de nos exportations dans le domaine aéronautique, par exemple, qui seront touchées et nous perdront les nombreux contrats de sous traitance pour Boeing, Airbus,EADS. Là, se sont plus de 40'000 emplois qui seront touché: chômage et délocalisation !

Écrit par : Steeve | mercredi, 21 octobre 2009

"CQFD"

La conduite des affaires internes de l'Arabie saoudite est l'affaire exclusive des Saoudiens. Et, quoi qu'il en soit, l'Islam et la charia - expressions de la volonté intangible d'Allah - sont incompatibles avec la démocratie pluraliste et les drouas dlomme.

Par ailleurs, l'Islam étant, comme chacun sait, une religion de paix, de bienveillance et de miséricorde, nous n'allons pas perturber ce bel édifice au nom de "valeurs" qui, chez nous, sont justement en train de développer leur pleine capacité de nuisance.

Écrit par : Scipion | mercredi, 21 octobre 2009

Je ne connais rien à l'aéronautique, Steeve, mais je pense que je sais la différence entre un Pilatus Porter et un Airbus. Et je doute absolument que l'électronique de ces véhicules soit interchangeable. Et même si elle l'était, je pense que les fournisseurs savent qui ils livrent, et pourquoi.
Le problème est essentiellement le même que de réglementer la vente d'alcool et de tabac aux adolescents...

Écrit par : J.C. Simonin | jeudi, 22 octobre 2009

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